Historien à Gaza par Jean-Pierre Filiu – Témoignage

vagabondageautourdesoi.com - Jean-Pierre Filiu - Un historien à Gaza -

Ses mots, Jean-Pierre Filiu les posent sur ce qu’il voit à Gaza, lors de son dernier séjour. Il découvre un monde de désolation, même s’il préfère se « raccrocher aux éclairs de vie qui surnagent d’un tel naufrage.« 

Durant son mois à Gaza, de la fin 2024 jusqu’au début 2025, Jean-Pierre Filiu ne reconnaît plus le pays. Il l’a connu au cours de ses nombreux voyages, pendant plus de quarante ans. En 2012, l’historien a fait paraître une Histoire de Gaza très remarquée.

La bande de Gaza était « une oasis réputée pour la richesse de sa végétation et la douceur de son climat« . Ses champs de légumes, de fruits, d’agrumes, de vigne et d’oliveraie étaient appréciés. Le territoire actuel, long de 41 km de long sur une largeur de six à douze kilomètres, a une superficie de 360 km2.

Retrouver notre conscience humaniste

Nos yeux se sont habitués à la violence dont regorgent nos journaux. Cette escalade nous laisse hébétée, envahie d’une colère froide, renvoyée à notre impuissance de voyeur, uniquement spectateur.

Jean-Pierre Filiu nomme l’enfant qui meurt d’hypothermie dans les bras de sa mère. Il raconte la gaze qu’on lave plusieurs fois car l’hôpital manque de tout. Il nous informe aussi du château d’eau planté sur l’amas de ruines. L’énoncé des violences subies rend cette lecture éprouvante, mais absolument nécessaire. Nous avons tant fermé les yeux devant leurs souffrances. Pourtant les souffrances des 1188 victimes de l’agression du Hamas, le 7 octobre 2023, nous les avons reconnues.

Il faut lire ce témoignage, que certains pourraient considérer comme biaisé à l’encontre du gouvernement d’Israël. Pourtant, l’historien analyse et documente la position des Palestiniens, différents des soldats du Hamas. Et, pourtant, ils subissent le poids puissant de la répression israélienne.

En conclusion,

Son point de vue est uniquement de rendre compte de ce que vivent hommes, femmes et enfants palestiniens. Ils sont soumis aux diktats islamistes et à la répression israélienne. Son étude est documentée, précise et argumentée.

Depuis qu’Israël veut une « victoire totale à remporter contre le Hamas » et que les gangs de pillards détournent les convois humanitaires pourtant contrôlés par Israël, la situation devient ingérable d’insécurité. Deux millions de personnes sont des victimes !

Un historien à Gaza de Jean-Pierre Filiu éclaire son témoignage, de pistes de compréhension, pour alerter. Il faut cesser de penser qu’être pour, signifie être contre, pour s’attacher à retrouver notre conscience humaniste !

Puis quelques extraits

On me raconte les morts, les disparus, les dépouilles toujours ensevelies sous les décombres, les fuites affolées, la peur au ventre, en serrant contre soi les enfants, le déplacement une fois, deux fois, dix fois, la douleur et la perte, le deuil et l’horreur.

J’ai beau avoir fréquenté par le passé quelques théâtres de guerre, de l’Ukraine à l’afghanistan, en passant par la Syrie, l’Irak et la Somalie, je n’ai jamais, au grand jamais, rien expérimenté de similaire.

Alors je préfère me raccrocher aux éclairs de vie qui surnagent d’un tel naufrage.

Le nombre de professionnels de santé tué dans la seule bande de Gaza, depuis octobre 2023, est supérieure à celui de leurs collègues tués au cours de l’ensemble des conflits recensés dans le monde en 2021 et 2022.

La survie au jour le jour a renforcé la dépendance des foyers envers leur clan de rattachement, mais chacun de ses clans poursuit ses intérêts localisés et s’avère incapable de s’allier à d’autres clans pour constituer un contrepoids sérieux au Hamas.

L’historien sait d’expérience comment les opinions s’accommodent progressivement des conflits qui s’installent dans la durée. Il n’en est pas moins troublant de constater que la guerre de Gaza s’est banalisée encore plus vite que celle de l’Ukraine.

Et encore,

C’est ainsi que les victimes de gaza sont tuées deux fois. La première fois quand la machine de guerre israélienne frappe directement dans leur chair où les étouffe à petit feu sous leurs tentes. La seconde quand l’intensité de leurs souffrances et l’ampleur de leurs pertes sont niées par la propagande israélienne, quand elles ne sont pas accusées d’être collectivement ou individuellement des « terroristes ».

Comme si le miroir que nous tendent les femmes et les hommes de Gaza révélait notre défaut d’empathie pour des morts que nous ne ressentons plus comme nôtres.

Les Nations Unies recensent , du 3 au 10 janvier, 527 actes de guerre israéliens( 208 frappes aériennes, 143 bombardements d’artillerie, 142 tirs de mitrailleuses et d’armes automatiques, 24 bombardements et tirs de la Marine, 10 incursions terrestres) pour 6 tirs de mortier palestinien. C’est ce qui pourrait s’appeler une guerre à sens unique.

Il n’y a aucun Robin des bois à Gaza, où circule des bandes criminelles s’engraissent en détournant l’aide humanitaire qui devait être distribué la population ou mise à son service.

Et encore, encore

Les tabous chutent les uns après les autres dans une société jusque-là aussi conservatrice que protectrice.

Cet acharnement israélien fait paradoxalement le jeu du Hamas, qui se pose en gardien de ce qui reste d’ordre face à la rapacité des pillards quoi mais il s’agit d’un Hamas sensiblement dégradé par l’élimination de ses dirigeants historiques et de ses cadres les plus exposés, donc souvent les plus politiques. La liquidation d’une telle hiérarchie laisse un vide que la piétaille du mouvement, jusque la chargée des basses œuvres, à occupée par défaut(… ). Et l’aveuglement des envahisseurs finit par livrer le territoire à ces islamistes de choc, plus enclin aux tabassages qu’aux sermons.

L’UNICEF estime depuis des mois que pratiquement tous les enfants de la bande de Gaza ont un besoin impressionnant du soutien psychosocial et de santé mentale. Il est exclu d’envisager la moindre psychothérapie tant que les hostilités se poursuivent, sous peine de fêler la carapace de survie qui permet malgré tout de tenir.

Ici en bref

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Du côté des critiques : Télérama

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Jean-Pierre Filiu – Un historien à Gaza

Éditeur: Les Arênes – X: @les_arenes – Instagram : @les_arenesFacebook – TikTok : les_arenes

Parution : 28 mai 2025 – EAN : 9791037513786 – Lecture : Juin 2025

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14 commentaires

  1. C’est tellement effroyable de voir l’inaction internationale devant ce désastre alors si le livre semble anxiogène par son sujet, il a l’air également indispensable.

  2. Ce livre m’intéresse beaucoup. Personnellement je suis écoeurée par la partialité totale des autorités et de la presse, en tout cas ici en Suisse. Ils ont tellement peur de passer pour antisémites qu’ils craignent de dénoncer la situation à Gaza, en oubliant que notre pays est dépositaire des conventions de Genève. C’est trop facile, il y a toujours de bonnes raisons de tuer en ce moment ce sont les « terroristes » mais d’autres époques c’étaient les communistes, les juifs, les sorcières etc

  3. Ce n’est pas un livre pour moi : l’actualité me suffit et m’angoisse assez, mais c’est sûrement un livre très intéressant !

    • Je trouve qu’il faut, si on n’est pas trop angoissé par l’actualité, essayer de comprendre. Bonne continuation

    • Sujet extrêmement divisant et inflammable. Pourtant, il y a des hommes, des femmes et des enfants qui souffrent. 🤝

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