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N’efface pas mes cercles: Emma Marsantes face aux traumatismes familiaux

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Emma Marsantes a bien du talent pour évoquer sa généalogie jusqu’au moment crucial qui l’absorbe entièrement et qui justifie cet ouvrage : Pour qu’une voie à tout jamais se taise !

De Pornic, en 1907, avec Émile Bratard, « chef d’entreprise de génie », le patriarche de la famille à Marguerite sa grand-mère, l’enquête généalogique s’établit rapidement en les mettant en situation. À Sète, Joséphine et Edmond, est un couple prometteur fauché dans le bonheur. Noémie accueille sans jamais donner. Voici quelques photographies avec lesquelles Emma Marsantes fait fiction. Elles sont disséminées et ornées de mots sépia choisis avec application.

L’attention d’Emma Marsantes se porte sur Elsa, la mère de Mia, « héritière de la Pietà (Marguerite) et du lieutenant défroqué (Alexandre)« . Aux Grands Hôtels des Messageries, Elsa est « une immense promesse, immédiatement baptisée de quelques sept prénoms, Marie, Jeanine, Louise, Marguerite, Thérèse, Berthe et Zélie. » Seulement, « De la douleur se repaisse les âmes, et la souffrance va envahir son cœur, car pour elle, à son tour, c’est la guerre. »

Mais, tout d’abord un père qui revient de la sienne : « Il revient méconnaissable. Il est devenu cet animal irascible terré, alors que la plus grande poche de résistance s’organise.(…) Des communistes, des extrémistes, des anarchistes, tout héroïsme lui répugne. Il veut la paix, il veut sauver sa peau trouée.« 

Une voix à taire

Celle dont il faut taire la voix porte la répétition des traumatismes que sa généalogie révèle : l’emprise du patriarcat, le nécessaire silence et la mise en sommeil des désirs pour servir toute une vie l’intérêt d’une classe et des hommes. Leur seul moyen d’en finir, c’est le suicide.

Troisième roman d’Emma Marsantes sur la vie de Mia, qu’elle présente comme un double. L’autrice écrit sous pseudo et je découvre son écriture avec « N’efface pas mes cercles« .

Son style est court, presque haché,  brut mais terriblement addictif et fortement poétique. Son enquête établit une filiation étonnante jusqu’à la préciser par son vécu. Beaucoup de talent dans ce roman qui m’a tenue en haleine du début à la fin.

Puis quelques extraits

Les morts sont-ils morts ? Apparemment, tant qu’on n’en parle pas.

L’oubli est la partie visible de l’inceste. Le crime ne s’arrête pas la, mais la potence fait diversion. Qui soupçonnerait les enfants ?

C’est une petite fille qui devient mère à neuf ans. Berthe lui parle de l’invisibilité des femmes qui possèdent le sang; c’est leur force, c’est leur pouvoir. Sentiments, assentiments, sens et sang, tels sont les homonymes du mot femme. Sentir, ressentir, être sensible, et supporter le sang. Le sang rouge et avare laisse les hommes sans voix. Il s’agit de ne pas en parler. Chez les hommes, on ne saigne pas.

Ils se marient. Voilà la paire. Ils s’aiment. Ils n’en ont plus jamais démordu. IIs s’encouplent. Ils s’agenouillent devant l’autel, nimbés de leur chagrin d’enfants, deuil contre deuil, deux innocents au bord des larmes, avec pour sédiment la nostalgie, la perte, le goût humide des caveaux de famille.

Convoqués pour date de naissance. Promotion Guerre mondiale.

Et, encore,

Soldats. Ils partent. Soldats, ils reviennent. De force. Ils ne se sont pas engagés, la guerre ne dit rien d’eux. Ils sont aspirés. Les uns, les autres, les charnus, les musculeux, les graves, les légers, ceux qui en plaisantent, ceux qu’elle terrifie, les courageux, les téméraires, les exaltés, les timides, les inconscients, les sidérés, les résignés, les pacifistes, les lâches, en masse, ils y vont. Ils se sont couchés la veille dans leurs draps de tous les jours, entre les murs de tous les jours, rideaux de grosse toile, de lin, ou de satin, chambre d’enfance ou chambre de vagabond, hospitalière ou tanière misérable, ils étaient chez eux, ils ont dormi, ils n’ont pas pu dormir. Ils se sont rhabillés pour ouvrir la fenêtre et sentir la nuit autour d’eux, ils sont sortis faire un tour, ils ont essayé de lire. Ils se sont recouchés en boule, comme des animaux craintifs, ou ils ont bu, ils ont infiltré leurs veines d’alcool, ils ont fumé, bravaches, ils ont discuté jusqu’à l’aube. Ils se sont perdus dans les cuisses de quelque partenaire, de l’amour de leur vie, ou d’une rencontre fortuite, ou rien. Ils sont restés allongés sur le dos comme sur une carapace, à contempler le plafond sans le voir, vides, stupéfaits, parce que c’est demain. Pour tous, c’est l’heure.

Et, encore, encore

Crise cardiaque, syndrome du cœur brisé. Pour ceux qui croient encore qu’on ne peut pas mourir de chagrin.

Ce sont des heures sans importance, des heures qui trottinent au ras du sol, des heures qui rient, une mélodie hésitante, un morceau de piano, des arpèges portés par une voix de femme, ou bien des heures qui crient, une chaise qui tombe, une dispute qui commence…

Les expats ignorent l’Histoire, vêtus de blanc de pied en cap, et préfèrent sortir danser.

Ici en bref

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Du côté des critiques : Le Monde

Informations pratiques

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N’efface pas mes cercles d’Emma Marsantes

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Éditeur : Verdier – X : @EditionsVerdier – Instagram : @editionsverdier – Facebook

Parution : 9 janvier 2026 – EAN : 9782490834242 – Lecture en janvier 2026

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