
Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer est le troisième roman de Lucie Rico. Avec humour, l’écrivaine traite de sujets très actuels lors de cette rentrée littéraire. Seulement, elle le fait de façon détournée ce qui renforce leur impact et les aborde avec beaucoup de pudeur.
Plus de point, plus de A, plus de U et une phrase dont on ne sait pas la suite.
Jennifer est secrétaire. Son travail consiste à transcrire pour une entreprise les comptes rendus de réunion. Là, elle doit écrire les négociations concernant le licenciement d’une forte proportion de salariés. Le travail est attendu pour engager la procédure. Seulement, Jennifer prend trop de temps pour trouver le point et le copier-coller à chaque fin de phrase. Alors, lorsque les touches du A et le U deviennent inopérantes sur son clavier d’ordinateur, elle ne peut plus écrire « trauma ». Et là tout se dérègle !
Ce simple mot renvoie à une image que sa mémoire avait oubliée : « Devant Autant en emporte le vent, Vivien Leigh et Clark Gable vont s’embrasser quand quelqu’un appuie sur pause et…. » Et là, c’est le noir complet. Cette scène la renvoie à son enfance.
De graves sujets
Lucie Rico choisit l’humour pour traiter le sujet très difficile de la mémoire traumatique. Elle le décrit avec beaucoup de précisions, et également de discrétion.
Évidemment, sa narratrice se heurte à une famille attachée à son secret et qui fait tout pour l’éloigner de la vérité. Là, encore, c’est habile et très justement décrit de la part de Lucie Rico. Pour se « protéger », la famille invoque les mensonges et même la folie.
Pour lever ses trous noirs, la narratrice recourt à la reconstitution. « L’idée de rejouer le passé devenait concrète, elle donnait une perspective à ma phrase inachevée« . Alors, Lucie Rico décrit très précisément le vide existentiel que vit la personne.
Mais surtout, en prenant le langage comme métaphore, Lucie Rico invente de façon très originale un lien étroit entre mémoire, traumatisme, secret de famille et l’écrit.
Lucie Rico ravit avec des sujets extrêmement graves. Son roman Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer est brillant, inventif et plaisant !
Pourquoi le lire ?
Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer séduit par son dispositif original et son humour décalé. Lucie Rico aborde avec finesse la mémoire traumatique, les secrets de famille et les blessures de l’enfance. Un roman inventif qui joue avec le langage pour dire l’indicible.
Puis quelques extraits

Ma peur du manque se nourrissait de faits concrets mais hypothétiques, de l’idée qu’un jours tous s’arrêterait. La nourriture, par exemple, mais aussi l’attention, l’amour, l’électricité, la voix de quelqu’un dans la pièce d’un côté.
Pourquoi mon cerveau ressort une phrase d’un film de 1939, un souvenir sans date, une honte fraîche de mardi dernier comme si cétait la même chose?
C’est Marie qui m’avait dit : « J’ai plein de fils à la fois dans le cerveau, ça fatigue », ou ce n’était pas elle ?
L’objectif de la reconstitution est de constater in situ si la version du mis en cause est compatible avec la réalité du terrain. L’opération peut durer longtemps, car si des témoins se sont manifestés ou si la victime a survécu, la scène doit être rejouée autant de fois qu’il en existe de versions.
Cette fois, il n’y en aurait qu’une.
Mon grand-père était mort, j’avais eu sept appartements, cinq boulots, pris deux longs, casé trois ordinateurs portables, remplissier carnet de listes de choses à ne pas oublier, accumuler des factures, beaucoup d’amants et d’amis, fait sept ans d’études, mais ici tout était comme avant.
Et encore
Tant que la phrase n’était pas entière, tant que je ne savais pas exactement ce qu’elles avaient si peur que je découvre, je restais vulnérable.
Ma phrase, ce n’était pas un souvenir. Ma phrase avait duré toute l’enfance.
Ici en bref




Du côté des critiques : Le Monde
Informations pratiques

Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer
de Lucie Rico
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Éditeur : P.O.L – X : @editionsPOL Instagram : @editions_pol – Facebook
Parution : 20 août 2026 – EAN : 9782818060636 – Lecture en septembre 2026

Lu mais pas encore chroniqué J’ai beaucoup aimé!
Très bien construit et raconté avec un certain humour
Le titre intrigue ! La mémoire traumatique est un sujet qui m’intéresse beaucoup d’autant qu’il semble ici abordé de manière originale.
Tout à fait ! Dans cette pléthore de romans sur la mémoire traumatique, celui-ci est très particulier !
J’aime beaucoup le titre original de ce roman. Me voilà tentée.
J’attends avec hâte ton retour !
[…] Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer : quand les mots réveillent la mémoire […]