
Carnet d’un voyage entre amis dans la Troade ou essai sur l’Iliade ou encore une méditation sur les guerres qui animent les peuples, La guerre éternelle, d’Olivier Rolin est tout ça à la fois. »J’ai vu, je crois en la destruction de Troie l’archétype de beaucoup de guerres qui ont mis à sac, depuis l’antiquité, les lieux où l’humanité trouvait son séjour. » Ce récit, l’auteur le dissèque pour nous conter son retentissement tout au long des trois millénaires que notre histoire couvre depuis le drame du cheval de Troie.
La lecture se laisse décanter par la méditation et la réflexion. De nombreux conflits se sont soldés par un siège (pour la ville de Troie, neuf ans) qui aboutit à l’asservissement de la population. Les images suscitées par les chants d’Homère se superposent à celles qui inondent notre quotidien. Cette mise en relation est vertigineuse, elle marque notre humanité, dans toute sa cruauté. Et la beauté de la langue d’Olivier Rolin n’apaise pas le sentiment d’horreur ressenti. Sommes-nous, humains, condamnés à reproduire ces comportements meurtriers ?
« … la mère de toutes les guerres, celle de Troie. »
Mais, l’Iliade est-elle œuvre de fiction ou réalité romancée ? « Les innombrables commentaires, études, exégèses qui depuis des siècles, ont à la fois découvert et recouvert Troie et l’Iliade oscillent entre les positions extrêmes du « tout est vrai » et du « rien n’est vrai, tout est fiction ». Olivier Rolin résout le dilemme : « C’est un mythe qui est enterré là, au milieu de sa horde d’histoires, dans les broussailles. »
Olivier Rolin relie l’histoire de Troie, ville suppliciée par les viols des femmes, comme d’autres avec un nettoyage ethnique comme fut Dresde, Hiroshima, Sarajevo, Srebrenica, l’Ukraine et évidemment Gaza. « La guerre, c’est pour prendre des femmes. » Pourtant, le style de l’auteur est mesuré et ne renchérit pas sur la violence qu’il dénonce.
La guerre éternelle d’Olivier Rolin est une pérégrination historique, sociologique, artistique d’un érudit, écrite de façon très accessible dans un style fouillé mais très agréable, aux innombrables références.
Puis quelques extraits

La chute de Troie, c’est aussi la fin de ce qu’on aime.
Car ce qui se déploie aujourd’hui avec une force irrésistible, ce n’est pas, banalement, la vie qui bientôt va continuer sans moi, c’est un monde entièrement nouveau, un monde brutal qui a sans doute ses beautés mais surtout ses anges, immenses, et qui en tout cas condamne à la ruine et à l’oubli tous les anciens usages de celui où j’avais ma demeure.
La seule différence avec les scènes antiques, c’est qu’à présent il y a les réseaux sociaux, sur lesquels on peut revendre son butin, plus ou moins cher selon que les filles sont belles ou non, vierges ou non, les prix se discutent comme celui d’une voiture d’occasion, le prix d’une fille de treize ans neuve peut monter jusqu vingt mille dollars.
(j’évoque souvent les coquelicots, gelincik en turc, parce qu’en cette saison il y en a partout en Troade, et que c’est une joie de voir cette fleur fragile et éclatante que les pesticides ont presque fait disparaitre du paysage chez nous).
Les vestiges de trente-cinq siècles sont entassés sur le petit territoire de cette colline : je ne sais pas s’il existe ailleurs dans le monde un si vertigineux précipité de temps mêlés.
Les langues sont comme les villes, viennent un jour où elles ne sont que ruines.
Et, encore,
Détruire une ville, c’est détruire ce qu’il y a de plus profondément, diversement, historiquement, magnifiquement humain dans l’humanité.
L’Histoire se conjugue au futur antérieur.
Détruire une ville, c’est détruire ce qu’il y a de plus profondément, diversement, historiquement, magnifiquement humain dans l’humanité.
Lire, aimer lire, aimer la littérature, c’est accueillir en soi, librement, toutes les rêveries qu’elle suscite, tout le tintamarre d’échos que ses mots font lever. Tout grand texte est une machine à voyager, à divaguer dans la littérature. (…) C’est comme ça. Tout vrai lecteur est un oiseau migrateur.
Je crains de n’avoir plus l’occasion, ni même l’envie de retourner jamais à Moscou.
Lire, aimer lire, aimer la littérature, c’est accueillir en soi librement, toutes les rêveries qu’elle suscite, tout le tintamarre d’échos que ses mots vont lever. Tout grand texte est une machine à voyager, à divaguer dans la littérature.
Ici en bref



Du côté des critiques : Le Monde
Informations pratiques

La Guerre éternelle d’Olivier Rolin
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Sélection au prix Goncourt, Renaudot, Académie française et Le Monde
Éditeur : Gallimard X: @Gallimard et Instagram : editions_gallimard – Facebook
Parution : 20 août 2026 – EAN : 9782073121349 – Lecture en octobre 2026

Je vais le noter pour mon fils. Je pense que ça pourrait l’intéresser. C’est son genre de lecture, il me semble.
Alors, bonne lecture à ton fils ! Un essai romancé important où nos mythes deviennent des fresques médiatiques.
Un livre qui a l’air passionnant. En plusieurs millénaires l’Homme n’a pas changé d’un iota. Cette constance dans l’infamie est désolante. Bonne semaine
Rien à dire après ton commentaire ! Excellente continuation
Bonjour. Belle chronique et beaux extraits sur un sujet douloureux. Je n’ai encore jamais lu cet auteur, pourtant connu.
Merci, belle journée à toi Matatoune
De multiples références, un style accessible et un sujet mythique ! Excellente continuation !
[…] La Guerre éternelle d’Olivier Rolin: de Troie aux conflits d’aujourd’hui […]
J’avais déjà repéré ce titre sur un blog, et je l’avais noté. Pas pour tout de suite, mais c’est un des récits de la rentrée que j’ai très envie de découvrir.
Oui, il faut du temps, il se déguste lentement !