Jean-Marie Quéméner – J’ai

Mille ans

RENTREE LITTERAIRE 2023

vagabondageautourdesoi.com - Jean-Marie Quéméner -

Quittant le récit historique, Jean-Marie Quéméner revient à l’actualité avec ce roman, mi-fable, mi-récit, qui par la voix d’un espoir vieux de mille ans raconte le chemin qu’empruntent ceux dont leur pays d’origine est devenu à fuir.

À l’orée du Soudan et de l’Egypte, près d’un village d’orpailleurs interdits aux femmes, dans une cabane de prostituées, naît une fille qui sera la narratrice de ce récit d’exil. Sa mère choisit de l’appeler Amal qui signifie espoir. Aucun avenir pourtant pour ce bébé et sa mère dans ce lieu où la vie appartient à celui qui les possède.

Cet endroit de nulle part est trop éloigné de l’Europe et pourtant, son mirage attire. Car, ce sera toujours mieux de vivre chichement que de mourir ici. Toujours mieux de ne pas avoir d’avenir plutôt que de mourir là où on vit sans vie !

Tout dans ce bébé conclut à sa filiation avec un français, qui à l’annonce de la nouvelle s’est enfui, plus loin que son ombre ! Alors, l’exil sera leur avenir en compagnie d’Assim, aux doigts d’or, aussi homme des hommes.

C’est ce voyage, depuis mille ans réalisé, que raconte Jean-Marie Quéméner, ancien journaliste reporter, spécialiste de la Syrie. À travers le désert, une oasis, un camp de l’attente, on suit cette mère et son enfant, au cœur de la Libye, au contact du meilleur comme du pire où l’argent achète un espoir de liberté vers l’Europe fantasmée.

Avec ce leitmotiv, “J’ai mille ans”, Jean-Marie Quéméner ne raconte pas uniquement par la voix de l’enfant, l’histoire de cette mère dans le périple de l’exil mais ouvre son récit à l’espérance. À partir du récit des dangers traversés, de la peur omniprésente, de la traversée de la Méditerranée et de la misère poisseuse, ce roman est un hommage aux hommes et aux femmes qu’on tente d’oublier.

Les phrases sont courtes, hachées, sèches de verbes pour mieux exprimer l’urgence de ne pas mourir dans l’instant et l’envie de respirer, encore une minute de plus. Même si suivre ce périple dans son fauteuil semble indécent. Mais la décence depuis longtemps nous a abandonnés !

Les mots, les détails, les situations décrites dans J’ai mille ans... de Jean-Marie Quéméner donnent réalité à l’exil que, comme unique solution, subissent des hommes, des femmes et des enfants qui tentent l’immigration en Europe. C’est beau et tragique à la fois ! Difficile d’oublier ceux qu’on vient de croiser, d’omettre leur courage, leur solidarité et leur humanité. À découvrir assurément !

Remerciements

À @Editions Récamier pour #jaimilleans de @jmquemener

Puis quelques extraits

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Je suis la salive de ce défi insensé. Je suis de la bave de migrant. Un résidu de l’Humanité et de son humanité. De ce qu’il en reste. Je suis ce qu’elle a de plus beau parce que de totalement désespéré et d’abandonné. Je suis Amal. Il a beaucoup plus de mille ans, ce nom. Et il a toujours déçu. Je le sais. Il m’accompagne depuis.

Les hommes confondent souvent destin et hasard, attribuant à l’un une fatalité aggravée par l’autre. Je sais désormais qu’ils ne trébuchent que sur leurs fautes et ne se relèvent qu’avec le courage en béquille. La foi, la chance, les aléas de la vie… Tout n’est que superstition, grigri pour s’excuser de rester enfermé ou pour enfermer les autres.

– Nous allons partir. Demain. Rester, c’est mourir de toute façon. Fuir , c’est vivre encore un jour. Et ma fille vivra.

C’est l’ultime victoire des femmes, jeter les mâles vers leur condition d’origine, enfantine, apeurés puisque privés de leur béquille de certitudes.

On n’écrit jamais rien sur le sable. On ensevelit.

C’est à ses mendiants et à leur âge que l’on reconnaît une civilisation.

Un très long trajet dans le désert. Son immensité dissout le voyage en éternité. Il assèche les hommes et la parole. Il vous ratatine, tente de vous faire devenir grain de sable, vous contraint à l’humilité.

La routine domestique nous roule dans sa farine d’oubli. Je sais. J’ai mille ans. Les humains se sentent plus confortablement installés au milieu du chemin qu’à l’angoisse du départ ou à l’incertitude de l’arrivée. Ils se préservent en autruche. Ne pas avancer, ni reculer, s’affairer avec des riens dans le rien, c’est rester sauf.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Incipit
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Un extrait
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Puis le dernier

Du côté des blogs

Ju lit les mots-

Questions pratiques

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Quatrième de couverture

Jean-Marie Quéméner – J’ai mille ans

Twitter @jmquemener – Instagram @jmquemener

Éditeur : Récamier

Twitter : @Ed_Recamier Instagram :@edistionsrécamier

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Parution : 24 août 2023

EAN : 9782385770037

Lecture : Juillet 2023

Littérature contemporaine

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Chroniques littéraires

14 commentaires

  1. Ce roman doit être très émouvant, mais les problèmes surgissent de partout, même dans les pays développés qui ne sont plus un eldorado… Bonne journée

    • Tu as raison, pas d’eldorado ici, mais une certaine sécurité par rapport à des situations ailleurs extrêmement précaires où la mort est . De toutes façons, la solidarité a toujours permis la survie de l’espèce. Ici, un récit de la réalité de l’exil très émouvant, comme tu dis !

  2. sujet malheureusement d’actualité mais ce qu’on voit qu’on nous dit est de l’extérieur vu sous cet angle ce doit être dur à lire mais nul doute nécessaire. Bisous

    • Oui, bien sûr, que la vue que ce roman décrit n’est pas facile, mais nos yeux sont tellement habitués à voir des images de cadavres sur nos plages qu’enfin un écrit qui rend hommage aux hommes et aux femmes qui ont le courage d’affronter, même la mort, plutôt que de rester dans leur pays où ils ne pourront vivre. C’est le cas de ce bébé qui devrait grandir sous la ” protection” d’un proxénète ou de l’ami de sa mère homosexuel qui est condamné à mourir sous la torture ! Alors, l’exil même si la mort est à chaque fois présenté semble être la seule solution ! Bonne journée !

    • Oui, avec sa connaissance de cette partie du monde, Jean- Marie Quéméner donne une réalité aux parcours suivis par de nombreuses personnes. Et malgré tout, son récit est plein d’espoir sur l’humanité ! Un roman qui inaugure une maison d’édition qui vient de se créer et dont le slogan est de donner de l’R dans l’édition, la maison Recamier.

    • C’est un bébé qui raconte le cheminement de sa mère à travers leur exil. Depuis l’actualité de ces jours derniers avec la découverte de corps morts dans le désert, ce roman prend une envergure différente en décrivant la réalité.

        • Oui, je pense aussi que chacun garde un traumatisme de cet exil! Ici, c’est l’enfant qui raconte ce qui “edulcore” la réalité de l’âpreté des situations et leurs terribles retentissement sur chacun.

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