
En partant d’un vase brisé, Yannick Haenel raconte, dans son nouveau roman, La solitude des professeurs est infinie, l’Éducation nationale au milieu des années 90. Ce sont les assassinats de Samuel Paty et de Dominique Bernard qui ont ravivé le souvenir de ces années. Pourtant, plutôt que de parler d’abandon de l’institution, l’écrivain oppose l’importance de la littérature.
Après l’épiphanie de sa première année en tant que professeur stagiaire, tout est bouleversé lors d’une soirée que le héros ne pourra jamais oublier. Tout se disloque et cela pendant de nombreuses années : sa passion de la transmission, son rapport aux autres, ses relations avec les femmes. Bref, Jean Deichel, le double de Yannick Haenel, est confronté de façon durable à La solitude des professeurs est infinie.
« Il y a une vérité qui vient des mésaventures ; à leur manière, elles aiguisent l’humour et ridiculisent le confort. «
Ce roman est l’occasion d’une introspection sur son ancien métier, l’enseignement, et d’une confrontation avec ce qu’il est devenu depuis l’assassinat de Samuel Paty. La solitude des professeurs est infinie fait du bien : le roman raconte une époque qui n’existe plus ! Les dérives d’une institution essoufflée y sont parfaitement décrites. Confrontée à une économie ultralibérale, Yannick Haenel dénonce une méritocratie à bout de souffle dans des quartiers défavorisés.
Mais, évidemment, amoureux de la littérature, Yannick Haenel en profite pour faire l’éloge de la poésie, des belles phrases et des textes qui enchantent. Au point où son héros transporte, comme un grigri, des feuillets du Jardin d’Éden selon le Zohar.
Néanmoins, le lecteur constate que, plus qu’une solidarité assez émoussée, une classe attentive ou le regard d’une femme aimée, c’est la méditation devant la nature qui apaise le héros : une petite forêt au sein d’un collège, des fougères à côté d’un préfabriqué, etc. Pourtant, il n’évite pas la violence des jeunes, le manque de cohésion de ses pairs et leur soumission à une échelle de hiérarchie institutionnalisée.
La transmission
C’était ma première rencontre avec l’écriture de Yannick Haenel. D’abord, le thème principal m’était très proche. Mais, le style fait que je m’y suis sentie chez moi. Presque lu d’une traite, La solitude des professeurs est infinie m’a enchantée, fait sourire et même rire. Mais, en plus, Jean Deichel est devenu un collègue qui fait partie de cette famille de professeurs qui milite pour développer le goût d’apprendre, y compris comme le fait actuellement l’écrivain.
« Chaque touffe d’herbe, chaque brindille, chaque caillou qui s’amassait sur cette frange de terre que le lac mouille de sa légère écume m’aidait à effacer les problèmes de la journée : seuls l’eau, la lumière et les arbres sont capables de calmer l’anxiété. »
Mais, vu son âge et le fait qu’il a cessé d’enseigner depuis bientôt vingt ans, Yannick Haenel nous décrit une époque révolue qui s’oubliera bientôt. Car, le malaise croissant des professeurs, souvent lié aux injonctions qu’il faut appliquer toujours dans l’urgence, fait que le métier n’attire plus, et surtout pas un agrégé brillant.
Roman d’apprentissage, La solitude des professeurs est infinie, est aussi une ode à la littérature et à la transmission du plaisir de la découvrir. Alors que le nombre de lecteurs diminuent de jour en jour, Yannick Haenel parle du plaisir de la rencontre des mots. Il nous rappelle leur importance avec le plaisir qu’ils procurent et combien ils nous aident à vivre.
Pourquoi le lire ?
Pour découvrir une réflexion sensible sur l’enseignement, la transmission et la place de la littérature dans nos vies. Yannick Haenel évoque avec lucidité les désillusions d’un professeur face à une institution qui s’essouffle, la force des mots, de la poésie et de la nature pour retrouver un peu de liberté et d’apaisement. Un roman qui fait sourire, réfléchir et donne envie de lire.
Puis quelques extraits

Tout en étant exposé comme personne d’autre à la dureté du monde, n’a-t-il pas la possibilité exorbitante de changer ce monde ?
J’avais un ami qui disait qu’on ne peut jamais en vouloir aux jeunes de leur ignorance, car leur ignorance, c’est ce qu’on ne leur a pas appris.
Ils sont ainsi des centaines, peut-être des milliers, à naviguer d’un établissement à un autre en étant déjà morts ; ils ont été suppliciés une fois par une classe qui ne leur a laissé aucune chance; ils continuent à faire cours, et l’on croit qu’ils sont vivants, mais à chaque heure de cours, ils ne font que revivre l’instant de leur mise à mort; ils sont restés bloqués devant ce tableau noir où, un jour, leur condamnation a été prononcée, et chaque instant de leur vie n’est plus que la répétition de ce moment où quelque chose en eux s’est éteint.
Cette chose froide qui palpite en chacun de nous, ce serment de cœur qui nous glace, il faut l’entendre comme un signal : personne n’enseigne impunément.
Je n’étais sans doute pas le seul à en prendre, tous les profs en prenaient, c’était donc ça le secret: dans tous les collèges de france, les professeurs étaient shootés, l’Education nationale tout entière était sous Xanax.
Ici en bref




Du côté des critiques : Télérama
Informations pratiques

La solitude des professeurs est infinie de Yannick Haenel
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Éditeur : Gallimard X: @Gallimard et Instagram : editions_gallimard – Facebook
Parution : 20 août 2026 – EAN : 9782073161925– Lecture en septembre 2026

Bonjour Matatoune, les précédents livres de cet écrivain ne me tentaient pas trop mais celui ci beaucoup plus ! Sujet très intéressant ! Bonne journée à toi ☀️
je le note, ne serait ce pour découvrir sa langue.
[…] La solitude des professeurs est infinie : quand Yannick Haenel célèbre la transmission […]
C’est ma prochaine lecture! Et ce sera aussi une première avec cet auteur.
Je m’attendais à une écriture plus difficile J’attends ton avis avec impatience !
Le titre me parle bien sûr
À découvrir, je pense !