Rentrée littéraire 2024
Doria est de retour et regarde notre monde,
vingt ans après Kiffe kiffe demain.

Dès les premières lignes, quel plaisir de retrouver le ton de Doria, alias Faïza Guène dans Kiffe, kiffe hier.
Sa narratrice a quitté son adolescence, racontée dans Kiffe kiffe demain, meilleure vente de l’année 2004. Elle a trente-cinq ans, un garçon de sept ans qu’elle élève seule et fait des milliers de listes comme d’autres promettent d’arrêter de fumer. Doria raconte, en passant du coq à l’âne, de digressions en humour ravageur des tirades pour » briser les tabous », des explications sur la dérive identitaire, de son rapport avec les hommes, de ses années d’échec scolaire (différente de l’écrivaine, meilleure élève à 17 ans).
Faïza Guène reprend le ton décalé, le débit en mitraillettes et la blague à chaque page. Elle reprend même Madame Burlaud, la fameuse psychologue scolaire du précédent.
Vingt ans se sont passés et bien des choses ont changé, Faïza Guène les passe en revue du ton de Doria, beurette intégrée qui est fière de sa double culture.
Bien sûr, cela peut un peu faire mal comme lorsqu’elle égratigne d’une phrase ma chère Dolto, moi qui ait été une adepte du « bébé est une personne », même si mes belles filles ne me remercient pas !
Cette lecture est une bouffée d’air printanier, car il n’y a pas si longtemps on croyait être plongé dans du nationalisme alors que les JO nous ont démontré que nous n’étions que patriotes. (Merci Romain Gary !).
Alors, donc, c’est frais, ça fait un bien fou !
Bref, vraiment remerciements tellement sincères à Doria dans Kiffe kiffe hier d’avoir permis à Faïza Guène de démontrer la diversité pour encenser l’identité.
Pour aller plus loin
Faïza Guène – La discrétion – Rentrée Littéraire 2020- Prix Fetkann Maryse Condé 2020
Remerciements
Aux éditions Fayard et #NetGalleyFrance
Puis quelques extraits

Je persisterai à dire Le covid, parce que, breaking news, un truc qui vous enferme à la maison, qui vous sape le moral chaque jour que Dieu fait, vous empêche de travailler et de penser à l’avenir, c’est forcément MASCULIN.
Donc, les Mafia’s Mammas, comme tous les matins, au lieu de rentrer à la baraque pour rentabiliser le montant du loyer, décident de traîner devant l’école afin de bavarder et commérer.
Persévérance. Dès qu’il s’agit de le prononcer, c’est bizarre, je deviens dyslexique. J’ai tendance à entendre perverse errance.
Lorsque nous disons NON, nous ne cherchons pas à dire autre chose que non. Il vous suffit d’entendre NON dans son sens premier et c’est aussi valable pour ces variantes: » Je ne veux pas, je n’ai pas envie, ça ne me dit pas trop, non merci, lâche-moi cesse de me suivre, oublie..Etc,etc,etc… »
J’adore Rita. Nos conversations sont épatantes. J’ai déjà eu à lui expliquer au premier degré que savoir fabriquer des ex-positifs n’est pas une compétence requise pour devenir musulman.
Je ne crains pas de l’affirmer: le roman est précurseur en matière d’effets spéciaux.
Et encore,
La trinité républicaine me plonge dans une confusion encore plus grande que la Trinité chrétienne
La jalousie l’a frappé en même temps que l’amour et il a pensé bêtement que c’était lié.
Il faut bien avouer qu’à l’époque je ne suis pas le couteau le plus aiguisé du tiroir.
Je ne me rappelle pas avoir vu mon paternel entrer dans cette pièce de l’appartement : la cuisine. Il a sûrement cru toutes ces années que c’était la chambre de ma mère.
Sans vouloir juger, je ne sais pas ce qui est le pire, le bon vieil épicier marocain qui nous a sucé le sang tel un vampire de l’Atlas ou un Sri Lankai amateur de pop musique qui collabore avec Wall Street English Institute et me donne l’impression de passer l’oral du bac d’anglais quand je fais mes courses .
À bien y réfléchir, ce sera toujours mieux que les magasins bio où les tomates coûtent les yeux de la tête et dont on repart avec la sensation que demander un sac plastique constitue un crime.
Et encore, encore,
Parce que s’ils avaient été plus attentifs, ils sauraient ce que je veux qu’on écrive sur ma pierre tombale : « Au moins, là où je suis, plus personne ne me demandera d’où je viens. «
On pourrait trouver que c’est flatteur, mais pas du tout, une origine ethnique n’est pas une préférence comme le fait de s’asseoir dans le sens de la marche dans le train, ni un goût, par exemple : la glace à la vanille plutôt que la pistache.
Ne plaisantez pas, peut-être que d’ici dix ans, il y aura vraiment des cartels en Seine-Saint-Denis ! Vous n’avez pas la télévision ou quoi ? Pas impossible au regard des prévisions sur les chaînes d’info en continu. C’est un peu comme des prévisions climatiques mais d’une météo raciste.
Vous vous rappelez quand un président a dit qu’il suffisait de traverser la rue pour trouver un emploi ?
Moi, si je traverse la rue, je me retrouve face à un point de vente dans mon quartier de Bondy.
Ici en bref




Questions pratiques

Faïza Guène – Kiffe kiffe hier
Instagram : @faiza.guene
Éditeur : Fayard
X :@EditionsFayard Instagram : @editionsfayard
Parution : 21 août 2024
EAN : 9782213726823
Lecture : Juillet 2024

Un livre qui me tente aussi. Bon week end
Pas sûre qu’il me reste en mémoire trop longtemps, mais il fait partie des livres que j’ai plaisir à découvrir sans longueurs et surtout avec des réparties très fortes! Un bon moment de lecture !
Bonjour Matatoune. Ta chronique et tes extraits choisis me donnent envie de lire celui-ci et peut-être le précédent. Bonne journée
Elle a de la répartie, la Doria ! Une voix féminine à découvrir ! Bon week-end 😉
Je note volontiers
C’est enlevé, ça claque ! A découvrir !
je me laisserai bien tenter !
20 ans après, qq vérités sont encore bonnes à affirmer encore et encore 😉