
Nouveau roman de Sylvain Prudhomme, De l’autre côté du lac lie les codes du thriller et du roman d’aventures et décrit un portrait féminin terriblement attachant.
Dans le massif de la Viranche, une réserve naturelle recèle un monde préservé. Non loin de là, une équipe de chercheurs, avec Florence à leur tête, met à jour des restes humains de plus de trois mille ans. À leur côté, une photographe Paola Alba, montagnarde expérimentée, tente de capter l’image parfaite.
Le narrateur la rencontre lorsqu’elle doit charger dans sa voiture son matériel. Une attention particulière naît chez le narrateur pour cette femme, juste entrevue. Seulement, quelques mois plus tard, on retrouve son corps. L’enquête peut commencer. Et lorsqu’on apprend que quelques jours plus tôt un autre corps avait été retrouvé presque dans les mêmes circonstances, le mystère s’épaissit.
Témoigner de la nature sauvage
« Photographier, c’est toujours pour suivre un invisible, mais qu’est-ce que je poursuis, moi ? Qu’est-ce que je cherche à fixer que mes yeux ne voient pas. Mais que tout mon être sent, et que je rêve de voir s’imprimer sur la plaque ? » Car Paola est une photographe à l’ancienne qui utilise des plaques de verre pour recueillir ses impressions de lumière.
Sylvain Prudhomme aime le médium qu’est la photographie. Dans son précédent, Coyote, elle lui permettait de garder en mémoire les rencontres faites tout le long de la frontière américano-mexicaine. Ici, elles soutiennent l’intrigue et donnent corps à l’âme de sa photographe. « Au pic d’un désir qui les avait portés avec une intensité inouïe au début, avant de se raréfier peu à peu, de se muer en autre chose, un savoir-faire, une maîtrise. Le métier.
Gardez le feu, elle se l’était mille fois juré«
Car, sans cette quête pour l’image parfaite, Paola n’aurait pas cherché le mystère de la fameuse réserve où personne ne pénètre. Sans cela, elle ne serait probablement pas revenue dans des conditions extrêmes. L’écriture de Sylvain Prudhomme happe complètement pour montrer la fureur des éléments, l’ivresse assassine de la solitude extrême et la nature toujours gagnante d’un combat inégal.
Engagement artistique
Ce portrait d’une artiste entière, engagée dans son art au point d’en être intransigeante, est très attachant. Et, pourtant, le lecteur ne peut s’empêcher de craindre pour elle, de s’inquiéter de ses penchants trop absolus. Certes, la mort de Paola est actée, mais cela la place à la limite de la mise en danger.
Ainsi, dans ce roman De l’autre côté du lac, Sylvain Prudhomme rend toute sa puissance à la nature. Ses descriptions sont grandioses. Il décrit une façon de se fondre dans la faune, la flore et les paysages, humain au même plan que d’autres vivants.
Ce thriller immergé dans une nature préservée est d’une grande qualité littéraire. Des émotions, de l’aventure, du suspense au service d’une nature exceptionnelle et un personnage féminin extrêmement bouleversant, De l’autre côté du lac de Sylvain Prudhomme propose cependant une fin ouverte pour que l’imaginaire de chacun triomphe.
Pourquoi le lire
Pour la puissance de ses descriptions de la nature sauvage, son intrigue entre thriller et aventure, et surtout pour le portrait de Paola, photographe passionnée jusqu’à l’extrême.
Puis quelques extraits

Qui se tait coupe les ponts., c’est une loi. Un effet immédiat du silence, universellement observé. Qui se tait s’éloigne, bascule peu à peu dans un autre monde : celui de la solitude. Avec ce qu’elle comporte de vertige, d’effroi. Avec aussi ce qu’elle ouvre d’ivresse.
J’ai passé ma vie a regarder et depuis deux jours seulement je vois.
Rien de sa certitude que quelqu’un est là, tout près. Rien de son intime conviction désormais qu’entre les deux mondes existe un passage, qu’elle finira tôt ou tard par découvrir.
C’est ça que disent tes photos, non ? Notre responsabilité, notre immense responsabilité de chaque instant.
Du matin au soir j’allais et venais à l’affût, j’arpentais, je reconnaissais, je pistais, je prélevais. Et puis je me suis rendu compte que c’était le lac qui me regardait. Un matin, j’ai très distinctement senti son œil sur moi. J’ai compris que depuis le début il me surveillait. Je me suis retournée et j’ai vu une marmotte qui me fixait. J’ai compris qu’à chaque seconde j’étais vue.
C’est un fait, presque une règle : le contact du néant vaccine contre la pulsion de mort. Le frôlement de la mort redonne goût à la vie.
Ici en bref




Du côté des critiques : Télérama
Ses précédents


L’enfant dans le taxi – Coyote : Voyage au Coeur de l’Amérique
Informations pratiques

De l’autre côté du lac de Sylvain Prudhomme
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Éditeur : Editions de minuit – X: @EdeMinuit – Instagram : @editionsdeminuit – Facebook
Parution : 27 août 2026 – EAN : 9782707358233 – Lecture en septembre 2026
