
Agnès Desarthe propose Qui se ressemble, un roman sur le passé d’une famille juive née de l’exil, et des différentes immigrations du début du XXᵉ siècle. Elle montre comment les femmes sont garantes de la conservation de la culture et font la force d’une communauté, surtout en l’exil.
Dans cette famille, une jeune enfant est la narratrice. Elle raconte le double exil, celui de Libye vers l’Algérie puis vers la France et par ailleurs, un autre de l’Europe de l’Est vers la France qui montre une famille marquée par les immigrations diverses et plurielles. À sept ans, elle pense que sa grand-mère ressemble à Oum Kalsoum. Comme elle, elle porte des lunettes fumées, a un mouchoir à la main, son mindil, et puis, elle parle arabe et elle n’a pas l’air commode.
C’est le leitmotiv tout au long du roman, comme un refrain qui raconte l’ampleur de l’appel d’une terre et les liens qu’elle tisse entre les hommes. Malgré l’exil, ces mondes continuent d’exister avec leurs rites, religieux ou non, et leurs mots aux accents si différents.
Agnès Desarthe fait chanter à Oum Kalthoum Inta Omri « Tu es ma vie« . La chanteuse était considérée comme « l’astre de tout l’Orient« . Égyptienne, l’écrivaine explique l’engouement des foules, sa personnalité, son engagement dans son art et sa maîtrise de la passion de son public.
De plus, Agnès Desarthe raconte l’immigration d’un jeune homme, dernier-né de sa fratrie, qui s’exile d’Algérie à Besançon, pour vivre sa vie. De ce récit, tout en sensibilité, l’écrivaine raconte une immigration assumée et revendiquée pour une vie plus libre, celle de son père.
Sur le support de la voix d’Oum Kalsoum, avec son Tarab, sa longue extase, Agnès Desarthe fait entendre l’histoire d’une famille qui raconte avec des événements précis l’histoire du Moyen-Orient depuis la création d’Israël.
En conclusion,
Agnès Desarthe mélange les époques, les histoires et les récits s’enchevétrent. 1942 Orléansville en Algérie avec l’exil des juifs de Libye. 1956, le massacre de Khan Younès par l’armée israélienne, que l’écrivaine raconte de Paris, de Besançon ainsi que de Marseille. En 1976, la guerre du Kippour vue de Paris. Et quelques mots sur le 7 octobre 2023 lors des attaques terroristes, de façon identique vue d’ailleurs.
À sa manière, l’écrivaine montre que d’une même terre, la ressemblance existe, même si les langues sont différentes. Qui se ressemble doit de se rassembler, nous dit-elle en suspens.
Ce roman aux accents autobiographiques est une grande réussite, l’écrivaine sachant prendre par la main son lecteur et toujours le séduire par son écriture.
Puis quelques extraits

On ne cherche pas comprendre. C’est l’habitude et l’avantage de l’enfance: être coupé du sens des mots, du sens des choses et ne pas s’en inquiéter.
Je n’étais pas la petite-fille d’une juive française, ayant quitté son Algérie de Cocagne, mais la descendante d’une juive arabe, analphabète et pauvre, chassée une première fois de son foyer, par une guerre mondiale et, une seconde fois, de son pays d’adoption, par une guerre d’indépendance.
Étudier la linguistique le donne l’impression d avoir enfin accès à une zone demeurée interdite jusqu’alors : le cabinet secret de la fabrique des langues.
C’est comme si un mystère m’était enfin révélé. Durant cette heure de travaux dirigés, un onguent logique vient s’appliquer sur des blessures anciennes. Les mots sont importants, c’est bien ce que je pensais. Si importants que certains d’entre eux ont valeur d’acte. Je
comprends comment une insulte couramment employée dans ma famille paternelle arabophone « Que tu meures ! » a pu constituer bien plus qu’une menace. Lors de certains moments particulièrement dramatiques et dans un interstice mental dénué de cadre symbolique, cette locution a eu valeur de meurtre.
« Dévoilez-vous, mes sœurs, nous sommes la force productrice de nos sociétés, nous pouvons garder la tête haute et nue. » Oum Kalsoum
Et, encore,
L’urgence à désigner-comme si cela pouvait nous libérer d’une angoisse et annuler l’inconfort lié à l’ambivalence- les bons et les méchants, cette hâte à choisir son camp ne rend pas compte des liens profonds que tisse l’usage d’une même langue.
-Parce que pour les gens qui ont connu la misère, pour les gens qui ont craint de ne pas avoir de quoi se nourrir ou, pire, ne pas avoir de quoi nourrir leurs enfants, la nourriture devient sacrée.
Je me méfie du lissage en traduction. Je méfie aussi des explications où tout concorde, où tout s’emboîte, des interprétations qui, face à l’énigme sublime du destin, nous hâtent vers une résolution.
Toutes deux racontent, à travers leur destin, qu’on a besoin des hommes, mais qu’on ne peut pas compter sur eux. (…) Entre le drame et le tragique, elles choisissent le tragique.
Remerciements
Aux éditions Buchet-Chastel et à #NetGalleyFrance
Pour aller plus loin


L’éternel fiancé – Le château des rentiers
Ici en bref




Questions pratiques

Agnès Desarthe – Qui se ressemble
#rlhiver2026
Son blog ici
Editeur : Buchet – Chastel– X: @buchetchastel Instagram : @editionsbuchetchatel – Facebook
Parution : 8 janvier 2026 – EAN : 9782283041307 – Lecture en janvier 2026

Bonjour Matatoune. Je ne connais pas cette écrivaine et ne suis pas tentée par le thème malgré ta belle chronique. Bonne journée
Tant pis ! Il y a tant et tant à lire et être comblé(e) 🙏📚 Bonne continuation
Le château des rentiers m’avait déçu, mais je me laisserai bien tenter par ce que tu dis de son dernier roman.
C’est gentil. Celui est plus personnel, plus sensible ! 📚🙏
J’aime bien lire Agnès Desarthe mais je ne connaissais pas ce titre ! 😉
Certainement le plus personnel !
Je ne connais l’auteure que de nom. Encore une que je dois découvrir !
Un récit ici très personnel, rare chez cette écrivaine ! Bon week-end
Un livre qui devrait me plaire, je le note. Bon week end
Comme d’habitude du grand art littéraire et un récit plus personnel mais sans Je ! Bon week-end 📚🙏
une autrice à découvrir pour moi
Celui-ci plus sensible que d’habitude !
Le château des rentiers est toujours dans ma PAL et celui là me tente beaucoup aussi!
Peut-être que celui-ci est le plus personnel ! J’attends que l’écrivaine, en interview, se révèle un peu plus !