
Cette année, le résultat des prix prestigieux donne une tendance bien masculine. Sauf le prix Décembre, tous ont été attribués à des écrivains. Mais où sont les écrivaines ? Elles sont pourtant nombreuses, cette année, à s’exprimer et à défendre, par leurs écrits, des causes fortes. Seulement, lorsqu’un critique dans une émission de radio du Service public, appréciée pour ses recommandations littéraires, affirme qu’il en a marre qu’on parle d’inceste dans la littérature, on comprend que ce n’est pas une question de sexe, mais bien une question de génération.
Un problème de génération ?
Car, examinons plus attentivement l’âge des membres des jurys, avec l’aide de Gemini, IA de Google : le Goncourt, moyenne d’âge 73 ans, le Renaudot, moyenne d’âge 74 ans, le Femina, exclusivement féminin, moyenne d’âge de 67 ans, après le retrait de Jeanne Benameur ou le passage de Mona Ozouf au statut de membre honoraire, ce qui a permis l’arrivée de jurées quadragénaires ou quinquagénaires, le Médicis, moyenne d’âge de 72 ans.
Lorsqu’on croise ces données avec le sexe des jurés, toujours avec l’aide de l’IA de Google, on arrive au constat suivant : le Goncourt, 4 femmes sur 9 ; le Renaudot, 3 femmes sur 10 ; le Femina, 12 femmes sur 12 ; le Médicis, 4 femmes sur 9. On comprend que les prix prestigieux décernés par des lycéens amènent des bouffées de jeunesse dans un monde de l’édition dont l’entre-soi parisien prime encore et toujours.
Maintenant, examinons les romans récompensés ! Là encore, peu de surprise. Philippe Claudel, président du Goncourt, a déclaré : « Grâce à lui, 80 ans plus tard, elle va se mettre à exister. Elle avait été invisibilisée, et elle existe. Et ça, c’est quelque chose que je trouve très, très émouvant », dans une entrevue diffusée par le média français BFMTV.
Seulement, lorsque des victimes prennent la plume pour raconter leur souffrance, elles ne sont pas retenues. Rappelons quand même que Tuer le vieux de Daria Marx a obtenu le prix Les Inrockuptibles. Mais, nous aurions pu citer aussi Mais, que fait ce sang sur le pull de Jennifer? de Lucie Rico ou encore Championne de Nina Bouraoui. Heureusement, Anne Godard est distinguée avec Nous aussi, sur la force des silences et des traumatismes dans une structure familiale.
Le prix Femina a récompensé là encore un favori en sélectionnant le roman de Yannick Haenel. Cet écrivain écrit très bien. Mais, franchement, j’ai aussi aimé celui de Caroline Hinault, Ce qui se joue.
Affaire de l’intelligence artificielle
Mais, ce qui marquera cette rentrée littéraire, restera l’irruption de l’intelligence artificielle dans le débat. Encore, n’est-ce pas un débat générationnel ? L’IA est un outil fabuleux pour la documentation, la recherche et en général, en réponse à n’importe quelle question. Certes, elle écrit mieux que n’importe quel humain puisqu’elle a engrangé les nombreux livres qu’elle a analysés. Mais, ce qui m’importe dans la lecture c’est de ressentir des émotions à la découverte de mots écrits, qui font sens dans mon intimité.
Dans quelques années, cela deviendra tellement évident que l’IA retouche nos écrits que l’on ne le signalera plus. Mais, c’est bien l’acte d’écrire que vient interroger l’IA, et non celui de lire. Veut-on, lorsqu’on publie un texte, que l’IA vous le peaufine ou non. Lorsque je dois écrire une lettre recommandée, franchement, c’est plutôt bien si l’IA s’en charge. Bien évidemment, l’humain reste donneur d’ordre et vérificateur.
Lorsqu’il s’agit de mes chroniques ou n’importe quel écrit plus personnel, je souhaite garder mes imperfections stylistiques et n’utiliser l’IA que comme vérificateur de sens général et correcteur orthographique. Comme pour les photos retouchées par l’IA, voulons-nous juste réparer un certain flou ou générer une image artificielle ? Le choix appartient à chacun. Il faut juste reconnaître à quelle place se trouve l’outil.
Reste que le livre de Thélyson Orélien a été descendu en flèche. Certes, il avait des imperfections notables mais le sujet était si important qu’il m’avait semblé plus essentiel de parler du fond que de la forme. Le récit d’un homme, reprenant le récit d’autres, prêt à tout quitter pour essayer de survivre et peut-être de vivre quand même un peu, au final. L’idée était louable : donner une voix à ceux qui n’en ont plus. Et bien, cette voix a été supprimée, purement et simplement, au prix de la sacro-sainte pureté littéraire ! Vaste enfumage, tout de même, pour un sujet pas très politiquement correct, à l’heure actuelle !
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PRIX GONCOURT 2026
L’inconnue du quai de Javel : Philippe Jaenada face au féminicide (Flammarion)
Ce fait divers, Philippe Jaenada le triture, le remâche dans tous les sens et semble le régurgiter pour s’y abreuver de nouveau. Il parle bien d’avortement clandestin, de femmes battues, d’alcoolisme et de précarité, mais, de façon très modérée et c’est vraiment dommage. À aucun moment, j’ai senti sa colère, sa rage à dénoncer un meurtre qui encore aujourd’hui fait la une de nos médias et qui pour ma part, ne cesse de me révolter. Néanmoins, Philippe Jaenada a évidemment le mérite de donner une identité et une postérité à une femme retrouvée morte sur un quai. Et, franchement, c’est déjà très bien ! La suite de la chronique ici
Les autres finalistes



La solitude des professeurs est infinie : quand Yannick Haenel célèbre la transmission (Gallimard )
N’efface pas mes cercles: Emma Marsantes face aux traumatismes familiaux (L’Arbalète/Gallimard)
De l’autre côté du lac de Sylvain Prudhomme, une photographe face à une nature sauvage (Minuit)
PRIX RENAUDOT 2026
Le Palais de François-Henri Désérable : le vin comme miroir du monde (Gallimard)

François-Henri Désérable décrit les petites et les grandes institutions. Il examine les réactions humaines, les plus viles en général. Les problèmes d’aujourd’hui y sont commentés. On sourit et, même, quelquefois on rit. « (…) voler le portefeuille d’un homme, il sera fauché quelques jours, mais apprenez-lui à écrire, et il le restera jusqu’à la fin de ses jours. » François-Henri Désérable a appris à écrire il y a très longtemps. Sa plume s’aiguise et s’affine au fil du temps : parions qu’avec de futurs prix, il gagnera beaucoup d’argent ! Le début de la chronique ici
Les autres finalistes


La méthode de David Djaïz : la science face au pouvoir(Stock)
Patrice Jean, Stay Free (Le Cherche-Midi)
Osvalde Lewat, Un corps indocile (Philippe Rey)
Anne Percin, Eugénie sous les bombes (Buchet Chas tel)
Marie Petitcuénot, Heures sauvages (Héloïse d’Ormesson)
La Guerre éternelle d’Olivier Rolin: de Troie aux conflits d’aujourd’hui(Gallimard)
Joy Sorman, La Vie brute (Flammarion)
PRIX MEDICIS 2026
Philippe Vasset, Dans les grandes lignes (Flammarion)
Roman traduit
Eva Baltasar, Déclin et fascination, traduit du catalan par Annie Bats (Verdier)
Essai

Une éclaircie de Jean-Baptiste Del Amo, dans l’ombre de la maladie, avec Goya (Stock)
Pourquoi le lire
Parce que L’Éclaircie est bien davantage qu’un récit sur la maladie ou qu’un livre sur Goya. Jean-Baptiste Del Amo y fait dialoguer deux expériences de la souffrance, séparées par les siècles mais réunies par la fragilité des corps et l’incertitude de l’existence. Son compagnonnage avec les Peintures noires permet une réflexion profonde sur la douleur, la création et la vieillesse. Un texte intime et sensible, où l’art devient aussi une manière de comprendre ce qui nous traverse et peut-être de trouver, au cœur même de l’épreuve, une éclaircie. Le reste de la chronique ici
PRIX DECEMBRE 2026
Nous aussi d’Anne Godard : les secrets d’un monde protégé par le collectif(Actes Sud)

Nous aussi est un magistral roman d’Anne Godard, qu’il faut absolument découvrir. Un entre-soi de la grande bourgeoisie concentré au cœur d’un seul arrondissement, le prestigieux Vᵉ arrondissement, avec son immeuble, son « château » dans les Alpes l’été, ses rituels, ses écoles, ses commerces et ses petites gens qui sont là pour les servir, eux. Pourquoi le lire ? Pour découvrir un roman aussi glaçant que subtil sur la puissance du groupe, les privilèges de classe et les secrets qui permettent à un système de se perpétuer. Anne Godard fait du « nous » et du « on » de véritables outils littéraires pour disséquer, avec une écriture fluide et fragmentée, une bourgeoisie qui protège son monde à tout prix. La suite de la chronique ici
GRAND PRIX de l’ACADÉMIE FRANÇAISE
Sébastien Lapaque, Le Rappel des oiseaux (Actes Sud)
PRIX FEMINA
Roman français
La solitude des professeurs est infinie : quand Yannick Haenel célèbre la transmission (Gallimard )
Roman étranger
Laura Kasischke Baignade surveillée (Gallimard)
Essai
Jennifer Tamas Barbe Bleue contre-enquête (Seuil)
PRIX du ROMAN FNAC & Prix Roman News
C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien : le rire pour survivre à l’exil
PRIX LITTÉRAIRE LE MONDE 2026
À voix haute de Polina Panassenko (Éditions de l’Olivier)
PRIX TALENT CULTURA 2026

Le Nénuphar d’Alexandrine Descotes : un lumineux message d’amour
PRIX Les INROCKUPTIBLES 2026
Tuer le vieux de Daria Marx : entendre enfin le cri des victimes (Flammarion)
PRIX de FLORE 2026

Lucie Rico, Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer : quand les mots réveillent la mémoire (P.O.L)
PRIX INTERALLIÉ 2026
GONCOURT DES LYCÉENS 2026
RENAUDOT DES LYCÉENS 2026
PRIX DE LA PAGE 111 2026
PRIX « HISTOIRE, HISTOIRES » de FONTAINEBLEAU 2026
Le bal des foudroyés de Camille Pascal : comment se construit le pouvoir absolu
Au fil de la nomination des prix, ce post sera actualisé.






