
Thélyson Orélien propose avec C’était ça ou mourir, le récit de l’exil de Jonas Dorkéon, professeur d’histoire et géographie, obligé de quitter Haïti en raison de bandes armées qui prennent progressivement possession du pays. Son périple va l’amener de pays en pays jusqu’à ce qu’il puisse se poser enfin au Canada.
« J’ai décidé de fuir. Pas pour devenir riche, ni pour vivre mieux. Juste pour vivre. Point. »
La guerre fait fuir Jonas de chez lui, en emportant son diplôme, un slip propre, une photo de sa mère et un carnet où il avait écrit ses poèmes. Son récit pourrait n’être que triste et désespérant, tant le voyage fut rude et difficile jusqu’à sa destination finale. Seulement le héros de Thelyson Orélien est un faiseur d’histoires pour qui chaque rencontre devient l’occasion de réfléchir au sort du narrateur, à la vie des migrants et à un monde qui n’est pas vraiment prêt à les accueillir.
« (…) Parce qu’on ne part pas quand on veut : on part quand on ne peut plus rester. »
Malgré la rudesse de la condition de cet exil, Thélyson Orélien introduit un fil rouge : le rire. « J‘ai ri, parce que je savais que, si je ne riais pas, j’allais hurler, me pisser dessus, ou courir droit vers une balle, pour en finir une fois pour toutes et j’étais trop lâche pour mourir dignement« . Le rire comme dernière dignité lorsqu’il n’y a plus rien ! Le rire triste pour dire la solidarité, malgré le désespoir. Celui qui retentit lorsqu’il s’agit de pleurer. Mais le plus attendrissant reste celui de l’enfant qui dans son sommeil rit joyeusement, tout simplement, même sous une tente où des dizaines de personnes essayent de s’endormir.
Pourtant le périple de Jonas est difficile et complexe. Seulement, son regard a la lucidité de cœur. Lorsqu’il raconte ses rencontres, son attitude garde malgré sa propre désespérance une empathie envers ses compagnons d’infortune, envers les leçons de vie qu’il retire de toutes ses expériences.
« Les survivants doivent porter les récits des disparus. »
Et c’est l’enjeu de C’était ça ou mourir, rendre compte de ces vies brisées, des disparus, de ceux qui n’arriveront jamais là où ils avaient prévu de fuir. Raconter, par exemple, ce bébé bleu, sorti du ventre de sa mère quelques minutes plus tôt et qu’elle laisse sur une pierre avant de continuer sa fuite. L’écrivain entremêle ces récits récoltés auprès de migrants pour rendre hommage à tous ceux qui ont vécu l’embarcation sur une mer démontée, la jungle suintante, le bus bondé, et les centres d’accueil. Pourtant, le Canada est accueillant par rapport à la France.
« Quand le corps ne parle plus, le cœur devient fantôme. »
Douze mille kilomètres plus tard, Jonas Dorkeon porte un autre nom et a enfin des papiers. Il peut remiser son sac Carrefour en plastique dans un coin. Malgré les peurs, la précarité, la violence physique et psychologique, les incertitudes liées à l’exil, C’était ça ou mourir est le témoignage que la condition de migrant est aussi une tentative pour préserver son humanité.
Thelyson Orélien, originaire de Haïti, est journaliste et poète au Canada. Lui aussi est arrivé au Canada après le tremblement de terre de 2010, mais en avion pour rejoindre sa famille. Pour ne pas oublier tous les gens rencontrés, alors, il faut écrire. Pourvu que notre regard sur ces hommes et ces femmes puissent vraiment changer. Si la littérature peut avoir un pouvoir, ce peut-être celui-ci. Je veux l’espérer !
Pourquoi le lire ?
Parce que C’était ça ou mourir donne un visage et une voix à celles et ceux que l’on réduit trop souvent au mot « migrants ». À travers le périple de Jonas Dorkéon, Thélyson Orélien raconte la violence de l’exil et aussi la solidarité, l’humour et cette volonté farouche de rester humain malgré tout. Un récit nécessaire, bouleversant sans jamais renoncer à l’espoir.
Puis quelques extraits

Coupable d’être encore en vie, encore debout, encore lucide. Parce que la lucidité est un poison quand elle ne sert à rien.
Il avait un rire sec, grinçant. Le rire des gens qui savent que le ridicule est le seul luxe gratuit qui leur reste.
Un migrant qui passe une frontière, et c’est comme un serpent qui se glisse sous un tapis. Sa ronde ça tremble ça prie, ça… et à la fin soit il ressort vivant soit il reste écrasé sur la semelle du monde.
Les Occidentaux ne voient pas que le sourire est un camouflage, que derrière chaque rire il y a une fatigue millénaire. La République dominicaine vend du bonheur au kilo. Et nous, nous le fabriquons sans jamais y goûter. Parfois, je me dis que ce pays est une métaphore du monde. ll y a les plages pour les uns, les frontières pour les autres. Les cocktails pour les uns, les machettes pour les autres. Les chants pour les uns, les silences pour les autres.
Ce qu’il mettait en mots, ce n’était pas la peur de mourir – on l’avait tous déjà apprivoisée. C’était une peur plus radicale encore : celle de disparaître sans trace, de s’éteindre sans témoins, d’être rayé du monde sans même laisser une rature.
Ici, on pleure pour un chien, mais on soupçonne l’étranger. Un chien recueilli est une belle histoire. Un réfugié est une charge budgétaire.
Ici en bref




Du côté des critiques : Télérama
Informations pratiques

C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Prix Méduse 2026
Éditeur : Éditions Grasset – X : @EditionsGrasset Instagram :@editionsgrasset – Facebook
Parution : 19 août 2026 – EAN : 9782246847069 – Lecture en août 2026

Celui-ci, je veux absolument le lire. Tu as vu certainement qu’il fait partie de la première sélection du Goncourt. 😀
Oui, Goncourt et Goncourt des lycéens. Hier à la Grande Librairie, il était, semble-t-il, très impressionné, son trac était très perceptible ! C’est un très bon livre de littérature !
Il a l’air très fort!
C’est un excellent roman très poétique !
Je ne suis pas loin de ceder malgre le tapage autour de livre. Extraits tres convaincants. Merci pour ton avis.
Hier à la Grande Librairie, il était très impressionné mais son roman est la nouveauté de cette rentrée littéraire, sélectionné pour le Goncourt et celui des lycéens. Je crois bien qu’il est à découvrir !
Ce roman semble magnifique sur un sujet bien actuel. Je le note. Bonne journée
Je crois en effet qu’il est à découvrir ! Bonne continuation !
Un roman qui a l’air bouleversant et très humain dans le traitement du sujet.
Oui, tu as raison et poétique. Un incontournable de cette rentrée littéraire !
oui, ta critique me fait le noter car l’humanité dépasse l’horreur de sa situation et son témoignage n’est pas fait pour apitoyer ou alerter, c’est un homme qui raconte.
Oui avec beaucoup de dignité et de poésie !
[…] C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien : le rire pour survivre à l’exil […]
Bonjour Matatoune, ce livre semble magnifique. Les extraits me plaisent beaucoup. Je note ! Merci pour cette chronique. Bonne journée 😊
C’est un roman qui se distingue des autres de cette rentrée littéraire par son humanité et les récits terribles qu’il nous raconte.