
Le roman, Les Passagères de nuit de Yanick Lahens, raconte des femmes souveraines devenues guerrières dans le silence de l’histoire d’Haïti. À partir de deux destins féminins, Élisabeth et Régina, l’écrivaine montre la force et la détermination, non pas celle du pouvoir et de la soumission, mais celle de la résistance et de la témérité à ne jamais se laisser dominer.
Élisabeth, jeune fille née vers 1820 à la Nouvelle-Orléans vient de subir deux tentatives de viol par un ami de son père. « C’est un moment redouté par toutes les femmes. Celui où ces hommes veulent se frayer à violents coups de butoir un chemin dans l’humidité de leurs cuisses ». La violence l’aide à se défendre. L’agresseur n’est pas mort. Elle choisit de se taire pour ne pas faire de mal à son père qu’elle respecte par-dessus tout.
Une nuit d’insomnie, Élisabeth écoute sa grand-mère dont elle porte le même prénom raconter, en présence de Camille, sa mère et sa sœur, Sarah-Jane, son premier voyage au début du siècle jusqu’en Haïti, à l’âge de sept ans. Elle leur transmet ses souvenirs. Puis, elle détaille la façon dont elle gravit la servitude, jusqu’au moment où elle subit la volonté du maître qui la conduira jusqu’à l’affranchir. Elisabeth, la jeune affranchie, choisit de partir retrouver ce pays d’origine. Alors, inspirée par le message de son aïeule, elle poursuivra son ascension dans la bourgeoisie de Port-au-Prince.
La seconde partie raconte l’histoire de Régina qui doit tout à son général bien-aimé, Leonard Corvaseau, le libérateur, quelque temps plus tard. Refusant les conventions sociales, elle affirme l’amour comme une force insoupçonnable. Le lecteur apprend qu’il est le fils de la première. La rencontre des deux femmes, magnifiquement décrite, permet à ces Passagères de la nuit de devenir inoubliables.
Le féminin porte l’histoire
Yanick Lahens décrit une partie de l’histoire d’Haïti, lors du 19ᵉ siècle, avec le passé de ses deux aïeules. Seulement, elle choisit d’évoquer l’insoumission de ses femmes, pourtant bafouées régulièrement dans leur corps, les menant jusqu’à leur émancipation. « J’ai trimé, j’ai été humiliée. Dans ma chair, mon âme, mon sexe, mon être tout entier ».
Toute la société de ce sud de l’Amérique subit la violence de l’esclavagisme. Choisissant la puissance du silence aux cris et aux pleurs, elles démontrent par leur volonté acharnée combien résister en esprit porte le véritable pouvoir sur les différents agresseurs. « Il réclamait une chose que moi seule pouvais lui donner à ma façon et il était alors le perdant, celui qui quémandait, qui se soumettait malgré lui« .
Ce message rend très actuel ce roman. « Mais, rien ne pouvait m’enlever de l’esprit qu’on nous avait fait un monde où cette servitude, qui n’a point de cran d’arrêt, nous enchaîne tous« . Il nous exhorte à sortir de la position de victimisation et à soutenir, que même contraints par des sévices physiques ou psychologiques ou par des mouvements de violence divers, la liberté peut être conquise. C’est une « déclaration d’amour » à soi-même, nous dit Yanick Lahens !
En conclusion,
Le roman Passagères de la nuit de Yanick Lahens, avec ses deux parties semblables par le nombre de chapitres, utilise des temporalités aux accents différents. Aucune forme de miroir entre les deux destins. Deux prologues en ramassent la teneur, la silencieuse d’un côté, le mystère de l’autre. Les superstitions aident à dépasser le destin, comme un jupon de multiples couleurs. Il s’agit de soins aussi, avec les plantes et les incantations. Alors, le ciel conservé dans sa tête peut resplendir de bleu. La poésie est toujours présente, malgré les rudesses du propos.
Le roman Passagères de nuit de Yanick Lahens est une merveilleuse découverte. En dernière sélection du prix de l’Académie française, ce roman risque d’y être récompensé. À suivre !
Puis quelques extraits

Les pensées étaient de grandes vagabondes, aux yeux songeurs, aux jambes, demesurées longues.
Les héritiers sont tout compte fait de deux sortes. Ils ont l’arrogance de ceux qui, comme leurs pères, non que l’intelligence des affaires, ou le courage étrange de ce que cette intelligence ne convainc pas. De ces hommes-là, on dit qu’ils sont faibles. Qu’ils sont des perdants. Mais, que perdent-ils exactement et que gagnent les autres ?
Que d’efforts pour nous rappeler qu’on nous a toujours voulu vaincus, nous aussi.
Les vaincus partagent le peu. Pour que chacun ait quelque chose. C’est une de nos façons d’être ensemble… D’être vivants.
Plus je suis dans l’intimité de la maîtresse, plus je risque d’être la proie de son époux.
Le maître possédait jusqu’au ventre qui devait renouveler la main-d’œuvre.
Et, encore
Et apprendre petit à petit à sentir quand l’invisible me frôle ou me murmure au creux de l’oreille.
Absorber la douleur est un apprentissage patient que j’ai entamé très tôt.
J’étais sa preuve, sa pièce à conviction. Qu’elle valait mieux que moi.
Le piège était dans sa tête de conquérant, dans son sexe de vainqueur, dans la puissance de son ventre blanc.
Ici en bref







Du côté des critiques : Le Monde
Du côté des blogs : Au vent des mots
Questions pratiques

Yanick Lahens – Passagères de la nuit
Rentrée littéraire 2025
Prix de l’Académie française 2025
Éditeur : Sabine Wespieser Editeur – X : @wespieser Instagram : @sabinewespieserediteur
Parution : 28 août 2025 – EAN : 9782848055701- Lecture : octobre 2025

[…] Yanick Lahens – Passagères de pluie […]
Bonjour Matatoune, j’ai toujours eu beaucoup de sympathie pour Haïti et son peuple si courageux… Tu as raison de rejeter la victimisation qu’on trouve dans pas mal de bouquins actuels, je suis d’accord. Merci de cette présentation, Excellente journée, bien au chaud 🙂
Oui on grelotte 😰 ! Un roman courageusement primé par le prix de l’Académie française !
Superbe retour ! A priori pas pour moi, et pourtant, j’avoue que si je croise sa route, je l’achèterai probablement car tu le défends avec beaucoup d’émotions !
C’est le prix de l’Académie française 2025 et je trouve que c’est bien mérité !
Bonjour Matatoune. Ce roman doit être émouvant et me permettrait d’en apprendre plus sur Haïti. Bonne journée
C’est un très grand roman très littéraire. Tu as raison. Bon week-end à venir 🌞
Je ne connais rien de Haïti à part ce qu’on en entend dans l’actualité. Tu me donnes très envie de découvrir ce roman, je le note. Bonne journée
Il pourrait recevoir le prix de l’Academie française. Résultats aujourd’hui ! Bonne continuation 🌞🙏📚
Ton billet est superbe ! Il donne envie de découvrir ce texte en tout cas.
Merci 🙏. Nous allons savoir aujourd’hui si cette écrivaine remporte le prix de l’Académie française. Ce serait justifié ! À suivre donc ! 📚🌞