Un voyage autobiographique à la recherche
de ce que c’est qu’être Américain

À partir de sa propre histoire, Douglas Kennedy essaye de répondre à cette question en apparence simple : Qu’est-ce qu’être américain ? Depuis, plusieurs romans, l’écrivain décrit des instants historiques de la vie américaine qui dénonce les travers d’une société malade de ses rêves, devenus fantômes. Dans son dernier, il a imaginé une dystopie de l’Amérique de 2045, où une guerre de sécession divise le pays opposant liberté et surveillance à une région où la religion emprisonne.
En cette période cruciale d’élections américaines, Douglas Kennedy décrit la possible évolution du lent recul de la démocratie dans son pays, considérée comme la plus ancienne au monde.
Son point de départ est son enfance new-yorkaise. Son père est issu de Brooklyn, côté ouvrier, travaillant dans la Marine. Il a ouvert l’exploitation d’une mine de cuivre au Chili. On apprend plus tard qu’il travaillait un peu pour la CIA. Sa mère est aussi de Brooklyn mais côté juif petit-bourgeois. Né en 1955, l’écrivain raconte sa jeunesse dans les différents établissements d’enseignements new-yorkais qui lui ont appris la distance à garder avec les stéréotypes de son pays. De ses années en Irlande et en Angleterre, puis à Paris, Douglas Kennedy parle peu.
Récit de plus de soixante-dix ans d’histoire américaine
« Au fil des pages de ce livre, je vais mêler souvenirs, histoire et carnets de voyage dans une tentative de discerner les multiples facettes de l’identité américaine au sein d’un pays menacé par ces valeurs conflictuelles, son omniprésence mondiale et sa fidélité compulsive à ses propres mythes. En bref, le bon, le mauvais et le laid qui définissent notre psyché nationale de plus en plus fragile. Je puiserai ainsi dans une histoire personnelle – la mienne – afin de répondre à cette question : en cette heure infiniment incertaine, qu’est-ce qu’un Américain ? »
Douglas Kennedy est élevé avec la certitude d’une ascension sociale s’il s’en donne les moyens. Seulement, l’écrivain repère un désir de conformité dans cette société qui refuse toutes avancées du droit (avortement, légalisation cannabis, etc.)
Alors que l’Expressionnisme abstrait et la Beat génération ont révolutionné la perception du monde, Douglas Kennedy ne cesse de s’interroger sur les forces conservatrices qui fondent en profondeur la société américaine. Du New-Deal de Roosevelt que l’écrivain qualifie comme la période la plus communiste de l’histoire américaine, la poussée conservatrice n’a eu, pour lui de cesse, de faire reculer la démocratie. Il décortique la politique américaine à partir de Nixon jusqu’à la poussée de l’Église évangéliste pour élire Trump.
Seulement, « être américain » ne se réduit, pour lui, à cet aspect. Il décortique le mythe de la route américaine comme composante de la nation, avec son ailleurs qu’elle véhicule dans ses représentations. Douglas Kennedy raconte aussi sa passion pour le jazz, musique particulière issue de la diversité des habitants de son pays.
Un pays aimé
Alors, des années 60 à aujourd’hui, Douglas Kennedy se confie sur sa vie en nous faisant voyager au cœur de son pays d’origine qu’il aime passionnément. D’une toute petite ville du Wyoming, visitée pour comprendre l’origine du fossé actuel, à son attrait pour le cinéma, l’écrivain raconte son affection.
Ainsi, en huit thématiques, Douglas Kennedy réfléchit sur son attachement à son pays, même si souvent, il s’en est éloigné physiquement. Lui, le plus européen des écrivains américains, a gardé de ses années de jeunesse l’attrait de la contre-culture mais ne cesse de vouloir appartenir à cette terre qu’il nous fait aimer malgré toutes les contradictions qu’il énumère. Ce récit est à la fois un voyage dans la culture et dans les contrées reculées de l’Amérique.
Totalement passionnant !
Remerciements
Aux éditions Belfond et à NetGalleyFrance
Pour aller plus loin
Isabelle l’après-midi – Douglas Kennedy
Douglas Kennedy – Les hommes ont peur de la lumière
Douglas Kennedy – Et c’est ainsi que nous vivrons
Puis quelques extraits

N’est-ce pas l’une des tendances modernes les plus tristes, ce besoin de mettre tout le monde dans des cases ? Et de transformer la vie en western : nous, on est les gentils en blancs, et vous les bandits en noir ?
Prologue
Mais je me suis demandé tout haut pourquoi chaque discussion politique semblait devoir se solder par des reproches et des accusations ; vivons-nous une époque si dure, si divisée (que ce soit dans notre pays ou n’importe où ailleurs dans le monde) que chacun se mette à creuser des tranchées dès lors que le dialogue s’oriente vers des questions de politique, d’éthique ou même de moralité.
Prologue
Bien sûr, le droit d’une femme à mettre fin à sa grossesse – et la puissante campagne organisée depuis des décennies par une cour suprême majoritairement conservatrice afin d’abolir ce droit n’est que l’une des nombreuses batailles actuelles entre l’Amérique encore convaincue du bien-fondé d’un état pluralisme et laïc tel que l’envisager les auteurs de notre constitution, et l’Amérique viscéralement attachée aux valeurs chrétiennes d’une « nation unie sous l’autorité de Dieu »( phrase clé du sermon d’allégeance que chaque enfant de notre pays doit apprendre dès son jeune âge).
Prologue
Je suis un homme né dans la vérité d’après guerre, ou, malgré l’existence de deux parties politiques ddistinctes aux idées opposées sur le principe de l’impôt et le rôle de l’état, la plupart des gens s’accordaient sur l’importance de maintenir une société laïque fondée sur la sacro-sainte séparation de l’Église et de l’État – et où, en dépit des normes sexistes et homophobes de l’époque, l’on considérait de plus en plus que ce n’était pas au gouvernement de réguler les activités des citoyens dans l’intimité de leur chambre, ni ce que faisaient les femmes de leurs corps.
Prologue
Et encore,
Trente ans plus tard, le Taxi Driver de Martin Scorcese saisirait à la perfection l’esprit crapuleux, démuni et rageur de ce coin de Manhattan.
Nous sommes tous façonnés par les contours de notre enfance : le bon, le mauvais, le laid – et toutes les zones grises du milieu.
(…) la peur est ce qui sert d’oxygène aux brutes, qu’il s’agisse de petites frappes de cour de récréation ou de partisans de Donald Trump.
Notre pays ne récompense les prouesses que si celles-ci peuvent se voir attribuer une valeur monétaire, et il piétine allègrement ceux qui échouent, ne se montrant pas à la hauteur, ou subissent simplement le revers de fortune tel que nous en connaissons tous – et je ne parle pas seulement en tant qu’écrivain.
D’une certaine manière, être américain signifie répondre à l’appel romanesque de la route. Car c’est cette même route qui nous signifie.
Mais le parti républicain de l’ère Trump a été condamné par la vanité de son chef.
Il reste encore dans ce pays des régions où se perdre.
(…) Bientôt ce sera à nouveau Dieu qui dictera les règles en Amérique.
Et encore, encore
Ce que beaucoup d’Américains ignorent, c’est que ces premiers arrivants dans un Nouveau monde inhospitalier n’étaient pas les prétendus pèlerins fuyants persécution dont on nous rebat les oreilles à l’école : ils étaient des puritains endurcis, fanatiques, pour qui l’être humain était un abject impie, presque irrémédiablement corrompu. Le seul moyen d’atteindre une certaine rédemption était le travail acharné assorti d’une piété irréprochable..et même alors, on n’avait que peu de chances d’entrer un jour au Royaume de Dieu, en tant que créature déchue, vénale et méprisable pour son absence de caractère divin.
Notre pays ne récompense les prouesses que si celles-ci peuvent se voir attribuer une valeur monétaire, et il piétine allègrement ceux qui échouent, ne se montrant pas à la hauteur, ou subissent simplement le revers de fortune tel que nous en connaissons tous – et je ne parle pas seulement en tant qu’écrivain.
Ici en bref




Questions pratiques

Ailleurs, chez moi – Douglas Kennedy
Traductrice : Chloé Royer
Éditeur : Belfond
X : @Belfond Instagram : @editionsbelfon
Parution : 3 octobre 2024
EAN : 9782714495747
Lecture : Octobre 2024

J’aime beaucoup sa plume. Je me laisserai bien tenter par ce voyage.
Son analyse est particulièrement appréciable car son regard s’est enrichi de toute sa culture européenne, Avec son autobiographie, il illustre l’histoire de son pays . J’ai bcp aimé !
Un sujet très passionnant ! Je n’ai encore jamais lu Douglas Kennedy mais sans doute un jour. C’est vrai que Trump révèle les côtés très sombres de l’Amérique ! Ça inquiète. Merci de cette présentation, bonne journée 😊🍂📚
Pour moi, c’est extrêmement inquiétant…De toutes façons, soit il est élu et l’Amérique plonge dans le chaos inconnu, soit il n’est pas élu, et là, qu’est-ce qu’il fera , après avoir fait envahir le Capitole il y a 4 ans, il fera un coup d’état…
???
On le saura bientôt… J’espère que Kamala gagnera sans contestation possible. Bonne journée à toi Matatoune 😊
Bonjour Matatoune. Ce livre doit être passionnant et je vais me le procurer. Bonne journée
Pour moi, ce fut un vrai régal! Je te le conseille !
Bonne journée 😉
Je l’ai acheté la semaine dernière, je vais essayer de ne pas le laisser prendre la poussière, vu son actualité brûlante. Je viens de lire un article qui dit que si Trump est réélu, il forcera l Ukraine à capituler et que ça n’annoncerait pas de beaux jours pour l’Europe vu les ambitions folles de Poutine. Bonne soirée
C’est complètement étrange d’assister au possible délitement de la démocratie la plus ancienne encore en activité aujourd’hui.
Néanmoins, bonne journée !
Ce pays ou tout était possible sombre de plus en plus dans les interdits, c’est désolant a constater. Bises bonne journée
Tout à fait d’accord…c’est incroyable, pitoyable et terriblement inquiétant.
Bonne continuation 😄
J’ai lu de nombreux livres de Douglas Kennedy. Je suis très intéressée par « ailleurs, chez moi » ce qu’il dit sur l’Amérique me paraît très juste ( l’ enjeux politique en ce moment fait peur )🙏👏. Merci Mata pour ta chronique vraiment passionnante.
Merci. Son regard permet de reprendre l’histoire contemporaine, celle qui a été la nôtre, aussi je crois, et de découvrir que ce qui se passe actuellement avec un possible recul de la démocratie avec la réélection de Trump fut un lent processus de reliaison entre l’État et dieu …Mais, dans cet essai autobiographique il n’y a pas que ça. Bonne continuation 😄