
Comment se met en place le pouvoir absolu d’un homme ? Avec Le bal des foudroyés, Camille Pascal raconte l’arrivée au pouvoir du jeune Louis XIV, vingt-deux ans, au décès de son parrain, le cardinal Mazarin. Avec sa mère, Anne d’Autriche, il avait assuré la régence. Le roman raconte sa prise de pouvoir assurant par un premier coup d’éclat la prise en main de son royaume.
En effet, orphelin de père depuis l’âge de quatre ans et demi, toute son éducation l’a préparé à son rôle de représentant de Dieu à la tête de la France. Il est habitué à ne trouver personne sur son chemin, en réalité, à cacher son soleil.
Immergé au cœur de cette cour, servile et obséquieuse, le lecteur goûte les influences diverses, les intrigues, les bassesses qui vont aboutir à la chute du surintendant Nicolas Fouquet. Il avait pour devise « Quo non ascendet », qui signifie « Jusqu’où monterait-il », avec les armes d’un agile écureuil.
Un pouvoir absolu
En deux parties, Le bal des foudroyés expose des personnages historiques, des lieux identifiés, et une finalité sans surprise. Et pourtant, grâce à une langue accessible, précise, recherchée et même ampoulée pour coller plus justement à l’époque, ce roman se lit avec beaucoup de plaisir. La légère ironie en filigrane ajoute une saveur particulière à ce moment de lecture agréable.
L’absence de contradiction, la servilité des conseillers, l’incarnation d’un droit divin, et le savoir : Camille Pascal détaille cette toute-puissance, semblable à celle de l’enfance, mais plus âpre, plus acerbe, plus vindicative et aux conséquences innombrables pour ses obligés.
« Je ne veux plus désormais de surintendant et je prétends administrer mes finances moi-même et avec une telle économie et une si juste dispensation que j’espère dans peu me mettre en état de soulager mes peuples au-delà de ce qu’ils pouvaient espérer, en même temps faire payer à chacun ce qui peut être légitimement dû, et même récompenser abondamment ceux qui m’ont fidèlement servi, en sorte que j’obligerai tout le monde à bénir mon administration et mon règne… »
Aujourd’hui, un soi-disant président salue ses collègues en affirmant, sans rire, « je suis le patron« , plus direct mais de la même veine !
En filigrane du roman Le bal des foudroyés, Camille Pascal met l’accent sur l’enrichissement des notables alors que « l’on suce la moelle du peuple« . Il crie famine, asphyxié par des impôts énormes. Les descriptions des richesses, des tenues et des demeures restent stupéfiantes, tant je n’imaginais pas d’une telle ampleur, le vol pratiqué par une haute bourgeoisie dirigeant l’État. Cette critique sociale est une constante tout au long du livre.
Immersion réussie dans le Grand Siècle
Camille Pascal soigne le portrait de ce jeune roi, présenté comme agréable et attentif à faire cesser l’enrichissement d’un petit nombre. Mais, bien sûr, ses véritables intentions sont d’empêcher d’autres que lui, de s’enrichir. Ce personnage complexe a aussi une face sensible, en appréciant les arts, et notamment la danse, même s’il aime certainement plus être en représentation.
Sous-jacente, Camille Pascal rapporte la réhabilitation de la noblesse sur la bourgeoisie, « le rang et le sang » sur les parvenus, « tous les bonnets carrés » que la Fronde avait mené au firmament des affaires.
Quel plaisir de découvrir les descriptions des jeux galants organisés par le roi, la représentation de L’École des maris au château de Vaux Le Vicomte, à Fontainebleau, le Ballet des saisons, où Louis XIV interprète la blonde Cérès. Mais, pour finir, Camille Pascal offre le récit de la fameuse fête à Vaux Le Vicomte, honorée par la cuisine de Vatel, les vers d’un certain La Fontaine, et la moins-disante impréparation du comédien et metteur en scène Molière qui fit sourire le roi.
Bien sûr, on connaît la fin, l’arrestation de Nicolas Fouquet par d’Artagnan.
Alors comment ne pas faire le lien avec ce qui se passe ailleurs actuellement ? Museler les oppositions reste le moyen le plus plausible pour asseoir son pouvoir. Un scénario qui est appliqué dans un groupe, une entreprise, un pays et même dans une famille. Alors, Le bal des foudroyés de Camille Pascal est riche d’enseignements politiques tout en contant un épisode historique important, celui de la reprise en main de l’État français par un roi qui, en concentrant tous les pouvoirs entre ses mains, contribue, à long terme, à faire émerger les conditions qui mèneront à la République.
Pourquoi le lire ?
Parce que Le bal des foudroyés ne raconte pas seulement l’arrivée au pouvoir de Louis XIV : il montre comment se construit un pouvoir absolu, comment il s’entoure de courtisans, écarte ceux qui pourraient lui faire de l’ombre et transforme peu à peu l’État en instrument de sa volonté. Camille Pascal restitue avec précision les jeux d’influence, les ambitions, les rivalités et les compromissions qui accompagnent cette prise de pouvoir.
Et si l’Histoire est connue, elle n’en demeure pas moins étonnamment actuelle. Les mécanismes du pouvoir, la concentration de l’autorité, l’enrichissement d’une minorité et surtout la nécessité de faire taire les oppositions traversent les siècles. C’est sans doute ce qui rend ce roman particulièrement intéressant : en racontant Louis XIV, Camille Pascal nous invite aussi à regarder notre propre époque.
Remerciements
Aux éditions Robert Laffont et NetGalleyFrance
Puis quelques extraits

Mazarin, si pingre d’habitude, savait se montrer d’une folle prodigalité envers sa famille, et talonné par la mort il était décidé à ne pas lésiner.
Plutôt que de camper le décor de ces bergeries dont raffolaient les salons précieux, la campagne offrait le spectacle désolant de paysans réduits à manger des glands comme des pourceaux et à disputer aux charognards les cadavres des bêtes.
Il fallait que le Seigneur fût bien en colère contre les péchés du monde pour contraindre un pauvre enfant à se mordre les mains jusqu’au sang dans le seul but de tromper sa faim, ou laisser des familles entières brouter l’herbe des prés et boire avec délice l’eau de morue salée que l’on jette d’ordinaire à la voirie.
Une nouvelle pluie de bienfaits s’abattait donc sur sa parentèle, cette fois sous la forme d’une distribution générale ; l’argent liquide ruisselait, les pierres fines roulaient, l’argenterie au poids, les tapisseries précieuses à I’aune, des chevaux et leurs harnais de prix, des équipages rutilants, des statues antiques d’une valeur inestimable, les terres, les droits, les péages, des forêts entières.
Le roi empruntait ainsi son propre argent à des taux usuraires, et ses peuples payaient la différence. Ce que Mazarin oubliait de dire, c’est que, pendant des années, il avait agi de même pour devenir, par le jeu de montages inextricables, le premier financier du royaume, faisant sans cesse fructifier les détournées. C’était là l’origine de son extravagante fortune et la raison pour laquelle il refusait catégoriquement qu’il fût fait une description de ses propres biens et surtout un inventaire de ses papiers. Les preuves de sa malhonnêteté proverbiale devaient être enterrées avec lui.
Et, encore,
Autoriser Fouquet à mettre directement son nez dans l’entrelacs revenait à le livrer, ni plus ni moins, pieds et poings liés à son pire ennemi. Une fois le cardinal passé ad patres, le roi, qui n’était pas si sot qu’on aimait à le croire, finirait par demander des comptes ; il faudrait trouver des coupables, les rançonner avant de les pendre haut et court, afin que le peuple, après avoir longtemps crevé de faim, puisse enfin pleurer de joie.
Sa dernière ambition avait été de devenir pape, et c’est à cet effet que des montagnes de pièces d’or dormaient dans ses coffres : elles devaient lui permettre d’acheter les votes du Sacré-Collège.
À partir de ce jour, plus aucun d’eux, pas même le chancelier de France, ne serait membre de droit de son Conseil, car il leur faudrait pour cela y être chaque fois conviés. Quant aux ministres d’État, ils ne recevraient plus de brevet de nomination les assurant de jouir de leurs fonctions : seule sa volonté les élèverait jusqu’à lui ou les renverrait à l’obscurité dont il les avait tirés. En quelques heures, le jeune roi venait de faire sauter tous les verrous que la tradition, la prudence et la vigilance féodale avaient patiemment opposé à la puissance souveraine.
Exaspéré par ces finasseries d’étiquette auxquelles il n’entendait rien, l’officier changea de ton et se montra menaçant, comme un mousquetaire peut l’être avec un robin.
Ici en bref




Questions pratiques

Le bal des foudroyés de Camille Pascal
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Éditeur : Editions Robert Laffont – X : @Robert_Laffont Instagram :@robert_laffont – Facebook
Parution : 27 août 2026 – EAN : 9782221280263 – Lecture en juin 2026

Ce roman a tout pour me plaire, je le note. Bon week end
Il m’intéresse beaucoup cet essai sur Louis XIV. Et la comparaison avec les dirigeants actuels est édifiante.
Dans le roman que je suis en train de lire, il y a une phrase qui s’adapte exactement.
« Le passé/ l’histoire nous sert à construire l’avenir ». Sachons comprendre ce qui s’est passé autrefois pour en tirer les leçons pour le futur.
Louis XIV m’intéresse beaucoup car il est passé dans mon village !
Merci pour ton article ! Bon week-end.
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