
Sous le ton badin qui la caractérise, Lydie Salvayre, alias Lidia Arjona, nous parle de sa vie dans Autoportrait à l’encre noire ! Elle ne se cache plus derrière la fiction. Évidemment, elle raconte ses engagements, ses cheminements, ses bassesses, et ce qui fonde sa vie. À ses côtés, elle place une jeune femme, Albane, sorte de Sancho Panza, précise-t-elle, qui incite la septuagénaire à écrire des new-romances, pour trouver le filon du succès. Cette dernière lui fournira, lors des diverses rencontres (car elles sont voisines), les relances nécessaires aux confidences.
L’autobiographie est un art difficile que certains l’ont encouragée à écrire. Mais, l’idée de prendre la parole en public la tétanisait. Alors, il est compliqué d’imaginer que cet exercice littéraire puisse lui convenir ! Comment parler de soi ? De son histoire, de l’exil de ses parents, de la violence de son père et de la bonté de sa mère qu’elle a déjà écrite dans ses romans.
Avec sa complice d’écriture, Albane, Lydie Salvayre prend le « Je » pour expliquer ses sœurs et sa mère, terrifiées par un père violent. Mais, aussi, elle témoigne de l’exil de l’Espagne franquiste, l’arrivée dans un camp, un père accroché à la figure de Staline comme un nouveau Dieu. De façon plus intime, elle rend un bel hommage à sa mère soumise, mais d’une tendresse infaillible pour ses filles. Tant d’autres choses encore, comme le fait que l’écrivaine était pédopsychiatre jusqu’à sa retraite et qu’elle a suivi une psychanalyse.
Autobiographie, exercice difficile
C’est l’écriture de ce livre qui lui ouvre soudainement la compréhension du malaise de son père, nous confit-elle. Nous ne sommes pas obligés de la croire ! Néanmoins, Lydie Salvayre propose des lignes bouleversantes sur la souffrance de l’exil et ses conséquences sur ceux qui n’ont pas les mots. Évidemment, l’écrivaine raconte sa passion pour la lecture et sa joie d’écrire et, bien sûr, les raisons de ce ton satirique pour écrire des points plus intimes.
Autoportrait à l’encre noire, rassemble les confidences d’une femme qui revient sur son passé.
Certes, celui-ci paraîtra bien fade à ceux qui recherchent, comme Albane, les détails croustillants dans leurs lectures. Mais, c’est le témoignage intelligent d’une femme qui n’oublie en rien d’où elle vient et qui a appris, avec les épreuves de la vie, à rendre l’amour qu’elle a reçu.
Pour aller plus loin


Irréfutable essai de successologie – Depuis toujours, nous aimons les dimanches
Puis quelques extraits

Nationalité : française quand je lis Pascal. Espagnole quand je lis Cervantès. Apatride souvent.
Profession préférée : toupilleuse de tristesses.
Je me demande si je saurai dans ce livre résister à la tentation de bluffer, d’enjoliver ma vie en racontant des craques, de la romantiser, la poudrer, la lustrer, la faire briller de mille éclats. En un mot, de chercher à plaire à toute force.
N’était-il pas manifeste que tous mes livres sans exception s’abreuvaient à ma vie la plus étroitement mienne, bien plus qu’à ses vagues entours ?
Plus tard, lorsque j’écrirai des romans, je me poserai la question de savoir comment joindre ces deux irréconciliables : l’engagement dans des luttes sociales qui me sont chères, et le désir de littérature, étranger à tout servage, à toute allégeance, à toute volonté de pouvoir comme à toute morale, allant sans certitudes au-devant de l’inconnu, n’abandonnant jamais ces questionnements à vif et n’exigeant rien d’autre de répondre à sa propre nécessité.
Et, encore
Décidément, il ne sera rien de vieillir.
L’on ne guérit pas de sa mémoire.
Aujourd’hui encore, la lecture est le seul sport auquel je m’adonne.
Je vis avec mes livres. Je pense avec mes livres. Je dors avec mes livres.
Ils sont ma force et mon réconfort.
Ils comblent mon besoin d’admirer, ils me fortifient, ils me transforment, ils m’instruisent, ils m’égayent, ils m’enivrent, ils m’enchantent, ils m’emportent, et m’attendrient, ils m’ensauvagent, ils m’envolent, me musicalisent, ils me spiritualisent, ils m’infantilisent, ils minimalisent, ils me végétalisent, ils m’animalisent, ils me végétalisent, ils m’encanaillent, ils m’arment, ils m’encolèrent, ils m’africanisent, ils me gitanisent, ils m’espagnolisent, ils me japonisent…
Bref, que nous ne sommes jamais finis, mais toujours, toujours en mouvement. Et, que ce mouvement s’appelle la vie.
Ici en bref




Du côté des blogs : Ma collection de livres
Questions pratiques

Lydie Salvayre – Autoportrait à l’encre noire
Rentrée littéraire 2025
Robert Laffont X – : @robert_laffont – Instagram : @robert_laffont – Facebook
Parution : 4 septembre 2025 – EAN : 9782221279052 – Lecture : Septembre 2025

Je la lis dès que je la trouve. Bonne soirée
Moi, j’avoue que j’aime bien cette femme. Alors, évidemment j’ai aimé son autobiographie, tout en retenue et effacement !
Je ne connaissais pas Lydie Salvayre. Merci pour cette belle présentation de son autobiographie. Bel après-midi à toi Matatoune 🙂☀️📚
J’aime la simplicité de cette femme et le ton de ses derniers livres, alors, j’ai aussi aimé le récit de sa vie !
Bon week-end à venir 🌞
Bonjour Matatoune. Le sujet ne m’attire pas, a priori. Bonne journée
Je comprends ! Bon week-end à venir 📚
J’ai aimé presque tous les livres de Lydie Salvayre que j’ai lus et cette autobiographie me parait fort attirante 🙂 Très tentée, quand il sortira en poche !
Oui, c’est une rencontre avec ses lecteurs auxquels elle donne des éléments de sa vie sans se cacher derrière la fiction ! Bonne continuation 🌞📚🖋
L’autobiographie est clairement un exercice difficile dans lequel l’autrice semble s’en sortir très bien.
Oui mais je crains que ce retour sur sa vie ne concerne que les lecteurs qui l’apprécient vraiment !
J’aime bien la citation sur la place des livres dans la vie de Lydie Salvayre. Pas pleurer m’a beaucoup plu ainsi que Marcher jusqu’au soir.
Oui ses œuvres de fiction ont eu leur succès ! Maintenant vient le temps de se retourner sur sa vie …
La « toupilleuse de tristesses » ne m’a jamais vraiment sorti de ma chaise. Mais les extraits que tu donnes titillent l’intellect chez quelqu’un qui vieillit aussi.
Oui, c’est peut-être ça : comme elle dit » j’ai mochi » et vient le temps où son éditeur lui a murmuré à l’oreille qu’une biographie serait bienvenue ! Et c’est vrai, mieux vaut se raconter que de laisser les autres le faire ! Je pensais qu’il y aurait plus de réflexions, de confidences, de retentissements mais pour une personne si discrète qui se cache derrière sa dérision, c’était déjà beaucoup !
Je n’ai jamais croché à son écriture. Bonne journée
Alors, il faut mieux passer !
Bonne continuation 🌞🖋📚