Judith Godrèche – Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux

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« Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux » est la phrase posée sur une affiche qu’a vue Judith Godrèche dans une salle d’attente. Il y a deux ans, elle porte plainte pour viol dans cet endroit. Dessous, il y a un gros ours et une dînette.

Judith Godrèche porte plainte contre Benoît Jacquot. Mis en examen, il présente leur relation comme une histoire d’amour consentie. On connaît la suite, les César, ses interviews, etc.

Dans ce récit, assez décousu, Judith Godrèche se réapproprie sa vie en remodelant ses mots, pour trouver sa voie. Ses hésitations sont bouleversantes, naviguant entre justifications et révélations. De nos jours, il est de notoriété publique qu’à l’âge de quinze ans, une enfant est manipulée par son prédateur. Seulement, sa révélation, à mon avis, produit un tsunami qui va bien au-delà.

Remettre de l’ordre, quand tout a été pris.

Car, Judith Godrèche est un maillon de la Nouvelle Vague. Cette dernière a participé au renouvellement de la création artistique, sans consentement, évidemment. Sur son image, ont été projetés les fantasmes d’une génération d’hommes qui ont pris une place médiatique importante dans la création artistique. Par ses révélations, elle détruit ce mythe et semble tout perdre. En plus de ses difficultés féminines, elle paraît également affectée par celles liées à la représentation de l’actrice qu’elle a été. La violence qu’elle reçoit paraît être de cette double nature.

Alors, ce récit « Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux » abonde de démonstrations pour rappeler qu’elle était une enfant. Elle remet en doute notre compréhension : « Y a-t-il un endroit en eux, ou à l’extérieur d’eux, où ils pourraient envisager la chose suivante : tu étais une enfant, toi aussi ». Cette affirmation qui devient une espèce de mantra tout au long du livre montre combien Judith Godrèche a vécu un autre traumatisme lors de sa révélation publique. Elle en est là. Dépecée de son image au sens large, elle est exsangue.

Elle nous implore de ne pas oublier l’enfant qu’elle était dans les images projetées. Nous le savons maintenant. Avant, nous n’y pensions pas !

Judith Godrèche propose une sorte de kaléidoscope à partir de photos, de lettres, de poèmes et de réponses à ses détracteurs. Cet essai démontre la déstabilisation qu’elle a subie, et qu’elle subit encore. Je doute que ce récit l’aide à s’apaiser, tant son besoin de reconnaissance est important. Néanmoins, « Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux » illustre la détérioration que de telles indignités provoquent.

Puis quelques extraits

Comment aime-t-on une enfant dont on fait sa femme tout en sachant qu’elle est une enfant ?

Aujourd’hui, lorsque les adultes du passé réapparaissent, les femmes qui entouraient BJ parlent uniquement de ma beauté. La beauté validait ce qu’il faisait de moi, elle porte la responsabilité de ses actes à lui. Et l’absout.

Pour cet enfant, c’est bien sûr une version incestueuse de l’amour filial. Un père adoptif avec qui on couche, mais avec lequel aucune égalité n’est possible. Il s’agit d’inégalité autant que d’inégalité.

Aujourd’hui, je donne des ordres, mes mots m’appartiennent de nouveau, eux et moi, nous partons en guerre.

Ici en bref

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Questions pratiques

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Judith Godrèche – Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux

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Éditeur : Seuil – X : @EditionsduSeuil Instagram : @editionsduseuilFacebook

Parution : 9 janvier 2026 – EAN : 9782021588248 – Lecture en janvier 2026

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24 commentaires

  1. Je remercie Judith Godrèche pour ses prises de parole fortes.
    Ces livres sont importants. Je n’en lis plus, mais j’en ai lu énormément quand plus jeune, j’en avais besoin.

  2. Je ne pense pas lire ce livre pour les raisons déjà citées (même si je n’ai pas -encore- lu celui d’Appanah). J’ai toujours eu du mal à apprécier l’actrice… (je ne parle évidemment pas de cette affaire).

    • Tu as été de celles et ceux qui ont détecté son malaise à l’écran ! 👏🙏

    • Oui complètement et elle illustre combien quand une femme révèle, elle subit les foudres de beaucoup. Bon week-end

  3. Je n’ai pas lu cet ouvrage mais je trouve la démarche de l’autrice très courageuse d’autant qu’il suffit de voir comment les prédateurs de jeunes filles voire d’enfants sont encore excusés (ou anoblis en mettant l’opprobre sur leurs victimes), pour réaliser que ce genre de récit est essentiel pour éveiller les consciences.

  4. Je compte bien lire ce témoignage, on voit l’actrice et trop peu l’enfant qu’elle a été à l’époque des faits, ce livre tente vraisemblablement de remettre les choses à leur place.

    • Bien sûr et même si je l’ai trouvé mélangeant les styles, je suis d’accord avec toi, on ne peut passer à côté. Je l’ai ton retour avec plaisir !

  5. Bonjour Matatoune, une actrice courageuse et qui a vécu des choses terribles…mais pour autant je ne suis pas sûre de lire son livre ! Merci beaucoup de cette idée de lecture, bonne journée 🌞😊

    • Je ne peux que marteler que dans une classe de 25, trois ou quatre enfants sont concernés par des violences sexuelles et ça, c’est inadmissible ! Et pour Judith Godrèche personne ne l’a protégé et au contraire, on a encouragé trouvant son image cinématographique esthétique et même attirante ! C’est révoltant ! Bon week-end à venir

    • Oui je le pense sincèrement, et les dénoncer est de notre responsabilité sinon, nous sommes complices ! Et, ça, pour moi, c’est inadmissible !

  6. Bonjour Matatoune. C’est sans doute important pour elle de raconter le traumatisme subi, mais ce n’est pas un livre que je lirai en priorité. Bonne journée

    • Moi, il m’est apparu évident que je devais le lire et le commenter pour espérer toujours et encore ouvrir nos yeux sur ces violences inadmissibles. Trop d’enfant subissent encore ces dommages et nous devons tout faire pour que ça cesse ou du moins pour que tous, nous soyons concernés !
      Excellent week-end 🌞

  7. J’ai cliqué « j’aime » – mais je ne vais pas lire ce livre, butant sur le « décousu » – et Anouk Grinberg et autres Natasha Appanah me « suffisent ».

    • Oui, certes les deux cités n’ont pas la même intensité. Judith Godrèche a bougé nos certitudes et la violence qu’elle décrit c’est celle qu’elle a subi. Et, son récit est fait à l’os, à chaud. On mesure dans ses mots toute la puissance de ce qu’elle a subi dans cette révélation, Anouk Grinberg a fait tout un chemin intérieur après le traumatisme et en tire une volonté froide et puissante. Nathacha Appanah, elle aussi, décortique cette emprise méthodiquement.
      Je comprends ce choix. Néanmoins, celui-ci montre toute la destruction à l’œuvre et sa violence. Elle n’était qu’une enfant et nous ne l’avons pas vu !

    • Oui, et je crois que c’est cette blessure, en plus du traumatisme de son adolescence, que l’actrice tente d’effacer ici.

    • Pareil que les autres lecteurs, le livre de Mme Appanah fut suffisamment fort. Je passe

      • Je comprends. Mais, à chaque fois, que Judith Godrèche prendra la parole, il faudra saluer son courage ,vraiment !

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