En trois façons
RENTREE LITTERAIRE HIVER 2024

D’une parfaite inconnue, Isabelle Monnin la transforme en personnage unique d’un roman relevant à la fois de l’étude sociologique et de la généalogie, où la fiction vient combler les non-dits, d’une existence d’apparence lisse et réglée.
Attachant et poétique, Odette Froyard en trois façons est un hommage à une grand-mère adorée. À travers elle, c’est une ode à toutes les femmes de…, les mères de… qui ont choisi, au siècle dernier, de ne pas prendre la lumière, et qu’on a trop longtemps cantonné à l’apparence qu’elles nous ont laissée. « Pour tous, elle était, avant tout, sa femme. C’était plus qu’un statut social : une définition.«
Vie d’une grand-mère
Au moment du confinement, Isabelle Monnin, déjà chancelante du côté de l’âme, décide de se consacrer à retrouver sa grand-mère plutôt que de sombrer plus avant dans le pessimiste environnant.
Odette Froyard est une femme qui ne déroge jamais de sa routine quotidienne immuable et effacée au monde. Alors, pour redonner une vie à cette grand-mère adorée, Isabelle Monnin part à la recherche des souvenirs de la fillette retrouvée.
Elle n’y trouve qu’une femme trop discrète, ponctuant ses conversations de dictons surannés.
Pourtant, une photo et une légèreté qui apparaissait une fois par mois avec ses sœurs, semblent contredire le portrait qu’elle a voulu laisser.
De ce point de départ auréolé de l’amour qu’elle lui porte, Isabelle Monnin part à sa découverte, l’ossature de sa recherche constituée de documents d’archives enrobés de fiction.
Pour moi, cette lecture fut longue car entrecoupée de chemins de traverses et de rêveries vers une autre passion qui occupe beaucoup de mon temps : la généalogie. La recherche de nos aïeux représente des chemins qu’il nous faut explorer pour connaître mieux notre présence dans le monde.
À découvrir !
Et Odette Froyard en trois façons contient les trois aspects qui animent des recherches généalogiques : curiosité, secret et patience. Sauf que le talent littéraire de Isabelle Monnin emmène bien plus loin en ouvrant à la fois sur l’universel par le goût du romanesque.
Ex-journaliste au Nouvel Obs, Isabelle Monnin a choisi depuis longtemps l’écriture pour ses créations. Odette Froyard en trois façons est son septième roman à caractère autobiographique. Sa collaboration avec Alex Beaupain pour l’album « Les gens dans l’enveloppe » inspiré de son roman lui assure la reconnaissance du public.
Odette Froyard en trois façons est un récit à lire pour le plaisir d’aller au-delà des apparences et de s’embarquer à sa recherche qui ressemble à s’y méprendre à toutes les femmes de l’après-guerre, découvrant de nouveaux horizons mais consciente de devoir rester toujours en retrait. Seulement, allons au-delà de l’enveloppe, comme Isabelle Monnin !
Et vous, avez-vous une grand-mère effacée qui n’a jamais vraiment parlé d’elle ?
Etes-vous passionné(e) de généalogie ?
N’hésitez pas à venir en parler en commentaires
Puis quelques extraits

(…) Le concept de femmes puissantes condamnait les autres à un silence penaud.
Elle, tout le temps,comme il faut.
Rien ne peut arriver puisque rien n’arrive.
Comme sa vie ressemble à une rivière placide, nous n’en sentons pas la normalité inquiétante.
Chacun sait que la lutte contre la poussière est vaine, que toujours elle retombera sur nos vies.
Pour tous, elle était, avant tout, sa femme. C’était plus qu’un statut social : une définition.
Il faut parfois des décennies pour interroger les évidences.
Je les regardais en silence, sachant bien qu’il ne fallait pas briser l’instant où elles se transportaient à cet endroit caché où les femmes se racontent des choses à elles-mêmes, un continent où je m’aventurerais peut-être en grandissant. Il me semblait entrevoir la cachette où se dévoilait un peu du mystère d’être femme, une clairière où cela ne signifiait pas seulement être mère, mais aussi se faire les yeux et lire ardemment.
Et encore
Cause toujours, tu m’intéresses,
parle-moi longtemps tu m’intéresses,
qu’as-tu enfoui sous le silence, ça m’intéresse.
Dis-moi ce que tu taisais. Et puis, dis-moi aussi qui je suis. Vient, Odette Froyard, asseyons-nous pour discuter un peu, de femme à femme, de celle que tu as été à celle que je suis devenue.
Il n’y a de femme invisible que pour ceux qui regardent mal.
Certains vacarmes enfantent de longs silences opaques.
L’inconscient essaie parfois de repriser des accros anciens dont il n’a nulle connaissance.
Chaque famille est un mensonge.
Par pudeur, lâcheté aveuglement, on cache les nœuds, on ne dit pas ce qui compte et on est on ne raconte que la surface des anecdotes, ad libitum, pour couvrir les vacarmes enfouis. Chaque famille est un mensonge qui se transmet de vie en vie, de siècle en siècle. Mais dans les doubles des anecdotes se glissent les non-dits.
Parfois la nuit ils nous regardent fixement droit dans les yeux et nos cœurs paniquent.
Ici en bref




Du côté des critiques
Le Monde –
Du côté des blogs
Questions pratiques

Isabelle Monnin – Odette Froyard
En trois façons
X et Instagram : @isabellemonnin
Éditeur : Gallimard
X : @Gallimard Instagram : @editionsgallimard
Parution : 4 janvier 2024
EAN : 9782072897795
Lecture : février 2024

[…] Ghislaine Matatoune Bibliofeel Eva […]
Je répond oui à tes deux questions, mais l’aspect chemin de travers du roman ne me tente pas.
Comme je l’ai dit, passionnée de généalogie, la question lorsqu’on creuse dans les archives est de transmettre à d’autres pour faire vivre ses vies oubliées. Et c’est pas simple lorsque le talent littéraire manque 😄
J’ai eu une grand-mère maternelle effacée, mère de 8 enfants et une grand-mère paternelle, institutrice, beaucoup plus sûre d’elle. Bonne journée
Oh, il doit y avoir à raconter ! Une mère de 8 enfants,, mère courage et l’autre, institutrice, qui a consacré son temps à éduquer et à transmettre. Certainement deux beaux portraits à découvrir !
Les femmes de cette génération ont connu de grands changements de société. Bonne soirée
Ce sont ces femmes qui nous ont ouvert la route vers l’autonomie et la liberté ! Bonne journée
Une biographie assez personnelle, si je comprends bien. Pour ma part les femmes de ma famille sont (et étaient) tout sauf effacées – et, pour tout dire, très bavardes, affirmées et pétulantes ! C’est une question de caractère plutôt que d’époque, je crois.
Oh, là, aussi, certainement de belles choses à raconter, à transmettre pour qu’elles soient, bien ou encore, présentes avec nous !