Isabelle Carré – Du côté des indiens

Rentrée Littéraire 2020

1. Présentation

Isabelle Carré affirme dans son second roman « Du côté des indiens » choisir  ceux qui subissent, plutôt que les autres, même si elle espère un peu changer le cours des choses.

Isabelle Carré présente la situation de quatre personnages reliés autour de la même période: Ziad, dix ans, attend le retour de son père le soir en écoutant les bruits de l’ascenseur. Un jour, celui-ci monte au dessus de son étage avec son père, Bertrand, à l’intérieur . Il rejoint Muriel. Première faille dans l’admiration de l’enfant pour son parent.

Muriel, objet de cet adultère, présente elle aussi une déchirure dont elle met du temps à dépasser les ravages de la culpabilité.  Puis vient le tour de Bertrand. Son malaise est analysé ainsi que ses doutes et la maladie qui le contraint à retrouver pas à pas son autonomie.  Laurence, la mère, gère ses addictions jusqu’au moment, où elle arrive à s’en décharger. Tous ces personnages évoluent vers plus d’acceptation, de légèreté, arrivant à mettre de côtés les malaises qui les ont bridées.

J’ai abordé cette lecture avec l’enthousiasme freiné par trop d’avis mitigés.  Isabelle Carré a un vrai talent littéraire. Elle arrive à entrainer son lecteur dans plusieurs histoires de vie. Mais, celles de Ziad enfant et Muriel sont sans doute les plus réussies.

En conclusion…

L’écriture est riche et généreuse mais l’accumulation des différentes situations subies par ses personnages éloigne la fiction d’une réalité recherchée par l’auteure. De digressions en digressions, j’ai perdu le fil que Isabelle Carré donne à son roman.

Et, c’est dommage !  Car certains passages dévoilent une sensibilité fine et touchante  notamment lorsqu’ils racontent son métier de comédienne, sa place dans son imaginaire, son amour du cinéma. Isabelle Carré décrit  aussi de façon très réaliste  la sidération de Muriel fasse à l’intrusion du metteur en scène, le déséquilibre qu’il révèle, etc.

Isabelle Carré vient avec « Du côté des indiens » d’effacer la peur du second roman. Celui-ci révèle des moments de finesses littéraires qui affirme un talent réel. Mais révèle aussi des longueurs, sortes d’accumulations mal venues, qui éloignent le lecteur des objectifs fixés. Tournons la page et attendons le prochain !

Remerciements et autres

Merci @Netgalley et @EditionsGrasset pour #Ducôtédes indiens par @isabellecarre

Les Rêveurs – Isabelle Carré

2. Extraits

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« Eh bien…je partage leur solitude, leur impatience, leur désir de bien faire… Je comprends leurs désarrois, mais aussi qu’ils continuent de jouer quoi qu’il arrive – ces vies imaginaires qu’ils se fabriquent valent bien la notre. Je ressens le même ennui, la même inquiétude, je réclamerais volontiers comme eux des épées, des casques et des boucliers à Noël…. »

« Eh bien…je partage leur solitude, leur impatience, leur désir de bien faire… Je comprends leurs désarrois, mais aussi qu’ils continuent de jouer quoi qu’il arrive – ces vies imaginaires qu’ils se fabriquent valent bien la notre. Je ressens le même ennui, la même inquiétude, je réclamerais volontiers comme eux des épées, des casques et des boucliers à Noël…. »

Comme des enfants qui, au réveil, sont incapables de faire la différence entre la réalité et leur cauchemar, chacun entretenait précieusement l’illusion, au risque de se perdre.

En dehors du plateau, elle avait souvent l’impression de ne plus exister.

Est-ce qu’elle continuait de sourire bêtement, ou était-elle devenue blême, si vulnérable tout à coup qu’il préférait ne pas s’attarder, n’y accorder aucune importance ?

Pour terminer, elle savourait de nouveau ses mains , afin de sortir de là complètement propre. Les scènes du jour s’en allaient avec l’eau du bain. Les caresses aussi.

Son corps, déjà, ne possédait plus rien de tangible, il était devenu une simple parenthèse qu’on ouvre et qu’on referme, aussi aisément qu’à la fin d’une prise, on annonce le coupé.

On n’enregistre pas les choses « normales » au feutre indélébile, on ne grave pas la vie de tous les jours, le monde tel qu’il est, ou tel qu’il devrait être, de cette façon, on répertorie ainsi les images qu’on n’a pas su lire.

Pourquoi j’ai rien dit ? La lâcheté éprouvée face au monde des adultes constituerait sa vie entière un poids, pourquoi j’ai rien fait, ce remords saison cœur, pour protéger qui, une gêne tenace, dont elle continuerait, durant de longues années, à se croire l’unique responsable.

Et d’autres encore …

Comme les enfants qui redoutent la séparation,elle n’aimait pas dire au revoir, il était tellement plus simple de disparaître.

Mieux valait porter ses secrets jusqu’à la mort. De là, d’ailleurs, venait certainement l’expression » être une tombe » car d’un autre côté, il était aussi fort probable qu’à force de les taire, tous ces secrets accumulés refusent de disparaître, et que ce grand silence ne finisse bel et bien par vous étouffer.

Muriel ne craignait qu’un seul supplice : lire l’incompréhension dans le regard de son interlocuteur. Elle ne racontait donc rien de son histoire, à personne.

Elle préférait que le monde du cinéma ne soit entaché d’aucune triste réalité, que Ziad continue de rêver, qu’il puisse toujours entrer dans une salle obscure avec la certitude d’y trouver un abri, à l’écart ou bien entouré, et qu’à l’heure de la séance, il retrouve ce plaisir intact, quand tout s’éclaire sous la lumière des projecteurs, et qu’apparaît l’assurance d’une vie meilleure, là où la solitude n’existe pas.

Paradoxalement, grâce à cette candeur, il n’y parvint jamais, ni lui, ni aucun autre, tous ratèrent leur cible. Ce qui les avait d’abord attirés, fut aussi ce qui permit à Muriel, de leur échapper, toujours. Comme un habit, son innocence la protégeait des déceptions et des souillures. On avait beau le lui arracher, il se reconstituait d’une étoffe plus solide encore…

« Eh bien…je partage leur solitude, leur impatience, leur désir de bien faire… Je comprends leurs désarrois, mais aussi qu’ils continuent de jouer quoi qu’il arrive – ces vies imaginaires qu’ils se fabriquent valent bien la notre. Je ressens le même ennui, la même inquiétude, je réclamerais volontiers comme eux des épées, des casques et des boucliers à Noël…. »

3. Brèves

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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4. Critiques

Le Monde

Pages des libraires

5. D’autres blogs en parlent

Les livres d’Eve

6. En conclusion

Isabelle Carré  – Du côté des indiens 

Éditeur : Grasset

Parution : 19 août 2020

EAN : 9782246820543

Lecture : Octobre 2020

Littérature contemporaine 2020

Chroniques littéraires

21 commentaires

  1. J’aime beaucoup Isabelle Carré comme actrice mais ses livres ne m’attirent pas. Sans doute, les éditeurs préfèrent publier des célébrités bankables (acteurs, chanteurs, sportifs, etc.) qui misent sur des noms connus plutôt que sur le talent littéraire.

    • Oui, c’est vrai mais l’écriture est toujours un risque lorsqu’elle s’inscrit dans la fiction ou la poésie. Et, je trouve sa démarche courageuse. Mais les éditeurs en publiant des blockbusters livresques peuvent aussi se permettre de prendre des risques avec des auteurs moins connus ou des premiers romans. Je ne lis pas Amélie Nothomb. Mais elle permet à sa maison d’édition de nous proposer des jeunes talents que j’aime découvrir.

      • C’est vrai… dans la politique de certains éditeurs il y a sûrement ce genre de calculs. Si cela permet à des textes plus « risqués » d’être publiés, alors tant mieux…

    • Comme je dis toujours. Il y a assez d’autres livres pour se retrouver autour de l’échange d’une même lecture

  2. déception pour moi, car on finit pas perdre le fil alors qu’elle avait une belle histoire à raconter… d’autant plus que je l’apprécie énormément comme comédienne sa prestation dans « Se souvenir des belles choses » m’a énormément touchée
    lors de son passage à LGL elle a présenté son livre d’une fort belle manière, et surtout, c’était clair dans sa manière de raconter alors qu’elle ne l’est pas dans le roman lui-même.
    J’aurais peut-être dû commencer par « Les rêveurs » 🙂

    • Je ne l’ai pas vue à LGL. En général, je préfère ne pas regarder lorsque je sais que je vais lire le roman. Peut-être que nous sommes trop cartésiennes pour apprécier … Les Rêveurs ont surpris. Pas sûr, que si je le relisais, je ne trouve pas les mêmes défauts. Non, moi j’attends le prochain! Bonne soirée

      • j’avais déjà lu le roman quand j’ai vu l’émission et l’enthousiasme de F. Busnel m’a laissée perplexe, avec l’impression de ne pas avoir lu le même livre

  3. Merci pour la présentation mais j’ai passé une importante commande il y a peu la carte a flamber donc je dois calmer le jeu! Bisous

  4. J’ai lu pas mal de critiques négatives donc malgré la sensibilité que tu décris, je retiens les digressions et je passe mon tour… 😉

    • Pour la découvrir, c’est une bonne idée. En tout cas, Isabelle Carré sait écrire !

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