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La Peur dans l’âme – Valerio Varesi

vagabondageautourdesoi.com - Valerio Varesi - La peur dans l'âme -

Onzième enquête du commissaire Soneri, La peur dans l’âme de Valerio Varesi, dissèque la peur qui s’empare d’une petite communauté. Soneri et sa femme ont fui Parme et sa canicule pour quelques jours à la campagne proche d’une forêt rafraîchissante, au village de Montepiano, dans les Apennins. Seulement, un soir des hurlements retentissent. Brunetti, le braconnier de truffes, est ramené, blessé d’une balle, au village accompagné de son chien par Tilò, un homme du village qui connaît parfaitement la forêt. 

Lorsque la rumeur qu’un fugitif dangereux, Sinisa Vuikovic, aurait investi la forêt, pour s’y cacher, la peur commence a monté. Et lorsque la troupe débarque, toutes les vieilles histoires refont surface réveillant les inquiétudes. Et tout aussi inquiétant un jeune homme, le fils des Martelli, a disparu.

Roman noir puissant

Autour de son enquête, Valerio Varesi décrit point par point comment s’introduit l’insécurité dans un groupe. Ce petit village, sans histoire, où tout le monde se connaît, va vivre, au fil des jours, la montée d’une crainte diffuse sans vraiment d’objet, au départ. Puis, avec l’arrivée des carabiniers, la frayeur trouve une raison de s’enflammer. Et en reportant son animosité sur un objet, l’étranger ou inconnu, comme ce Serbe. Il parle plusieurs langues, capable de se fondre dans un groupe et même change d’apparence, selon la situation. Ainsi, il polarise toutes les inquiétudes.

Valerio Varesi place son double enquêteur dans une posture bien particulière. Ni à la fois chargé officiellement de l’investigation et ni complètement en dehors, Soneri regarde, renifle, essaye de s’en détacher tout en continuant à être concerné. Seulement, il retrouve toujours un carabinier ou un militaire, sur ses pas. Il est de plus en plus désabusé, de moins en moins véritablement impliqué, toujours plus déçu du monde qui l’entoure. « Je sais, ce sont les utopies qui nous font paraître horribles les temps actuels. » confie le commissaire à un collège. Puis ajoute : « Même une soupe de pain rassis peut te sembler bonne si tu n’as que celle-là. » Notre écrivain a perdu tout son espoir et nous en informe.

Roman social aussi,

Car, dans ce village tranquille, on s’accommode de la loi, mais comme tous font ça, plus ou moins, tous ferment les yeux. Seulement lorsque d’autres personnes extérieures s’en aperçoivent, d’un coup, les langues se délient et dénoncent. Ainsi, leur communauté explose devant la crainte. 

Valerio Varesi aborde également le braconnage de bêtes sauvages, sa vente aux restaurants de la région et le bénéfice que chacun en retire. On y parle même de partage de territoire et même d’autorité qui achète leur tranquillité en fermant les yeux. 

Au-delà du polar, Valerio Varesi propose un roman noir sur l’Italie contemporaine qui a fait de l’étranger la source de tous ses maux. En plaçant sa fiction en dehors de Parme, l’attitude de son enquêteur nous permet d’élargir la focale et de nous interroger sur la portée de telles attitudes. Bref, à découvrir !

En quelques mots

Dans La peur dans l’âme, Valerio Varesi entraîne le commissaire Soneri dans un village des Apennins rongé par la peur après l’apparition supposée d’un fugitif. Entre disparition, braconnage et méfiance collective, l’auteur dissèque la mécanique de l’insécurité et la désignation de l’étranger comme coupable idéal dans l’Italie contemporaine.

Puis quelques extraits

– Les cavernes sont dans les villes. Chacun dans son logis en toutes saisons à communiquer avec des claviers.

Je suis convaincue que la pire des peurs est celle dont on ne comprend pas l’origine, dont on ne réussit jamais à la mettre à distance. On saute comme des puces ici et là et on l’a toujours sur le dos, persistante et angoissante.

La journée estivale était entrée dans cette heure aussi lumineuse que l’adolescence, quand ce n’est déjà plus le matin mais pas encore midi. La chaleur avait apaisé les ardeurs du premier soleil, désormais fondu dans une torpeur suspendue.

On ne sait pas où est née l’insécurité, c’est peut-être simplement suggestif. La compagnie d’assurances nous propose un contrat contre les actes de vandalisme, dans le courrier on trouve des offres pour les portes blindées, un de nos collègues fait poser des barreaux aux fenêtres. (…) Mon mari et moi, nous y avons réfléchi longtemps et à chaque fois que l’on disait non, un bizarre sentiment de culpabilité nous venait, une sensation d’inconscience devant le danger.

Nous nous sentons trop seuls. Vous n’imaginez pas combien d’anxiolytiques nous vendons. Qui le penserait dans une communauté aussi réduite, avec des vies aussi tranquilles ? Et au contraire… Jusqu’aux insoupçonnables, ceux qui devraient être en paix avec eux-mêmes.

 Vous donniez simplement une forme à l’inconnu. Si on lui attribue des contours et des habitudes, il nous fera moins peur. C’est le mystère qui nous terrifie.

Et, encore

Un enregistrement muet des faits pénétrait lentement la profondeur des esprits, tel une infusion vénéneuse. Un silence identique à celui des failles de la terre qui se repoussent durant des décennies pour mieux préparer la catastrophe.

Tout le monde savait mais personne ne doit ouvrir la bouche. Si les choses ne sont pas dites, c’est comme si elles n’existaient pas.

On ne croit plus en Dieu, on ne croit plus dans la politique, nous sommes devenus plus pauvres et maintenant notre pays aussi… Tout le monde se surveille, se soupçonne et il y a la haine qui nous tombe dessus.

— La vérité est que nous ressentons tous une grande solitude Nous nous joignons à un troupeau pour cultiver l’espoir d’une route commune, mais nous avons du mal à sortir de nos tanières d’où nous observons le reste du monde.
 Cet homme a rompu aussi le dernier lien fiduciaire, intervint Angela. Il a enfermé chacun dans sa coquille. C’est là le problème : avoir anéanti les dernières possibilités de vie en société.

Ici en bref

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Questions pratiques

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La Peur dans l’âme – Valerio Varesi

Traduction : Gérard Lecas

Éditeur : Agullo Éditions X : @Agullo_Ed Instagram : @agulloeditionsFacebook

Parution : 16 avril 2026 – EAN : 9782382461594  – Lecture en avril 2026

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18 commentaires

    • C’est ce qui m’a intéressée dans celui-ci. D’autres lecteurs pourraient relever d’autres aspects.
      Bonne semaine qui commence ! 🌸

    • Oui et c’est ce que j’aime ! N’empêche il y a intrigue et enquête !

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