Séverine Cressan – Nourrices – #rl2025

vagabondageautourdesoi.com - Séverine Cressan - Nourrices -

Attention, ce premier roman, Nourrices de Séverine Cressan, est une réussite littéraire. Il raconte à une époque non précisée, en tout cas, au Moyen-Âge, dans la ruralité paysanne, le travail des nourrices qui vendent leur lait pour tenter d’échapper à la misère.

En entremêlant deux récits de femmes, Séverine Cressan raconte le corps des femmes, leur exploitation par les hommes pour contrer la misère, en même temps qu’elles sont soumises à leurs envies. Seulement, elle y ajoute leurs sensualités de mère et leurs désirs de femme, imbriqués à une nature omniprésente. Le tout est soutenu par une écriture de révolte et de combat qui montre la manière dont ses héroïnes vont se libérer de l’emprise et s’émanciper.

Sylvaine élève son enfant, Jehan, et une enfant confiée en nourrice, Gladie, lorsque la nature l’appelle une nuit, dans une clairière, pour accueillir l’Enfant de Lune. Elle la recueille, bravant l’avis de son mari, Andoche, le bûcheron du village. Gladie, de santé fragile, meurt peu après. Sylvaine se charge de la substitution, à la fois pour continuer de toucher l’argent de ce travail, mais aussi parce qu’il existe un lien très particulier avec l’enfant découverte dans la clairière.

Avec la complicité de la vieille Margot, aveugle, sorcière et guérisseuse, le cahier trouvé avec l’enfant devra lui être remis pour que celle-ci connaisse son histoire. Le récit de cette femme, mère de l’Enfant de Lune, Séverine Cressan l’inclut parallèlement. Celle-ci raconte sa condition de domestique dans une ferme, corvéable en tous points, y compris sexuellement. À partir de la Tour du Trouvé, le destin des enfants abandonnés accueillis par des ordres religieux puis placés chez des nourrices est évoqué.

En conclusion,

Aux corps usés par les travaux et par l’allaitement des bébés, l’écrivaine oppose une sororité qui permet aux femmes de se libérer. Séverine Cressan raconte avec justesse, la maternité, l’accouchement, la relation maternelle et même un viol. Les mots qu’elle pose révèlent avec réalisme les conditions de vie des femmes du Moyen-Âge, mais celles de maintenant aussi, poursuivant son exploration de leur émancipation en sachant convoquer des émotions très vives. Impossible de ne pas être au côté de Sylvaine et de ses compatriotes dans la révolte presque silencieuse qui les anime.

Bref, un premier roman extrêmement réussit qui devrait faire parler de lui !

Remerciements

Aux éditions Dalvia

Puis quelques extraits

Aux pieds de la jeune mère, personne n’a remarqué la flaque minuscule qui s’est formée, semence perdue au combat contre la misère.

En s’entendant prononcer ce patronyme avec assurance, sans l’once d’une hésitation ni le moindre tremblement de voix, Sylvaine mesure le pouvoir de la parole qui fait exister ce qui n’est pas, par le simple fait de le nommer.

Qui peut vivre dans le monde sans savoir qui il est ? Et d’où il vient ? Personne. Les bêtes n’ont pas besoin de savoir cela, elles naissent, vivent et meurent sans question car elles sont les enfants de la terre. Les humains, c’est autre chose. Ils ont besoin de savoir sinon, ils passent leur vie à chercher le point d’ancrage qui leur fait défaut. Ce faisant, ils en oublient de vivre.

Et encore,

La pire des choses, c’est le non-dit, le tu. Même si on veut le dissimuler, l’enterrer soigneusement, le secret suinte, s’écoule de toutes parts comme l’eau impossible à retenir dans un poing fermé. Tout individu trahi sait, au fond de lui, que quelque chose lui est caché. C’est un fardeau immense à porter, un de ces fardeaux qui vous écrasent au point de vous empêcher d’avancer. La plupart des hommes craignent la vérité, croient qu’elle va les empêcher de vivre. Au contraire, c’est le mensonge et le secret qui tue.

En s’entendant prononcer ce patronyme avec assurance, sans l’once d’une hésitation ni le moindre tremblement de voix, Sylvaine mesure le pouvoir de la parole qui fait exister ce qui n’est pas, par le simple fait de le nommer.

T’es bien curieuse, ma jolie. C’est leurs bonshommes qui décident ça. Une femme qui allaite peut pas coucher avec son mari, sinon, ça fait tourner son lait. Et, il n’a pas envie d’attendre. Il va quand même pas laisser un mioche prendre sa place !

Nourrir un bébé, ça n’a jamais empêché une femme de travailler. Elle le traîne partout avec elle mais c’est pas pour ça qu’on lui épargne de la besogne.

Ici en bref

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est a-noter.webp.

Questions pratiques

vagabondageautourdesoi.com - Séverine Cressan - Nourrices -

Séverine Cressan – Nourrices

Rentrée littéraire 2025

Éditions Dalva – Instagram : @editions.dalva – Facebook

Parution : 21 août 2025 – EAN : 9782487600461- Lecture : Juillet 2025

Mes lectures incontournables en 2025

Littérature générale

Actualités

Cet article vous intéresse

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

avatar d’auteur/autrice
vagabondageautourdesoi
Lire - Visite - Voyage - Vagabondage durant mon temps libre !

17 commentaires

    • Oui et je crois qu’il est toujours dans la sélection du prix fnac ! Bonne semaine 🏖

    • Je suis sûre qu’il marquera cette rentrée par son sujet, son style et cette collaboration de femmes qu’il décrit ! Merci de m’avoir lu et excellente continuation !

  1. Voici une chronique qui rend hommage et donne envie de découvrir ce livre magnifique que j’ai terminé hier soir ! Je suis d’accord: une vraie réussite littéraire !

  2. merci pour cette découverte. superbe que ces femmes à la vie si dure, trouvent un moyen de s’échapper, de trouver du plaisir et tout simplement de vivre.

Un petit mot ...

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.