Jean-Noël Orengo –  »Vous êtes

L’amour malheureux du Führer »

Rentrée littéraire 2024

Albert Speer, mythe ou réalité ?

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Jean-Noël Orengo présente son nouveau roman « Vous êtes l’amour malheureux du Fuhrer », qui reprend le récit d’Albert Speer et l’ausculte à la lumière de l’Histoire.

L‘architecte Albert Speer (1905 -1981) fut un proche d’Hitler même si sa biographie, parue en 1969, a complètement minimisé ses liens. Il ne restait plus de survivants potentiellement susceptibles de lui rappeler son passé. Alors, Speer raconta ce qu’il voulait.

Il fut quatorze ans dans les arcanes du pouvoir nazi. Architecte de la première construction en l’honneur du « Guide », comme il le surnomme Albert Speer, La Zeppelinfield à Nuremberg illustre parfaitement le « talent » du national-socialisme.

Cette architecture de lignes verticales massives avec ce svastika encerclé illustrera le pouvoir nazi à jamais dans l’histoire, comme un péplum de très mauvaise facture. Il a créé de toutes pièces le décorum faisant encore partie de nos représentations actuelles. Il imagina une ville Germania, rassemblant toute la démesure nationale nazie. Nomme Ministre des armées,
Il mit ses architectes au service de la guerre totale. Il utilisa des hommes emprisonnés des camps de concentration pour les usines souterraines planifiées par son Führer et ses généraux. 
Accusé au procès de Nuremberg en 1946, il échappera à la peine de mort et a purgé la totalité de sa peine de vingt ans. À sa sortie, ses mémoires furent un best-seller, où il prônait comme à son procès.

Rôle véritable face à l’Histoire

Seulement la question fondamentale reste de savoir à quels moments Albert Speer a eu conscience de l’extermination de masse mise en place par le régime nazi ? L’argumentaire de Speer lui-même dans ses écrits, ses interviews, au procès de Nuremberg et après fut toujours d’endosser « la culpabilité collective et de l’innocence individuelle ».

L’hypothèse de Jean-Nöel Orengo est que Speer s’est inventé le récit de sa vie dans ses mémoires. À partir des documents, il expose les éléments de cette mise en scène entre l’attirance réciproque de l’homme de pouvoir pour l’artiste. À l’image de Jules II et Michel-Ange, Albert Speer a surfé sur ce couple de légende pour justifier cette relation très particulière qui fit dire à un de ses subalternes « Vous êtes l’amour malheureux du Führer ».

Le détail du travail d’historien de Gitta Sereny, autrichienne et juive ayant fui aux États-Unis, y est relaté. Pendant près de dix ans, elle suivit Speer lui-même vers les années 70. Jean-Noël Orengo analyse et décortique, présentant une intéressante réflexion sur l’historien et son sujet d’étude.

Aujourd’hui, la vérité est-elle toujours importante ?

Ce récit résonne aujourd’hui. Où est la vérité ? De quelle manière, est-elle manipulée ? Albert Speer l’avait bien compris. Du moins, Jean-Noël Orengo soutient cette thèse.

Difficile de penser qu’un proche du Führer n’ait rien su. Seulement, le récit servi au procès évita à Speer la peine capitale et lui permit de vivre tranquillement, adulé même, après son emprisonnement. Évidemment, le vertige envahit le lecteur…

En décortiquant les arguments d’une autofiction inventée, Jean-Noël Orengo illustre les conséquences de la falsification de la vérité, tellement reprise actuellement. Mais, c’est aussi une véritable réflexion littéraire que Jean-Noël Orengo livre sur autofiction et réalité et autofiction et Histoire.

Remerciements


À Netgalley et aux éditions Grasset

Puis quelques extraits

C’est lui (Hitler) qui a choisi le svastika comme emblème de son mouvement, un détournement criminel qui dure encore, le dévoiement d’un symbole universel et bienveillant présent un peu partout, beaucoup en Inde et en Asie du sud-est, devenu synonyme de massacre et de haine raciale.

Il était envoûté, c’est le mot qu’il utilisera toujours, quand on le pressera de s’expliquer sur sa relation avec le guide. Il leur répondra toujours par une question : qui n’aurait pas été envoûté ? Qui ne l’était pas ?

Il y a évidemment ce qu’il a vécu.
Il y a ce qu’il a écrit sur ce vécu.
Il y a ce que les historiens et les journalistes d’investigation écrivent de plus en plus sur lui, confrontant ces propos avec ce qu’ils pourraient découvrir dans les archives.
Il y a ce que d’anciens membres secondaires du cercle des intimes racontent sur lui dans leur mémoire – ils sont en général décevants – il y fait une apparition caricaturale à cause de rancunes personnelles trop appuyées pour être crédibles.


IL y a ce qu’il redit à l’oral dans des interviews et les entretiens privés comme ceux que l’historienne et lui ont depuis des jours, à raison de douze heures par jour, sur les faits qu’il a vécu et sur lesquels il a écrit, de sorte que parfois, de très légères et inquiétantes différences apparaissent entre les écrits et l’oral, et font alors l’objet de nouvelles exégèses improvisées autour d’un repas ou d’une promenade. Et il y a ce que ses anciens amis, collaborateurs et collaboratrices, pourraient dire de lui en off.

Encore

Ce guide(Hitler) vient de rendre à l’architecte la main la plus désirable qui soit pour un artiste, celle du commanditaire, du mécène protecteur. Et l’autre est restée froidement concentrée sur les pièces détachées d‘un révolver.

C’est un cercle, comme la bague de fiançailles est un cercle. Y entrer, c’est sentir une bague à son doigt même.

Le III Reich ne nous oublie pas, et tant qu’il y aura des hommes, ils ne nous oublieront jamais. Il a été conçu pour ça. Être inoubliable par l’ampleur de ses crimes et l’outrance de ses monuments. Crimes et monuments.

C’est un pouvoir oral et ils ressortent souvent livides de ces réunions avec Hitler, traumatisés convaincus, séduits, fanatisés parce qu’ils en ressortent dotés d’une autorité indiscutable, celle du Führer. Ils sont les avatars du Führer sur le théâtre des opérations.

D’ailleurs, on brûle tant qu’on peut cette paperasse depuis plusieurs mois, pour effacer leurs traces monstrueuses et qu’ils savent monstrueuses, tous parfaitement conscients de l’aventure très particulière qu’ils ont menée un peu partout dans les territoires conquis, et en Pologne tout spécialement.

La gamme des émotions a changé de nature, elle s’est enrichie de valeurs néfastes, mais quelque part sur la portée, d’anciens sentiments du passé demeurent audibles, où il entend qu’il ne risque rien, qu’il est le favori du guide, le favori d’un criminel, le favori d’un pygmalion, le favori d’un être hideux avec sa peau vulgaire et son énorme nez.

Et encore,

Mais il faudrait alors un historien de l’historien pour mesurer les conséquences sur son quotidien de cette spécialisation, ce que c’est que vivre matin et soir, non pas seulement avec des millions de morts, ce qui est une célébration douloureuse de leur existence et leur rappel, mais avec le sadisme constant de leurs bourreaux.

Le guide aime se plaindre ce qu’il impose. C’est une coquetterie que plusieurs de ses collaborateurs s’inspirent, se plaindre de ce qu’ils ordonnent. Ils ne cesseront plus de le faire. Surtout Himmler. Se plaindre du terrible devoir de faire la guerre aux juifs dans toute l’Europe conquise . Se plaindre du terrible devoir d’assassiner les femmes et les enfants juifs. Se plaindre de ne pas en faire suffisamment assez et de décevoir le Führer. Se plaindre ne pas voir suffisamment sa propre femme et ses propres gosses, de jolies petites têtes blondes.

C’est une partition où les monologues du guide reviennent indéfiniment, monotones jusqu’à l’hébétude.
Monotonie, nomologie : les années passent, identiques et sérielles.
Est-ce de l’hypnose ? Le travail en souffre, mais on s’amuse.

Ici en bref

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Éditeur : Grasset

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Parution : 28 août 2024

EAN : 9782246831372

Lecture : Septembre 2024

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10 commentaires

    • D’emblée Jean-Noël Orengo explique son cheminement de réflexions. C’est passionnant, et pour toi qui connaît bien l’histoire de cette période, il devrait te plaire. Merci et bonne continuation

    • Ce roman ou récit est passionnant tant la documentation est fournie .
      Bonne semaine 😉

    • J’ai beaucoup aimé car j’avais besoin d’en savoir plus sur ce proche qui a évité la peine de mort au proces de Nuremberg m’intriguait !
      Une vraie enquête à charge !
      Belle journée !

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