
Comment Neige Sinno pouvait-elle sortir du tunnel littéraire mis en place par le succès phénoménal de son premier roman ? Elle choisit de faire paraître un roman écrit avant, traduit ou réécrit en français par ses soins après, parlant de l’exil, du voyage, de colonialisme et de son statut de blanche cultivée. Son style littéraire est toujours aussi particulier, mélangeant essai, souvenirs et réflexions.
À vingt-cinq ans, au Mexique, Neige sous le pseudo de Netcha, devenue narratrice, décide de partir avec son amie Maga sur les traces du sous-commandant Marcos, chef de l’Armée zapatiste de libération nationale. Le prétexte du voyage : Maga souhaite lui remettre » deux gros volumes de théories marxistes » à l’ancien philosophe et licencié en lettres.
Pour Maga, cette quête, tant le voyage devient périlleux, est politique. Pour Netcha, le voyage devient une source de réflexion sur sa condition de « blanche » qui veut explorer le pays. Elle, à qui Barbara, grande dame rencontrée, lui déclarera « Ustedes no entienden nada » (tu ne comprends rien).
Pour essayer de comprendre,
Neige Sinno s’installe dans le pays et y crée une famille. Elle s’impose comme une véritable écrivaine, même si les circonvolutions de son récit sont un peu alambiquées. Pour elle, le voyage est initiatique. Elle s’interroge sur son attirance pour ces peuples ancestraux, sur le pouvoir colonial et sur l’apport de la lutte des femmes en questionnant ses préjugés, ses représentations et ses jugements.
Elle fait croiser ses réflexions avec les textes d’Antoine Artaud et de J.M.C Le Clézio. Mais, l’événement fondateur de son écriture, qui se situe à la fin de son récit, se passe en 2019, lors du rassemblement d’à peu près cinq mille femmes chez les femmes zapatistes. Elles y ont raconté la violence subie depuis toujours. Alors, l’écrit s’impose comme une réponse !
La Realidad impose une écrivaine dans la littérature française, même, si je l’avoue, je me suis lassée, de temps en temps, à la suivre ainsi, sans véritable fil conducteur, juste sa réflexion qui chemine, fait saute-mouton, retourne et repart au gré de ses pensées.
Pour aller plus loin

Triste tigre
Puis quelques extraits

J’ai la sensation, une sensation étrange car je ne saurais l’expliquer totalement, qu’il s’agissait de quelque chose d’important. Mais c’est quelque chose que je n’ai pas su, que je n’ai pas pu, comprendre vraiment, quelque chose qui pourrait éclairer non seulement mon existence mais aussi ma compréhension du monde, une clef que je tiens dans la paume de ma main et qui pourtant n’ouvre aucune porte.
Avant de l’aimer elle, j’ai aimé sa fougueuse énergie. J’ai aimé en elle tout ce qui mettait étranger : son extravagance, son assurance, sa sauvagerie. Elle me déroutait. J’essayais de comprendre comment fonctionnait son laboratoire mental pour qu’elle en arrive toujours à des conclusions si inattendues. Elle était imprévisible. Elle était libre.
On ne voyage pas de l’ignorance à la vérité, mais d’une ignorance à une autre, plus documentée peut-être.
Pour la littérature, cela n’a pas d’importance qu’il soit allé jusqu’au bout ou pas. Car l’expérience intérieure est aussi valable que toute autre.
Je ne peux m’empêcher de rêver avec Le Clézio que la littérature puisse être une version nouvelle d’un “cérémonial de guérison magique”, une mise en scène primordiale de tout ce qui nous constitue.
Toi qui marches, tes traces sont le seul chemin.
Toi qui marches, il n’y a pas de chemin
Le chemin se fait en marchant
Et lorsqu’on se retourne
On voit
Le sentier
Qu’on n’empruntera plus jamais.
Antonio Machado, traduit par Neige Sinno
Ici en bref




Du côté des critiques : Télérama
Questions pratiques

Neige Sinno – La Realidad
Éditeur : P. O. L– X : @editionsPOL – Instagram : @editions_pol- Facebook
Parution : 6 mars 2025 – EAN : 9782818063132 – Lecture : Mars 2025

Bonjour Matatoune, je n’ai pas eu la curiosité de lire triste tigre et celui-ci ne m’attire pas davantage… après lecture de ton avis, je ne pense pas le lire 🙏 merci ! Bon dimanche 🌞🌱🌿🌷😊
C’est Triste tigre qui est à découvrir si tu veux connaître la façon d’écrire de cette écrivaine qui fait maintenant partie des incontournables.
Bonjour Matatoune. Je n’ai pas le le premier et je ne suis pas attirée par celui-ci. Ce que tu dis de son style me refroidit. Bonne journée
Oh désolée ! Mais, c’est vrai que son premier est à découvrir !
Bonne continuation 🌷🌼
Ce roman ne m’attire pas, mais je pense que je lirai son précédent…
Évidemment son précédent était un Ovni qui fut récompensé par tous les prix, ou presque, sauf le fameux Goncourt 🤣.
Celui-ci utilise les mêmes procédés stylistiques mais le sujet m’a beaucoup moins intéressée..
J’ai un peu de mal quand on passe du coq ç l’âne sans fil conducteur mais le texte est intrigant…
Elle impose son style particulier,, mélange d’autobiographie, d’essai sociologique et de réflexions littéraires. Seulement son sujet m’a lassée.
J’avais lu et apprécié Triste tigre, je lirais volontiers celui là à l’occasion !
Au plaisir de lire ton avis !
Je me posais la question de le lire. Mais le côté saute-mouton me rebute.
Néanmoins, je serai curieuse de connaître ton avis 🤔
Bisous bisous bonne journée
Bon courage Renée
Triste tigre m’avait plu. Elle écrit très bien 👍
Ah oui, une écrivaine sensible et singulière.
Le genre de livre que je fuis. Merci pour ta présentation. Bonne semaine
Oui 🤣, je sais ! Bonne continuation 🌼
J’ai lu « triste tigre », au-delà de l’horreur pour moi. Neige Sinno partage son voyage au Mexique, elle a survécu à son enfance.je lirai son livre.
Merci Mata 🙏🏻
Très bonne lecture 📚
n’ayant pas aimé Triste tigre, je ne lirais pas celui-ci et votre critique ne fait que de me le confirmer.
Voilà qui est posé 😅
Je vais plutôt prioriser Triste tigre, que je n’ai toujours pas lu, et dont la sortie poche se fait attendre…
La campagne médiatique pour celui-ci n’a pas encore vraiment commencé. Il le sortiront certainement un peu après 😅