L’inconnue du quai de Javel : Philippe Jaenada face au féminicide

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L’inconnue du quai de Javel de Philippe Jaenada est son septième roman, sélectionné par des jurys de prix prestigieux en cette rentrée littéraire. Peut-être est-ce la raison pour laquelle je me suis montrée plus critique, peut-être. Je l’ai lu après sa sélection par le Goncourt et par le Renaudot et déjà récompensé par le prix Brassens. Que dire de plus après tant de chroniques qui en disent du bien, et le disent bien, à l’image de celle du blog Coquecigrues et ima-nu-ages. Alors, tentons un pas de côté…

Louise Cansot est née le 30 mai 1920 à Tréguier. Elle fait partie de cette génération qui quitte la province, en l’occurrence, la paysannerie, pour tenter sa chance à Paris. On retrouve les mêmes ancêtres dans nos généalogies.  Car, cette Bretonne quitte la pauvreté pour espérer changer son destin, attirée par les couleurs de la ville.

Elle meurt à 29 ans sur un quai de Paris en laissant orpheline une fillette de quatre ans. À seize ans, lorsqu’elle quitte ses parents (1936), elle commence comme bonne puis entre dans le monde de la nuit, abandonne son prénom pour Lise, rencontre les peintres qui font d’elle un modèle apprécié. La jeune fille aux cent peintures des peintres de Montparnasse devient assez rapidement la jeune femme délaissée qui, lorsqu’elle abuse de l’alcool, continue à se perdre.

Roi des généalogistes

Philippe Jaenada est le roi des généalogistes amateurs ! Familier de Gallica comme peu le sont, visitant de manière obsessionnelle les archives, départementales et nationales, il exhume des feuilles abîmées et jaunies que nul n’a dû effleurer depuis des années. C’est remarquable car il n’est pas historien. Et, ainsi, à son image, on peut croire à la facilité des recherches sur le passé.

Mais ce fait divers, Philippe Jaenada le triture, le remâche dans tous les sens et semble le régurgiter pour s’y abreuver de nouveau. J’avais eu l’occasion de m’apercevoir de son style, si particulier, avec La Serpe.

Philippe ou Jules

Ce qui m’a attirée pour celui-ci, c’est le rapprochement avec Maigret, figure emblématique de Simenon. Ai-je cru à un essai ? Peut-être ! À vrai dire, Philippe Jaenada se compare tout le temps à l’incomparable commissaire. Certes la stature, l’attrait pour l’alcool (lui, le whisky, Maigret le verre de vin blanc et, en plein été, de petite(s) anisette(s), quelque chose dans la bouche (pour l’un, vapoteuse, pour l’autre la pipe) font qu’on pourrait les confondre. Et l’auteur s’en amuse avec délice.

Mais la différence apparaît en cherchant la femme. Heureusement, Madame Fath, Anne-Marie pour les intimes, compagne de l’auteur, est beaucoup plus féministe que son double, Madame Maigret, dont le prénom ne fut révélé que dans Les Mémoires de Maigret, la très, trop, discrète Louise. Comme dans tous ses romans, des lignes assez savoureuses divertissent ses digressions.

Féminicide, avant que le mot existe

Seulement, voilà, Philippe Jaenada traite le féminicide de Louise Cansot comme un homme de soixante ans – et croyez-moi, j’ai toute l’expertise pour en parler. À aucun moment, je n’ai été bouleversée par les mots qu’il pose sur ce meurtre. Certes, il en a été ému, fort heureusement. Mais on ne sent pas sa révolte et son dégoût devant de tels comportements.

Car, cette jeune femme se met en danger pour avoir pensé, voulu, espéré, offrir à l’enfant qu’elle pensait porter un foyer équilibré. Il parle bien d’avortement clandestin, de femmes battues, d’alcoolisme et de précarité, mais, de façon très modérée et c’est vraiment dommage. À aucun moment, j’ai senti sa colère, sa rage à dénoncer un meurtre qui encore aujourd’hui fait la une de nos médias et qui pour ma part, ne cesse de me révolter.

Néanmoins, Philippe Jaenada a évidemment le mérite de donner une identité et une postérité à une femme retrouvée morte sur un quai. Et, franchement, c’est déjà très bien !

Puis quelques extraits

Les exemples sont innombrables, dans presque tous les Maigret, la poitrine définissait une femme comme son âge ou la couleur de ses cheveux, La femme était avant tout une poitrine,

« Dans les rapports de Maigret, il y a surtout des parenthèses. » « Probablement parce que je veux trop expliquer, tout expliquer, que rien ne me paraît simple ni résolu. » (Mon ami. Mon frère !)

 » Joue à Maigret, si ça t’amuse, mais que ce soit clair tout de suite, tu me laisses tranquille, avec madame Maigret. »

Ici en bref

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La serpe

Informations pratiques

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L’inconnue du quai de Javel de Philippe Jaenada

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Éditeur : Flammarion – X : @Ed_Flammarion  – Instagram : @flammarionlivres Facebook

Parution : 12 août 2026 – EAN :  9782080490896 – Lecture en septembre 2026

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2 commentaires

  1. J’ai l’intention de le lire. Je reviendrais mieux lire ton billet. J’aime le plaisir de la decouverte

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