
Régis Jauffret propose, pour cette rentrée littéraire, un récit personnel dont le titre dit tout : Maman ! Il faut aimer sa langue qui tergiverse, prend des chemins de traverses et se perd dans les méandres des phrases. Il faut se laisser absorber par ses sonorités et son ton de confidence où l’ironie n’est jamais loin. Alors, l’amour d’un fils, unique, pour sa maman éclate à chaque page !
Elle a la centaine bien acquise et vient de mourir. L’Ehpad ne conserve le corps que huit heures. Lui venant de Paris, il n’a pu la voir, une dernière fois. Plus de champagne à partager ni de foie gras à goûter ! Et des conversations inachevées…
Ce sont les fils que Régis Jauffret tire dans le désordre d’une mémoire bouleversée, au fil des jours, des mois, peut-être d’une année. C’est une radiographie du processus de deuil proposé avec un cheminement alambiqué où l’écrivain se livre, comme jamais !
Ce duo virtuel, son souvenir et l’absence, l’écrivain tente de l’apprivoiser. Mado, Madonna, Madame Mère, Magdallena, Madelon, autant de nom pour mettre à distance celle qui porte toute son affection ! Régis Jauffret en abuse. « Je sais bien que ces multiples appellations vous rendent parfois la lecture exaspérante et pénible. (…) En réalité, démultiplier l’actrice de mes jours, lui donne un côté burlesque qui préserve cette histoire du pathos. » Précise-t-il.
Jusqu’au dernier surnom, celui de Joséphine, où sa signification apparaîtra qu’à la toute fin. Après avoir trituré sa relation d’enfant unique, l’écrivain lui donne une autre dimension s’apparentant à l’action d’un Judas, justifiant son action d’écrivain en imitant la célèbre Agatha Christie.
Évidemment, ce sont toutes ces réflexions qui hantent la perte comme une sorte de délire passager, pour moins souffrir, pour apprivoiser le manque et colmater la perte. L’introspection y est en mode tous azimuts et le décorticage la règle.
Un hommage d’amour déclaré à la femme de sa vie, à celle qui lui a donné le privilège de vivre et dont Régis Jauffret apprend à accepter l’absence, à jamais ! Une ode à la femme qu’il a aimée, première entre toutes.
Remerciements
Aux Éditions Récamier
Pour aller plus loin
Puis quelques extraits

Refuser de parler de moi, c’était surtout répugnance à parler d’elle. Il y a des êtres qui ne vont pas l’un sans l’autre.
Je ne travaille pas d’après un plan, encore moins d’après un scénario détaillé, n’empêche qu’au bout du compte un roman sécrète un mécanisme aussi complexe que celui d’une de ces coûteuses montres à complications dont les mafieux en rupture de ban emportent un assortiment pour payer la cavale.
De la fiction, de l’air, de la fiction. Ressassez la vérité souvent me fait mal. En fin de vie, je me fais pourtant une idée récréative, une idée joyeuse de l’art.
Elle m’attendait gueule ouverte pour que je déverse ma vie en elle.
Quant à moi, je vous supplie de me la voler, ma mort. À main armée, si cela vous est plus commode. Je n’ai aucune envie de faire sa connaissance. Plutôt être assommé à coups de gourdin. Une fiéffée scélérate qui viole les vivants depuis l’apparition des premiers protozoaires. Ces temps-ci, elle fait les cent pas dans l’antichambre. Ces temps-ci, je crie à faire éclater les carreaux de la fenêtre, non merci, à la mort, non merci !
Laisser son enfant entre de bonnes mains ne constitue même pas un pêché. Dieu son père a bien laissé le Christ aux bons soins de ce charpentier de Joseph, peut être ivrogne ou malotru.
Et encore,
Tu abusais, Madonna, toi qui étais secrétaire- de direction, certes,- mariée un sourd bipolaire, écrasé de neuroleptiques, travaillant à mi-temps dans la seule librairie du quartier du Panier, d’exiger de ton fils de grimper jusqu’à son faite l’échelle sociale.
Assumer nos parents comme on revendique nos enfants. Les secourir, les nourrir, les soigner, les accompagner dans la mort, les enterrer. Nous pardonnont à nos gosses. Il n’y a pas de faute sur laquelle, au bout du compte, on ne puisse passer ! Des fautes banales, sans graves conséquences, des petits mensonges, mais si on s’apercevait un jour qu’ils nous ont trahis, nous finirions par les absoudre sans attendre de leur part le moindre repenti. Et puis, au-delà de la générosité, de la mansuétude, avec les années on a compris que la rancœur est une douleur.
Nous sommes assez dévoyés pour chipoter notre indulgence à nos parents. Avec le temps, nous leur pardonnons parfois des injustices passageres, des cris, des mensonges, à condition qu’ils les aient reconnus, et par ce simple aveu aient demandé notre pardon. En revanche, nous ne leur remettrons jamais les fautes commises envers nos propos enfants. Une façon commode de s’appuyer sur eux pour s’accorder le droit, le plaisir légitime- qui sait-de les haïr un peu. Mais il n’est pas dans l’ordre des choses d’être trahi par eux.
Que peut donner une mère perverse à son enfant ? Les apparences sont belles, tout scintille mais comment peut-on aimer un gosse qu’on trahit à chaque instant ? Il mange du pain sale sur la croûte dorée.
Arrêt cardiaque. Arrêt cardiaque. Arrêt cardiaque.
Paroles d’une absolue vacuité puisque des plus sûrs diagnostics de mort est bien l’arrêt dudit cœur.
Et encore, encore
J’ai toujours privilégié la lecture, les travaux pratiques à la théorie.
Ce souvenir des gens de notre enfance est la seule façon de sauver notre vie. Notre passé n’est jamais celui d’un autre et nous ne sommes que lui. Immédiat, lointain, qu’importe, nous sommes souvenirs. Évitez de jeter le bonheur avec l’eau du désespoir Refuser de se noyer dans ces abysses. Vivre n’est pas un pur plaisir, c’est du funambulisme – la joie incessante de n’être pas tombée, d’être toujours là, en état d’éprouver, de respirer l’air des vivants.
Ici en bref




Questions pratiques

Régis Jauffret – Maman
Rentrée littéraire 2025
Éditeur : Récamier – X : @Ed_Recamier- Instagram :@editionsrécamier – Facebook
Parution : 21 août 2025 – EAN : 9782385772017 – Lecture : Juillet 2025


Une ode à une maman m’intéresserait, mais pas le style torturé. Bonne journée
Pourtant j’ai beaucoup aimé cette façon de s’approcher du thème profond de ce livre, son amour pour sa mère ! Bonne continuation 🏖
Je n’ai encore jamais lu cet auteur que je connais uniquement de réputation. Ton retour est très intéressant en tout cas. Merci Matatoune pour ce retour, passe un bon weekend 🙂
Un écrivain que j’ai découvert pour ma part avec son précédent. J’étais impatiente de lire celui-ci très personnel et je n’ai pas été déçue 😞. Bon dimanche de week-end prolongé ! Merci pour ton retour 🏖📚🎶
Encore un livre qui n’est pas pour moi. Bon week end
C’est vrai. Passe un excellent dimanche de week-end prolongé ! 🏖📚🎶
Pas tentée par ce titre, malgré ton avis.
C’est très autobiographique et très » torturé » . Pas trop ton style en effet !
Les romans (auto)biographiques m’ennuient souvent. Je ne me lancerai donc pas dans cette lecture.
L’écriture de Régis Jauffret est particulière je l’avoue, même si j’ai beaucoup aimé celui-ci !
Certainement original !
Oui comme souvent avec cet écrivain, même s’il prend des chemins détournés !
non merci, je passe. bonne journée
Oui pas tout à fait trop alambiqué, je crois !