
Choses que je croyais perdues de Clémentine Mélois est une belle découverte pour moi. C’est la première fois que je découvre l’écriture de cette autrice, qui semble avoir déjà exploré plusieurs formes artistiques comme la littérature jeunesse et les arts visuels.
Tristan est le compagnon dont Émilie doit se séparer après sept ans de vie commune. Mais, avec cette séparation, tout aussi douloureuse concerne les objets dont il faut se délester et avec eux, les souvenirs, agréables ou plus tragiques au vu des derniers événements.
C’est une déambulation poétique, humoristique et sensible entre mémoire, émotions, souffrance et satisfaction de l’allègement auquel convie son lecteur Clémentine Mélois. Le roman se déroule sur une période courte et bien définie. La narratrice doit faire du tri. Et en vidant ses placards, elle réexamine ses souvenirs, les étudie à l’aune de cette séparation. Le titre dévoile parfaitement ce que ressent la narratrice à la fin de son rangement.
Ce roman exprime toute l’intériorité nécessaire à ce travail d’introspection et de deuil. Les mots ont une puissance cruciale dans la qualité de cet écrit. Et, la lectrice que je suis, s’est tenue, tout près de ce roman intime, profond et émouvant. En associant la mélancolie et l’autodérision, la petite voix intérieure d’Émilie nous raconte des sentiments tellement universels qu’on ne peut que se sentir concerné.
Le roman Choses que je croyais perdues ne sera pas apprécié de tous. Aucune difficulté à le lire, les mots sont simples et la construction chronologique de la narration est bien respectée. Cette autoanalyse ne propose aucune intrigue, aucune action, juste la lente maturation intellectuelle et émotive d’un homme ou d’une femme qui découvre le manque, l’absence et la nécessité de continuer à vivre, quelque peu entravé. Clémentine Mélois est une autrice que je suivrai.
Puis quelques extraits

Le propre des débuts, c’est qu’ils ne durent pas, tandis que les fins s’étirent parfois le temps d’un générique infini. Alors qu’on venait à peine de se rencontrer, je n’y pensais pas encore. Le propre des débuts c’est aussi de ne pas vouloir imaginer la fin.
S’ils sont désespérants ce n’est pas tant à cause de leurs yeux tristes que parce qu’ils sont orphelins de tout récit.
Je sais que c’est ridicule d’avoir de la nostalgie pour cette période. Elle est révolue depuis longtemps. Les cellules de notre corps meurent et se régénèrent en permanence : depuis le temps, il n’y a plus rien en nous des personnes que nous étions alors. Mais j’ai vécu toutes ces années sur cette réserve d’énergie initiale, comme on rêve en regardant la lumière des étoiles mortes. Ce serait plus simple si tu étais mort, toi aussi. Je pourrais chérir les moments passés ensemble en les embellissant, et je n’aurais pas à faire le deuil de toi en sachant que quelque part, dans une réalité parallèle, tu continues à mener des activités dont je ne sais rien.
Tu avais l’air gentil. Tu étais un petit chat timide d’un mètre quatre-vingt-dix, un gâteau à la chantilly en vitrine d’une pâtisserie, un koala dans un panier à fleurs sur un calendrier des Postes.
Mieux vaut ne pas réfléchir à tout ça, surtout quand on a du travail et trop d’imagination. Dans un sursaut de lucidité, j’ai scellé définitivement les sacs avec plusieurs épaisseurs de scotch marron. Sans ça, je me connais, j’aurais cédé à la tentation de récupérer des trucs et je me serais à nouveau encombré l’âme d’un tas de souvenirs beaucoup trop lourds à porter.
Dans le temps, il existait des manuels de civilité à I’usage des jeunes filles. On y apprenait comment devenir une bonne épouse et une fée du logis. Ma mère n’a pas dû les lire. Elle ne m’a pas appris à faire semblant à me tenir en société, à rire sans montrer mes dents ni à manger avec le dos de la fourchette, à taire ce que je pense et à dire ce qu’il convient de dire. Elle ne m’a pas montré comment me maquiller pour mettre en valeur mes yeux, comment assortir les couleurs ou arranger mes cheveux.
Et, encore
Elles me vaudraient un supplément bagage dispendieux si les compagnies aériennes décidaient d’établir une taxe sur la charge affective.
Cela n’a pas d’importance car une relique, même en pièces détachées, ne perd ni de sa valeur, ni de sa sainteté. Et par un effet de contagion, n’importe quel objet en contact avec l’une d’elles devient lui-même une relique, dite de troisième classe. Tu vas encore dire que j’exagère, mais pour moi, c’est exactement pareil avec mon ensemble H&M : il est devenu une précieuse relique du temps où on s’aimait. Ce ne serait pas raisonnable de le garder mais, avant de m’en séparer, je garderai peut-être un bouton. Pour conserver une trace de son aura symbolique, cela suffira.
Les deuils et les séparations nous tombent dessus de façon soudaine, c’est pour ça qu’ils font si mal. Mais de l’enfance à la mort, la vie n’est faite que de ruptures successives. La plupart des dernières fois arrivent en douceur, en fondu enchaîné, sans qu’on y prenne garde. Elles ne prennent leur sens qu’une fois rangées dans notre mémoire, alors qu’elles sont déjà passées et qu’il est trop tard pour en pleurer.
Mon grand-père s’y est couché lorsqu’il est tombé malade, et c’est là qu’il est mort. Ce sont des choses qui ne se font plus : ma grand-mère, qui a vécu plus longtemps, est morte dans un lit médicalisé. J’étais là quand les employés de l’entreprise de location sont venus le récupérer. Ils l’ont démonté et l’ont fourré à l’arrière d’un véhicule utilitaire. En les regardant partir, je me suis dit qu’ils l’emportaient pour que quelqu’un d’autre puisse y mourir à son tour et je me suis demandé combien de personnes allait pousser leur dernier souffle dans ce lit de mort en kit.
Ici en bref




Du côté des critiques : Le Monde
Informations pratiques

Choses que je croyais perdues de Clémentine Mélois
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Deuxième sélection du Goncourt, du Fémina, du Fémina des lycéens
Éditeur : Gallimard X: @Gallimard et Instagram : editions_gallimard – Facebook Collection l’Arbalète
Parution : 20 août 2026 – EAN : 9782073162851 – Lecture en octobre 2026

Je l’ai noté à cause justement de l’idée des objets à trier et des souvenirs qui vont avec … Sur mes étagères, j’ai Alors, c’est bien de cette autrice que je pense lire bientôt.
J’ai moi aussi aimé sa sensibilité, entre douleur, fantaisie et douceur.
Cela sonne bien triste. Je préfère eviter
Certes, mais quel beau moment de lecture !