Du paradis
RENTREE LITTERAIRE 2024

Quel roman vertigineux, complexe et singulier à la fois, que propose Xavier-Marie Bonnot avec Place du paradis ! Une immersion dans notre actualité à partir de l’histoire d’une fugace rencontre qui va s’approfondir.
C’est plutôt un échange de regards où tout se dit dans le silence. Ainsi Pierre pourra comprendre, peut-être, le néant de Marie, sa solitude et son bannissement de la société française suite à ses actions. Seulement pourra-t-il découvrir pourquoi, elle s’est effacée de sa vie française !
Ce roman dérange par les points qu’il développe, hors des sentiers imposés par la préséance politique. Il nous oblige à regarder là où on avait rangé le mal, loin, devenu en chaussant nos lunettes, si proche de nous. Car, l’Etat islamique, ce nouveau concentré de haine, se nourrit de nos fils et filles, ceux qui ont vécu dans notre culture, nimbés de notre histoire, et pourtant, ont été abandonnés, à un moment ou un autre… C’est cet abandon que raconte Xavier-Marie Bonnot en entrecoupant des extraits d’audition, de procès et de documents du califat de l’horreur.
Brins d’histoire
Marie Rouard est une adolescente esseulée dans son univers occidental avec une mère dont la futilité dérange la femme qui naît en elle, reléguant son histoire familiale dans le tiroir d’une commode. Sa blessure est bien plus profonde qu’une inégalité sociale.
Alors, lorsque l’amour passe près d’elle, elle s’y engouffre, sans réfléchir, comme un nouveau continent découvert. Elle deviendra « Umm Adam » pour lui rester fidèle. Lui, Fabien Marceau, devient rapidement Abou Mohammed al-adnani.
En changeant de noms, le lavage de cerveau peut s’opérer et l’immonde de l’inhumanité s’insérer plus profond en eux. Seulement est-il si différent du jeune étudiant qui s’est surnommé Mazlum, volontaire des YPG kurde qui tue en récitant les passages de l’Apocalypse.
Pierre Déjean n’est plus tout jeune c’est « un vagabond du réel » avec son appareil photo qu’il a promené sur tous les fronts pour rendre compte des guerres de notre siècle. Une façon pour lui d’essayer de comprendre son père, et ses silences sur ses années de guerre, aux côtés du plus grand des poètes français qui se faisait alors appeler Hypnos.
Il y a un certain temps, Esther l’a introduit au passé de Raqqa. Mais son appareil, il l’a raccroché souhaitant arrêter de documenter ce réel auquel il a consacré sa vie. Le regard échangé un jour de combats sur la Place du Paradis va le ramener dans sa complexité.
Incarcérée en France, Marie accepte de parler à la juge d’instruction à condition qu’elle puisse aussi parler au photographe. Car, pour elle, une photographie célèbre a le goût de l’amour et de la perte, à la fois qui est légendée ainsi : » Un enfant, seul, une grosse sucette à la main, marche dans les décombres. Les bombardements reprennent, l’enfant disparaît dans la poussière. »
Un roman branché sur l’actualité
Difficile de résumer un tel roman si dense, étayé par des extraits du procès du 13 septembre qui s’est déroulé pendant neuf mois, en 2021/2022. Il faut prendre le temps de cheminer aux côtés de Pierre et de Marie, et des autres, pour appréhender leurs doutes, leurs certitudes et leurs égarements. Évidemment, comme dans la vraie vie, le mal n’est jamais d’un seul côté. Il est partout et chez chacun. Même les accusés du procès ont leur humanité : « Au fond, Abdelslam n’est qu’un petit bonhomme, très à l’aise. Rien du commando viril, plutôt un cocu de la vie qui se venge, barbu en compagnie d’autres barbus. C’est dans l’arrière-boutique de ses prunelles qu’on découvre la merde qui lui sert de conscience.« .
Construit en 4 parties, le roman de Xavier-Marie Bonnot offre un condensé de joie, de larmes, de réalité sur la guerre, le fanatisme, les certitudes et les raisons qui poussent les uns et les autres à se tuer. Seulement, Place du Paradis est aussi un roman d’espoir, mais pas de celui des romans Feel good. Ici, pas de rédemption juste une lucidité à acquérir pour affronter les conséquences de ses actes. Et, c’est peut-être tout simplement, cela, la liberté ! Avec, une fin qui sauve le tout !
Pour aller plus loin
D’une précision ajustée, composée pour suggérer plutôt qu’accabler, l’écriture de Xavier-Marie Bonnot saisit à la fois par sa justesse et sa retenue. Le sens y est intense avec une histoire qui décrit les mêmes images que celles qui peuplent nos écrans. Aucune facilité dans le propos !
Pierre ressemble à un Patrick Chauvel, grand reporter, qui vient de raccrocher son boîtier en donnant son fonds photographique au Mémorial de Caen. En documentariste expérimenté, l’écrivain propose aussi une réflexion sur le pouvoir des images, leur surenchère et leur capacité à faire ce buzz tant attendu par les chaînes d’informations et les réseaux sociaux. Et, Marie, elle, nous fait penser à n’importe quelle jeune fille, au regard fier, se trimballant en niqab sur le parking d’un Leclerc.
Un titre au symbole multiple
À force de prétendre que nos enfants ne sont pas capables de tels actes, et qu’il suffit de les garder dans des camps au fond du désert ou dans nos prisons froides, on croit le problème résolu.
Pourtant, les premiers vont sortir de ces mêmes prisons où ils ont été à l’isolement, toutes ses années. Ils y auront développé une féroce envie de vengeance, tout au plus ! Que leur proposerons-nous pour retrouver une place parmi nous. Une fiche S…! Xavier-Marie Bonnot nous suggère de retrouver notre humanité et d’essayer de comprendre.
Place du Paradis, ce titre est au carrefour de l’histoire de la Syrie, des fous de l’Etat islamique qui croient y aller en tuant, à la prospérité du califat abbasside et l’émergence de la littérature arabe, véritable délice des mots, en passant par l’exposition des exécutions visant à convertir tout un peuple en esclaves. Ce roman de Xavier-Marie Bonnot est un condensé d’humanité qui espère appeler à la compréhension.
Évidemment, à recommander !
De façon plus concise…
Avec Place du Paradis, Xavier-Marie Bonnot décrit deux univers que tout oppose mais qui par la force de la fiction vont apprendre à se connaître. Ainsi, entre la prisonnière, ex-femme d’un bourreau de l’Etat islamique, et un journaliste, reporter de guerre, un dialogue va se nouer… Dense et complexe, mais particulièrement réussi !
Remerciements
Aux éditions Récamier pour ce service de presse.
Puis quelques extraits

Tout ce dont une jeunesse se nourrit depuis des années, Daesh en a fait des cocktails qu’il a servis à des assoiffées de vengeance, aux frustrés, aux renégats, aux laissés-pour-compte de la civilisation, aux purs méchants; ils existent. Ça vient de loin, cette pulsion de mort et cette trahison, pas seulement de la déshérence ou de la folie de quelques âmes malsaines, mais du plus profond de nos abandons.
Plus de négatifs, trop chers, pas assez rapides trop encombrants. Plus de petites merveilles, ni d’émotions d’enfer, ni de larmes ou d’amertume du monde dans les lumières rouges des laboratoires où les visages apparaissent, blafards, ondulant dans le révélateur.
Au fond, Abdelslam n’est qu’un petit bonhomme, très à l’aise. Rien du commando viril, plutôt un cocu de la vie qui se venge, barbu en compagnie d’autres barbus. C’est dans l’arrière-boutique de ses prunelles qu’on découvre la merde qui lui sert de conscience.
La Syrie, loin, si loin dans son esprit. On pourrait y faire de belles actions, embellir l’humanité. Elle en avait rêvé longtemps, pieusement.
La haïr est facile; la comprendre, c’est se mettre devant un miroir, y voir les échecs d’une époque, la dérive d’un siècle.
On n’écrit pas le temps présent en trempant sa plume dans l’histoire. On s’en sert juste comme d’une lanterne, pour savoir où mettre les pieds.
Et encore,
Les hommes demandent toujours des causes ou des dieux pour leur montrer le chemin de l’au-delà. Il a choisi un prophète d’ailleurs. Où est ton héritage, soldat perdu ? Tu n’as plus de ville, plus de passé, et la mémoire de ceux qui t’ont abattu te charrie dans ses ordures.
Et quand on prend conscience de qui on est, on sait dans quelle direction aller.
Ici en bref





Avis du côté des critiques
Avis du côté des blogs
Questions pratiques

Xavier-Marie Bonnot – Place du Paradis
Éditeur : Récamier
X : @Ed_Recamier Instagram :@editionsrécamier
Parution : 4 janvier 2024
EAN : 782385770839
Lecture : Décembre 2023

Je ne connais que les polars de cet auteur ! 😉
Moi, je n’en ai jamais lu ! Mais, j’avoue que ce roman branché sur l’actualité me plaît bien !
Je vais aller y jeter un oeil 😉
J’attends alors ton avis 😉
Il peut se passer du temps avant que je ne le lise !
Je viens de terminer ce roman. Je me sens bousculé par la puissance du récit. De nombreuses questions surgissent, je ne me sens pas prêt à rédiger de suite la critique promise à Babelio. Alors je erre sur le net pour trouver d’autres avis. Le votre est juste parfait.
Merci. Ravie. Venez nous prévenir lorsque votre chronique sera publiée. J’irai la lire avec plaisir !
le thème ne m’attire pas trop pour le moment, je le note tout de même dans un coin!
Xavier-Marie Bonnot écrit très bien ! Mais, je comprends que le thème n’attire pas. Je viens d’en finir un autre sur le thème des réfugiés et j’avoue avoir envie de lectures légères, maintenant ! 😉
Bonjour Matatoune. Je ne crois pas que je le lirai car je ne peux pas comprendre ceux qui détruisent la vie des autres, quelles que soient leurs raisons. Bon dimanche
Non, tu as raison ! Mais, quelle fascination pour cette destruction, cette oppression au point de la reproduire sans état d’âme, je voudrais tellement comprendre comment la bascule se fait ! Et comment chaque jour, on accepte de continuer !
J’aime beaucoup cet auteur, mais pas spécialement cette thématique. Je le lirai peut-être. Bonne journée
Je comprends. Moi-même, je suis plongée dans un récit noir de chez noir et j’aspire à plus de légèreté dans les prochaines lectures ! Bonne continuation 😉
Merci pour la citation. Ce roman m’a bousculée.☺️
J’avoue ne pas avoir été trop déstabilisée !
Mais, j’ai peur que son message, essayer de comprendre, ne soit pas trop audible, en ce moment.
Je ne l’ai pas lu sous cet angle-là, car même si j’ai perçu la volonté de l’auteur, je suis incapable de comprendre. Cela m’est totalement impossible.
Un auteur que j’adore depuis son premier roman. Mais le sujet de celui-ci ne me tente pas.
J’ai quand même l’impression qu’en cette rentrée, un certain nombre de roman reprend cette thématique. En tout cas, j’en ai plusieurs à venir ! Celui-ci est réussi.
Mais, jamais en lecture, il ne faut se forcer😉.
Whaoua…quel beau texte pour un livre que je vais certainement lire.
Les 2 romans de la rentrée chez les éditions Recamier sont assez top ! En tout cas, pour moi, de très bons moments de lecture !
Sujet intéressant mais les extraits ne m’enthousiasment pas. N’est-ce pas plutôt ici un livre journalistique ?
Non, c’est un parfait roman qui mêle deux univers celui d’un reporter de guerre qui a tout vu des horreurs de la guerre et qui est interloqué par le regard d’une femme arrêtée lors de la libération de Raqqa. Et de là part l’espace romanesque . J’ai bcp aimé
Bonne continuation !