Caroline Lamarche – Le Bel Obscur – #rl2025

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Trois documents et une photographie retrouvés dans un coffre au moment de vider une maison familiale, voici le début de ce Bel Obscur, treizième roman de Caroline Lamarche. Ce livre, je l’ai vu, noté, puis l’ai commandé à ma librairie préférée. Ils ont fait des recherches : « non désolée, nous n’en avons pas trouvé trace, le voulez-vous ? Oh non, je n’en ai plus envie« , me suis-je entendue répondre. Et, là, en dernière sélection du Goncourt, le voici qui réapparaît devant moi. Alors, je l’ai enfin ouvert et la magie a opéré.

Des documents, donc : une photo, une lettre à un père et une déclaration signée de la ville de Liège et puis un brouillon. Tous ont un lien avec un certain Edmond. Seulement, dans l’arbre généalogique paternel, Edmond (1834-1865), l’ingénieur, en fut effacé. Son cheval porte le nom Schlemyl, drôle de nom ! Schlemil existe en yiddish et signifie l’éternel malchanceux, comme une caractéristique de l’histoire de la narratrice.

Au lendemain de cette découverte, la narratrice associe le geste héroïque d’Edmond à celui de son Vincent, son mari. Lui aussi a voulu sauver des eaux deux noyés. Seulement, lui fut « un sauveur sans sauvés », les deux étaient morts. Remontant la particularité de cet Edmond, la narratrice rouvre aussi ses carnets intimes et réorganise son propre passé.

Les recherches généalogiques se poursuivent mais ce qui fait la spécificité du Bel Obscur ce sont les similitudes avec la propre situation de la narratrice. Lorsqu’elle a découvert son homosexualité, elle a choisi de rester à ses côtés par fidélité à leur amour et à la beauté qui l’avait séduite.

Au-delà du récit généalogique,

Ce sont toutes ses réflexions qui font la richesse de ce roman. Dans les années 70, il n’existe que les Américains à avoir documenté sa situation, femme avec un mari homosexuel, sa « maison volante » telle qu’elle l’appelle.

Le Bel Obscur est un roman troublant d’une grande nouveauté. Il reprend l’attrait actuel pour les ancêtres tout en ajoutant cette touche sociologique si peu évoquée. L’angle abordé maintient la liberté de chacun avec ce slogan qui, dans les années 80, était d’une nouveauté indéniable : « Je m’appartiens, tu t’appartiens« , même si la phrase de Duras affirmait que « vivre avec un homosexuel tuait une femme« .

Sans compromission, la narratrice évoque son déni, son éducation l’aidant à accepter cette liberté pour laquelle elle n’était nullement préparée. Cette situation ne fera qu’amplifier son désir de mourir que la narratrice arrive à dominer par son envie d’écrire. Jusqu’où Caroline Lamarche se confie dans cet écrit ? Cette réponse lui appartient. Mais, cette acuité si juste permet de penser que les liens sont étroits. Difficile de penser que Le Bel Obscur de Caroline Lamarche puisse être l’outsider aux mastodontes littéraires de la dernière sélection littéraire du Goncourt 2025.

Puis quelques extraits

Je me suis sentie vaguement accablée, même si la beauté des documents anciens, leurs encres résistantes, leur délicatesse soyeuse m’avaient émerveillée, avant que je les rende au sommeil d’archives.

Je souffrais du syndrome de Marie-Madeleine, honteuse de mon infidélité, prosternée au pied de Vincent en répandant le parfum de mes excuses et de mes bonnes résolutions.

Les histoires d’amour clandestines font toutes appel aux mêmes ressorts, Roméo et Juliette ou Sur la route de Madison transposée sur la scène gay: rien de neuf.

Avant de tenter de le déchiffrer, je me suis dit que toute existence ressemblait à un brouillon. Année après année, nous transformons à tâtons le minerai de notre propre destin sans jamais parvenir à l’or rêvé. La voilà, notre vie, notre seule vie. Raison pour laquelle nous en raturons parfois des pans entiers avec violence. Néanmoins ils restent là, les vestiges de nos essais erreurs, illisibles mais bien présents.

L’Histoire est pleine de morts obscurs : s’ils n’ont pas de descendance, les voilà privés de récits.

Ici en bref

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Du côté des critiques : Libération

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Caroline Lamarche – Le Bel Obscur

Rentrée littéraire 2025

Éditeur : Seuil – X : @EditionsduSeuil @ Instagram : @editionsduseuil– Facebook

Parution : 22 août 2025 – EAN : 9782021603439 – Lecture : octobre 2025

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17 commentaires

  1. Je viens de le lire – d’une traite. Et je trouve qu’il a(vait) par son approche sa place dans la liste des goncourables (même si, la couronne c’est absolument méritée pour La maison qui ne vole pas, mais qui est vide).
    « vivre avec un homosexuel tuait une femme » – elle le montre très bien dans ce livre qui fourmille de réflexions qui font mouche. Une très belle sensibilité.

    • Merci pour le partage de ce retour. Oui, je trouvais aussi qu’il avait sa place au Goncourt. Et c’était mon premier de cette écrivaine ! Du coup, elle est de nouveau invisibilisée, alors que son sujet est extrêmement novateur !

  2. Bonjour Matatoune, je vois que les écrivains actuels sont tous plongés dans des recherches généalogiques très poussées. Grand bien leur fasse ! Ça ne m’intéresse pas trop, je l’avoue. Merci de cette suggestion de lecture qui me permet de me tenir au courant de l’actualité littéraire 🙏Bonne fin de journée

    • Ce fut le leitmotiv de cette rentrée littéraire. Est-ce ce dixième anniversaire du 13 novembre ou la fin du Covid ? Certainement les deux qui forcent les écrivains à s’interroger sur leur histoire, un recentrage sur ce que l’on peut chercher, enquêter, par rapport à l’incertitude du monde ! Peut-être ! Excellente continuation

    • J’ai quand même l’impression que le trait commun de cette rentrée littéraire est le retour aux origines . J’ai cru qu’il serait l’outsider pour le Goncourt. Il en avait les qualités. Mais, La maison vide est un tel chef d’œuvre qu’il l’emporte. Ravie !

    • Je crois que nous sommes pas les seules à ne pas la connaître. C’est une véritable outsider pour ce Goncourt qui sera certainement très discuté ! Bonne semaine 📚🌞

    • Dernier carré pour le Goncourt, en effet. J’attends avec impatience le résultat. A suivre donc !

    • Il n’a pas, pour moi, la même valeur que les trois autres de cette sélection. Mais, attention à l’outsider ! 😉

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