
Rachid Benzine pousse un cri. Mais qui va l’entendre ? L’homme qui lisait des livres est la réponse d’un humaniste à la barbarie dans un endroit qui déjà s’efface de nos cartes, de nos esprits et surtout de nos combats !
Envoyé pour la première fois par sa rédaction pour faire la photographie qui devait faire le buzz, Julien Desmanges trouve un homme, Nabil Al Jaber, dans la désolation de ce quartier de Gaza, assis, entouré de livres et tournant tranquillement des pages. De cet instant, va naître une rencontre avec l’histoire d’un homme, né le 1er janvier 1948, témoin de l’histoire de cette partie du monde vécue du côté arabe.
Cette histoire commence par le massacre de Bilad el-Cheikh, réponse à celui de la raffinerie de pétrole d’Haïfa, orchestré par la Haganah, principale organisation paramilitaire de la population juive. Puis il raconte l’exode, la Nakba, de sa famille jusqu’à Nazareth, puis le camp d’Aqavat Jabr dans la vallée du Jourdain, alors en Cisjordanie. Vint ensuite presque dix-huit ans après, le camp de Jabaliya situé à quelques kilomètres de Gaza, alors sous contrôle égyptien.
Un conte moderne
L’homme qui lisait les livres retrace l’histoire d’un peuple à partir d’une famille et l’apport de la littérature dans la tourmente vécue. Hamlet. Le livre de Job. Franz Fanon et ses damnés de la terre. Un poème de Mourid al-Barghouti extrait de Les Gens de la nuit. Chronique du figuier barbare de Sahar Khalifa, romancière arabe publiée par un éditeur israélien.
Rachid Benzine rend hommage à Jean Giono, grand conteur d’histoires poétique avec ce titre qui évoque L’homme qui plantait des arbres, éloge de la patience et de la détermination humaine. Son nom est Elzéard qui signifie secours de Dieu au pays de Canaan (région qui regroupe à la fois Israël, le Liban, la Palestine et une partie de la Jordanie et de la Syrie).
Ce nouveau roman de Richard Benzine rassemble tout ce qui fait qu’on apprécie tellement son écriture : son humanisme, sa capacité à émouvoir et son art littéraire qui flirte avec le conte, la poésie et la fiction. Un énorme coup de cœur !
Remerciements
Aux Éditions Julliard et à #NetGalleyFrance
Puis quelques extraits

Les frappes chirurgicales relèvent souvent de l’erreur médicale.
Gaza est une ville en réécriture permanente. Chacun y va de son inspiration, de ses points de suspension. Tous redoutent l’instant de ce geste qui ne leur appartiendrait plus, le point final.
Et pourtant on continue de vivre. Un théâtre de misère et de folie, un bal grotesque où les vivants ne sont plus tout à fait morts. Ils se traînent dans les ruines comme des fantômes, avec l’air de ceux qui ont tout vu, tout perdu, et qui n’attendent plus rien, sinon la fin. Mais, ça continue. Et il faut bien vivre en attendant.
Un vieux libraire accroché encore à ses bouquins qui lit à deux pas des ruines. Comme si les mots pouvaient le sauver du bruit, de la souffrance, de la mort lente de la ville.
Mais n’y a-t-il pas derrière tout regard une histoire ? Celle d’une vie, Celle d’un peuple, parfois.
Et encore,
Il parle d’une autre époque, mais, pour qui sait bien le lire, il parle de maintenant, de nos vies, de la vôtre, de la mienne. C’est cela un grand livre. C’est un monde, un refuge, et un miroir.
Vous pouvez choisir, bien sûr. Mais les livres, eux, choisissent aussi leurs lecteurs.
Seuls existent ceux qui hurlent, ceux qui menacent, ceux qui tuent. Une image rassurante pour la bonne conscience de l’Occident.
Les mots des livres déchirent tous les silences. Ils s’imposent à vous. Le lecteur est un prisonnier consentant, attaché à l’illusion que chaque page tournée le libérera. Pourtant, il se perd toujours plus, absorbé, jusqu’à être incapable de se détacher de ce labyrinthe de mots.
Cette terre est une litanie de représailles sur représailles, de haines empilées, de tristesse recouverte de tristesse.
Et le sentiment d’injustice à pris la forme d’une rancœur tenace. Puis d’une haine de tout ce qui avait conduit à leur malheur.
Et encore, encore
Tu crois que les mots vont nous sauver, Nabil ? (…)Je lui répondais que oui. Je n’en suis plus sûr. Je dirais qu’ils sauvent en silence. La réalité est la même, rien ne renverse l’oppression, mais l’esprit, lui, s’envole.
Chaque larme tombée du ciel semble porter le poids d’une tristesse trop lourde pour ce monde.
Au fond, je ne sais pas si je l’ai perdue ou si je suis entrain de la retenir. Peut-être les deux à la fois.
On est toujours là. Des fantômes, chaque jour un peu plus invisibles aux autres. Et à nous-mêmes. Comme nous le sommes aux yeux du monde depuis toujours.
Ici en bref




Questions pratiques

Rachid Benzine – L’homme qui lisait les livres
Rentrée littéraire 2025
X : @BenzimeRachid Instagram : @rbenzine78
Éditeur : Editions Julliard – X : @Ed_Julliard Instagram : @editions_julliard
Parution : 21 août 2025 – EAN : 9782260056867 – Lecture : Juillet 2025

[…] N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Cannibal, Dahlem, Julie, Vagabond, Vous […]
L’ode aux livres me plairait, mais pas sûr que je le lise. Bon dimanche
L’ecrivain est un grand humaniste qui saurait te convaincre !
Excellent dimanche 🕶🌞⛱️
Je note ce coup de coeur, mais je n’en ferai pas une priorité.
Je comprends ! Pour moi, un vrai coup de cœur 😍
je le note aussi !
Il est vraiment à découvrir !
Difficile de rester indifférent à ce livre…
Merci pour ton avis Matatoune 🙂
Tout à fait, mais évidemment au-delà du thème, il y a une ode aux livres magnifique ! Un grand plaisir de lecture ! Merci à toi ! 📚🏖⛵️
Oui, c’est bien au-delà de la toile de fond. C’est un double message, à la fois palestinien et la littérature. C’est très beau ce qu’il évoque sur la reconstruction par la lecture et c’est riche en auteurs cités aussi 🙂
Je ne connais pas cet auteur. Un de plus !
Et bien avec cette remarque, je m’aperçois que je n’ai pas mis le lien avec le dernier que j’ai lu de lui, Le silences des pères. Cet écrivain fait partie des écrivains que je respecte beaucoup ! Une sensibilité importante et surtout un respect pour l’autre et les différences qui m’importe beaucoup. Merci de ce retour ⛵️🏖📚
Je viens de le télécharger. Bonne semaine
Alors, j’attends ton avis 📚😄
J’ai prévu de le lire bientôt
Hâte de lire le retour, alors !
Merci pour la découverte de cet auteur Matatoune. Tu en parles très bien. 🙂
C’est un roman dont on devrait beaucoup parler à cette rentrée littéraire ! Il est important. Lorsque la littérature prend le relais pour former nos consciences, cela veut dire qu’un pallier est franchi et qu’il nous faut vraiment ouvrir les yeux ! On ne pourra plus dire qu’on ne savait pas ! Merci à toi et excellente continuation ⛵️🏖📚🌞
Il m’avait tenté et puis, j’ai craint une vision idéalisée (à cause de l’aspect conte) de la situation réelle de Gaza.
Non, la situation n’est pas idéalisée. Bien au contraire. Si tu as l’occasion de le lire n’hésite pas 😉
Je suis tout à fait d’accord. Bien sûr, Rachid Benzine est un humaniste croyant aux pouvoirs des mots. Alors, il écrit une fable où la culture des mots tient une grande place, mais aussi la réalité géopolitique ! Un roman dont on va entendre parler sûrement !