
Avec sa sensibilité, Olivia Elkaim reprend l’histoire de Georges Perec et l’analyse au regard de sa propre histoire et de celle de sa mère à laquelle elle donne une personnalité protectrice.
Quai 11, gare de Lyon à l’automne 1941. Une mère lâche la main de son fils de cinq ans. Il rejoint une infirmière de la Croix-Rouge. Une pancarte avec son nom, son prénom et sa date de naissance. Paris-Grenoble : 685 kilomètres.
Que j’ai aimé ce roman ! De femme à femme, Olivia Elkaim établit un pont entre la mère de Georges Perec, qu’elle appelle Cécile, de son prénom français, et sa propre vie.
« Je lui invente des manières, un phrasé, des sentiments dont je ne sais rien. Je comble de romanesque, là où il n’y a que du vide.«
Un vide que malgré ses nombreuses années, allongé sur un divan, Georges Perec taiera le nom.
Cécile-Cyrla-Tsirele, ses identités multiples donnaient à cette enfant polonaise, obligée de suivre ses parents, rejoindra la France, le premier pays à avoir émancipé les juifs.
Une œuvre, la recherche d’une mémoire
Cette vie à la recherche de l’enfance, Georges Perec l’a raconté, à sa manière, ses œuvres dont W. En tordant la littérature, pour dire sans le dire, la disparition d’un père à quatre ans, puis celle de sa mère à cinq ans, laisse l’homme toujours exsangue de ses souvenirs. « Faire ses devoirs sur une table de cuisine » était un rêve que faisait toujours l’homme, adulte au micro de Jacques Chancel.
Olivia Elkaim choisit le point de vue de la jeune mère, veuve. Parce que son mari, comme Apollinaire, a cru en s’engageant, remercier le pays qui les avait accueilli. Ce père, oubliant sa judéité pour agir communiste, meurt ainsi bêtement la laissant seule avec son fils, Georges.
Seulement, la guerre gronde et il faut pour le protéger s’en séparer.
Olivia Elkaim imbrique les trois histoires, l’émigration de Cécile, la vie de Georges et sa propre vie. Ce roman intense et émouvant met en lumière cette partie de notre histoire, sombre et longtemps cachée, de façon magistrale.
Extrêmement peu d’archives, mais l’imaginaire de l’écrivaine décrit ce qui aurait pu arriver en quarante-trois chapitres. Il relie les quarante-deux ans de Georges, âge de sa mort, et le 11 février quarante-trois, date à laquelle Cécile fut déportée. Une date où une mère est effacée du monde. Une date qu’un fils cherchera toujours à relier dans les méandres de son cerveau, essayant sans succès de se souvenir d’une odeur, de la couleur d’un manteau ou de la douceur d’une main.
Olivia Elkaim dissèque son œuvre et démontre cette quête incessante. Georges pensait que sa mère était « morte sans avoir compris ». Olivia Elkaim fait de Cécile, une mère qui se sacrifie pour le protéger. Magistral !
Remerciements
Aux éditions Stock et #NetGalleyFrance
Puis quelques extraits

Sont-elles de mauvaises mères qui abandonnent leur progéniture, des nourrissons pas encore sevrés, comme le rabbin le leur reprochait samedi matin, à la synagogue de la rue Julien-Lacroix? Où se montrent elles simplement prévoyantes?
On peut se mentir à soi même- c’est si confortable -. se convaincre qu’on échappera à la logique arbitraire des arrestations, à celles de la guerre, même si l’ennemi occupe la rue, se pavane aux terrasses des cafés, défile au pas de l’oie sur les grands boulevards.
Malgré les menaces, la peur, les lois régissant le statut des juifs qui se succèdent, on n’a pas le courage de s’exiler à nouveau. On veut continuer de croire, en la France, en ces valeurs, universelles, à la force intangible des droits de l’homme.
Je me tromperai à réduire Georges à sa seule dimension tragique. Sa personnalité est riche, multifacettes, (…)
Et, encore,
W. Si on arrondit les branches du candélabre se forment les anneaux olympiques. Si on l’allonge et les tord, apparaît la svastika, symbole du parti nazi.
On évacue son enfant en tant que fils de tué, non en tant que juif, né de parents polonais, ayant besoin d’être protégé de lois antisémites qui s’appliqueront, à l’avenir, même aux bébés.
Plus vous allez la chercher, moins vous la trouverez. Votre acharnement ne sert à rien. Car il ne faut pas comprendre…Il faut perdre connaissance.
En réalité, j’avance dans le noir, sans comprendre que je suis constituée de toutes les strates du temps, et de mots – ce que mes aïeux ont prononcés et, surtout, ce qu’ils ont tu.
Je me demande comment les morts se rappellent à ce qui se meurent. Mes grands-parents seront-ils près de moi lors de mon dernier souffle ? Me tendront-ils la main pour m’aider à passer doucement de l’autre côté du rivage – Si tant est qu’il en ait un, où ils m’attendraient, assis en rang d’oignons sur des chaises de plage ?
Ici en bref



Questions pratiques

Olivia Elkaim – La disparition des choses
#rlhiver26
Éditeur : Stock – X : @EditionsStock Instagram : @editionsstock – Facebook
Parution : 2 janvier 2026 – EAN : 9782234097247 – Lecture en janvier 2026

Bonjour Matatoune. Ton enthousiasme pour ce roman me donne envie de le découvrir. Bon dimanche
C’est un beau portrait de femme qui essaye de s’approprier sa liberté ! Bonne semaine 📚 🙏
Très, très belle chronique, tout en sensibilité et qui donne envie de découvrir ce récit. 🤩
Merci beaucoup 🙏, c’est très gentil ! Mais ce roman m’a beaucoup émue en effet ! ☃️❄️
Bonjour Matatoune. Pas trop fanatique de Georges Perec, ce livre ne serait pas dans mes priorités, je pense. Mais je retiens qu’il t’a intéressée. Merci bonne journée à toi 🙏 ❄️✨️🌟🍀📚🤩
J’ai juste envie de me replonger dans ses écrits avec cette nouvelle mise en lumière ! Bonne continuation ☃️❄️🙏
Je ne connais pratiquement rien de Georges Perec, je note ce livre, ton enthousiasme est contagieux. Bonne semaine
C’est gentil ! J’ai réécouté sa voix dans des émissions…et ça me donne vraiment envie de m’y replonger !
étonnant, ce parallèle. très puissant visiblement au vu de ton enthousiasme. je note.
Ah tout à fait, je savais mais Olivia Elkaim arrive à donner des ressentis à son vécu ! Brillant pour moi !