
« Près de cent mille balles le verre, (…) pour un truc qu’on va finir par pisser.«
Le Palais de François-Henri Désérable est un roman sur le vin, la vigne, la vinification, les grands crus, l’œnologie, l’œnophilie, frisant parfois l’essai tant l’écrivain envisage tous les aspects de la vinification avec précision et érudition. Mais Le Palais est aussi un récit d’aventure et une enquête sur le secret des origines. Il met encore en scène une revanche qui se transforme en escroquerie à grande échelle. Il raconte aussi une belle histoire d’amitié, de celles qui se créent dans l’enfance et deviennent infaillibles au fil de la vie. À ces différents ces axes, il en existe un autre : celui de relater la bassesse de notre monde et les compromissions dont sont capables certains pour se croire au-dessus des autres. Bref, Le Palais est un ouvrage complet ! « Écrire, c’est faire le deuil de la perfection« , dit un des personnages. Pourtant François-Henri Désérable semble avoir écrit son meilleur roman.
Un palais absolu
À huit ans, Arum prend l’avion pour la première fois. Il l’emmène en France, accompagné de ses parents adoptifs, Jean-Claude Amiot, restaurateur et sa femme, professeure de yoga. Tout au long du voyage, Arum se demande où est l’endroit précis de l’arrondi de la terre. Venant des bidonvilles de Delhi, il atterrit dans les vignobles de Bourgogne. Plus tard, il se découvre un palais de génie pour reconnaître les vins. Arum Kumar devient Arum Amiot, œnophile hypermnésique, formé depuis l’âge de dix ans à la science du vin en pleine région bourguignonne, précisément en Côte d’or.
Lorsque Mickaël Waterman « Le Pape des Bourgognes« , descend à Beaune, il est humilié par le jeune Arum âgé maintenant de quinze ans qui le dépasse dans la reconnaissance de vins. La vie du critique va irrévocablement entrer dans la zone obscure. Arum a bien « le palais absolu comme d’autres ont l’oreille« .
Aventure mondiale vinicole
Sans compter tous les bons vins de la Terre qu’on goûte par procuration, Le Palais fait se croiser Michel Houellebecq avec sa doudoune sans manches habituelle, Gauguin échoué aux Marquises. Le lecteur rencontre aussi les habitants du dépôt d’ordures près de Delhi. Il s’assoit sur les bancs sponsorisés de Central Park. Il y a aussi Françoise Sagan qui dédicace un millésime et un tableau signé Hitler dans un penthouse. Sans trop s’attarder sur un club des Vilains Bonhommes qui regroupe, non pas Rimbaud ni Verlaine, mais de grands amateurs de vins. De plus, on y parle de bitcoins, « une monnaie virtuelle » pour « financiariser la cupidité », soit « s’enrichir vite et sans effort« . N’oublions pas un acteur indien et encore dans le domaine du cinéma, Francis Ford Coppola. Et, évidemment, bien d’autres encore. Ainsi, Le Palais est foisonnant, entraînant le lecteur dans une spirale d’aventures plus époustouflantes les unes que les autres.
Seulement François-Henri Désérable enivre son lecteur de toute sa science œnologique (et elle est aussi immense que le désert de l’Antarctique est dépeuplé) pour nous conter une critique sociale de haut vol. Le lecteur qui, comme moi, n’y connaît absolument rien en vin ni en vigne, s’est trouvé berné par les mots comme un spectateur se laisse embobiner par les mains et la logorrhée d’un magicien.
Les autres, ceux qui se targuent de s’y connaître (« oh, si peu, vous savez », jouant les faux modestes) crient, haut et fort, qu’ils savaient que ce roman serait extraordinaire. Mais tous reconnaîtront à François-Henri Désérable d’avoir, à la rentrée 2026, sauvé la filière vinicole, mise à mal par les colères d’un homme de forte corpulence portant une casquette rouge.
Critique sociale affutée
Avec Le Palais, le lecteur fréquente le plus sélect club du monde, le Knickerbocker, même s’il n’a pas « une paire de couilles et un portefeuille bien garni » et de l’argent qui tombe de génération en génération. Pourtant, François-Henri Désérable décrit à merveille cet art de la terre, des gelées à la sécheresse, complété par l’attention des viticulteurs qui cultivent leurs raisins comme les diamantaires taillent leurs pierres.
Le roman Le Palais est « sardanapalesque » par l’abondance de ses mots, de ses images et de ses phrases autour du thème du vin. J’ai adoré me plonger dans ces quatre cent une pages et suivre les pas d’Arum, moitié naïf, monomaniaque avec son don absolu, moitié Robin des bois dans cette critique sociale affûtée, ironique, à l’humour discret qui dit tout et le dit bien.
Car, Le Palais parle du vin, comme il aurait pu parler d’art, de mode, de pouvoir ou de je ne sais quel objet qui attire et tente les plus aisés. Les références et multiples détails sont autant de prétextes à décrire le monde qui nous entoure, de cet œil aiguisé qui n’hésite pas à piquer sans assassiner. François-Henri Désérable décrit les petites et les grandes institutions. Il examine les réactions humaines, les plus viles en général. Les problèmes d’aujourd’hui y sont commentés. On sourit et, même, quelquefois on rit.
Et pourquoi pas un prix ?
« (…) voler le portefeuille d’un homme, il sera fauché quelques jours, mais apprenez-lui à écrire, et il le restera jusqu’à la fin de ses jours.«
François-Henri Désérable a appris à écrire il y a très longtemps. Sa plume s’aiguise et s’affine au fil du temps : parions qu’avec de futurs prix, il gagnera beaucoup d’argent !
Pourquoi le lire ?
Pour découvrir un roman aussi érudit que malicieux, qui parle de vin, de pouvoir, d’argent et d’ambition sans jamais perdre le goût de l’aventure. Même sans rien connaître à l’œnologie, on se laisse emporter par le talent de François-Henri Désérable, son humour discret et sa critique sociale affûtée.
Puis quelques extraits

Ainsi sont les adultes : ils ont besoin des enfants pour valider leurs histoires.
Parce qu’on mangeait de la viande, que la viande venait des vaches, que les vaches pétaient, rôtaient et rejetaient dans l’atmosphère du méthane ; parce qu’on prenait l’avion pour un oui pour un non, et que l’avion rejetait du dioxyde de carbone; parce qu’on rasait les forêts pour en faire des terres agricoles; parce que le pétrole, de charbon et de gaz; parce que les voitures; parce qu’on lui faisait subir mille autres avanies du même acabit, la Terre se réchauffait.
L’une des rares langues européennes où le mot vin ne dérivait pas directement de vinum. En anglais : wine. En allemand: wein. En italien, en espagnol, en slovène, ou en tchèque : vinou. En portugais: vinhot. En danois, en norvégien, en roumain, en suédois, en français : vin.
Hongrois ? Bor.
Et, encore,
Le plus fameux d’entre eux avaient débarqué un jour de 1901 en goélette. Un drôle d’oiseau, celui-là, qui sentait fort, buvait sec et refusait de payer ses impôts. Il s’était fait construire une maison sur pilotis avec un toit de palmes, un escalier abrupt qui menait à son atelier où il y avait un bureau pour rédiger des lettres incendiaires envers la police et les prêtres, un hamac pour faire la sieste à l’abri du soleil, un chevalet et des boîtes à couleurs pour faire des toiles avec des chiens qu’ils peignaient rouges, des ciels qu’ils peignairent roses et des femmes, qu’ils peignaient nues. Des toiles dont personne ne voulait.
Puis il était mort dans l’indifférence et la misère, le mépris, et des années après qu’on l’avait mis sous terre au cimetière marin d’Atuona, ces mêmes toiles, avaient réapparu,, désormais accrochées aux cimaises des plus grands musées du monde, et quand l’une d’elles passait aux enchères, elle s’arrachait à coup de centaines de millions. Depuis, à Hiva Oa, on avait appris à ne pas juger trop vite: on se méfiant de sa propre méfiance.
Et, encore, encore
Sa langue adoptive s’était si bien frottée à sa langue maternelle qu’elle l’avait poli jusqu’à l’effacer tout à fait.
Mais à part les journalistes de télévision, y avait-il plus infatué, plus résolument imbu de soi-même qu’un auteur ? Les mauvais se croient bons, les bons très bons, et les très bons se prennent pour des génies – et s’ils ne vendent pas, pour des génies incompris. Il n’y en a pas un pour se trouver moyen – c’est même la seule chose que partage le grand écrivain et l’écrivain médiocre : la certitude de leur indéfectible valeur.
Ici en bref




Les précédents de François-Henri Désérable



Mon Maître et mon vainqueur – L’usure d’un monde : Une traversée de l’Iran- Chagrin d’un Chant Inachevé –
Informations pratiques

Le Palais de François-Henri Désérable
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Éditeur : Gallimard X: @Gallimard et Instagram : editions_gallimard – Facebook
Parution : 20 août 2026 – EAN : 9782073159212 – Lecture en août 2026

critique si attirante et alléchante que je lirai ce livre. Bravo et merci
Pas pour moi, je ne m’intéresse pas au vin. Bonne journée
J’apprécie le bon vin, et cette histoire pourrait bien me tenter !
Merci pour cette découverte, je ne connais pas l’auteur (mais il y en a tellement)…
Si le thème du vin ne me parle pas, la manière dont il sert de prétexte à offrir une critique sociale aiguisée, lui, me plaît beaucoup. Je le note pour moi mais aussi pour mon père qui devrait apprécier autant la critique que la plongée dans un monde du vin sur lequel il aime à se renseigner.
Je n’y connais rien en vin Mais cela pourrait me tenter quand même!
[…] Le Palais de François-Henri Désérable : le vin comme miroir du monde […]