Oriane Jeancourt-Galignani – La femme-écrevisse

Rentrée Littéraire 2020

@vagabondageautourdesoi

Inventer une eau-forte créée par l’un plus grand peintre de l’histoire de la peinture pour montrer les liens entre art et folie au cours des siècles, quelle épopée ! Oriane Jeancourt-Galignani raconte l’histoire d’une gravure La femme-écrevisse,  que Rembrandt aurait réalisé au milieu du 17ème siècle, représentant le bas d’une femme avec la tête du crustacé. Celle-ci a traversé les siècles dans la même famille avant d’être exposée au Louvre dans la salle 33.

En proposant dans « La femme-écrevisse » trois univers à trois dates différentes, Oriane Jeancourt-Galignani construit un roman comme une fresque.

Au milieu du 17ème siècle, Margot accoste à Amsterdam, une ville qui s’invente dite  » ville libre, ville élue, lieu des possibles face à la Mer du Nord ». Elle rejoint la maison du Peintre située dans le quartier des nouveaux riches. Elle a quarante ans. Elle est veuve. Elle va s’occuper d’un petit garçon Titus, orphelin de sa mère, et aussi de la cuisine de la maison sous l’œil d’un tableau emblématique « La fameuse femme-écrevisse ».

L’art du Peintre change en même temps que leur relation devient plus intime et qu’elle est aussi son modèle. Les chairs sensuelles apparaissent, les corps se dénudent. Margot apprend son art, surtout celui de la gravure. Et, puis les grands travaux de la ville atteignent l’atelier déversant une poudre blanche sur tout. La ruine. La folie. L’enferment de Margot dans un asile l’oblige à créer sa gravure qui pourra ainsi traverser les siècles.

Vers les années 1920, Ferdinand s’ouvre à la carrière de comédien dans l’Allemagne qui construit son enfer. Sa famille a son destin lié à l’histoire mais aussi à Rembrandt. « La femme écrevisse » exerce toujours son pouvoir entre fascination et délire. C’est l’époque de la fin de la République de Weimar et la montée du nazisme qui sont traités avec celui du cinéma d’avant la seconde guerre mondiale.

A la fin du XXème siècle, Lucie et Grégoire découvrent « La femme-écrevisse » au Louvre. Peu après, Grégoire, le petite-fils de Ferdinand, s’enfuit à Londres pour récupérer la gravure dans une vieille boutique, ex librairie, transformée en disquaire. Ici, c’est le Londres d’après les Trente glorieuses qui est abordé avec une incursion dans le monde du jazz. Lucie s’empare plus tard de cette figure monstrueuse pour en faire une égérie du féminisme.

Dans « La femme-écrevisse », Oriane Jeancourt-Galignani explique par la fiction le changement constaté dans sa façon de peindre. La transformation, comme la femme-écrevisse, ouvre l’artiste à d’autres chemins pour se réinventer. Rembrandt se montre capable d’une certaine sensualité. L’auteure établit un lien entre son modèle et sa façon de percevoir le monde.

Directrice de la revue culturelle Transfuge, Oriane Jeancourt-Galignani transmet son amour de l’art, ses connaissances et ses références. Mais, ici pas d’explications pédantes, le style est  léger et agréable.

Les trois personnages ont en commun leur fascination pour un tableau et leur passion jusqu’en en perdre un peu, beaucoup la raison ! Oriane Jeancourt-Galignani décrit la folie destructrice en instillant du fantastique, celle que tous les passionnés connaissent. Les pinces et la tête difforme de la femme de cette gravure contraignent ceux qui se laissent prendre à sa fascination à une transformation qui peut complétement changé à jamais le cours de leurs vies.

Dans « La femme-écrevisse », Oriane Jeancourt-Galignani présente un roman très abouti qui embarque dans une aventure extraordinaire sur l’art, la métamorphose et la création. Légèreté pour cette aventure épique d’une grande maitrise.

Merci @Netgalley et @EditionsGrasset  pour #lafemmeecrevisse #rentréelitteraire2020 #OrianeJeancourtGalignani

D’autres blogs, en parle aussi :

Pamolico, critiques romans, cinéma, séries.

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Il tient sa main, lui transmet la technique de l’eau-forte, les barbes qu’il faut laisser couler avec précision, la main verticale, Margot comme Dieu qui pose ses formes, le geste précis, unique, de la forme qui se fraie dans le vernis, pas de dessin préparatoire sur papier, il faut se lancer désarmer sur le cuivre, pense aux enfants qui se jettent en roulant du haut de la colline vers la plaine, ils ne se préparent pas non plus, un geste sûr et léger qui dirige la pointe, une main taille et corrige sur un même mouvement, cadence mesurée et autoritaire, La pointe flatte et éperonne, le vernis bave sur la plaque de cuivre : agir avant que les formes ne se fixent. Il ne lâche pas sa main, l’agrippe, comme il serait sur le point de tomber. Agir dans le temps de l’informe, tout en acceptant que le vernis et les barbes débordent, chercher même ce débord, provoquer le chaos au cœur du dessin.

…on ne fait pas de gravure sans savoir qu’on a le pouvoir de reproduire le monde, au plus près.

Des enfants à qui on fait croire qu’ils sont les premiers à danser, rire, mâcher.

La cloche des brigades sanitaires dans la rue d’à côté : des hommes masqués tirent des brancards dans le coucher du soleil. La mort s’est partout installée dans cette ville, sur des chariots ou en fumée, pellicule de cendre sur les toits, broderies noires tendues aux fenêtres, tâches aubergine sur les joues de jeunes femmes, souffles courts au coin des phrases.

Elles ne regardent pas Margot, guettent une chose derrière son épaule : une obscure menace, un souvenir, une possibilité de fuite.

Celui qui longe l’asile, sent-il les haleines infectés de la bile et des gencives des femmes qui moisissent ? Suppose-t-il les dents qui branlent sur les mâchoires, puis se détachent et tombent, semant de légères gouttes de sang ? Devine-t-il les rots qui se coincent dans l’œsophage, et remontent, en herbe vide, dans les bouches ? Ce sont cent femmes à corps de fillette et mains de vieille. Ce sont cent femmes que l’on n’a pas envie de connaître, pas même d’approcher, réflexe physique, se protéger du spectacle de la déchéance : centaines de faces burineurs, aspirées ou gonflées par la faim, tailladées par la fatigue, ou atteintes de mystérieuses maladies de peau.

Le Parisien des bords de Seine n’a pas idée de ce qui anime une banlieue à ronds-points, poubelles abandonnées dans les rues, bergers allemands et rottweilers, jardinets à herbes folles, associations musulmans, protestantes, hindouistes, juives, sikhs, mennonites, évangélistes.

Tweet et laine, les mères de famille aux journées creuses se nourrissent comme des hamsters, de graines de ragots, laine et tweet (…)

Chacun d’eux avait été marqué livre de leurs vingt ans, il faisait de Rembrandt l’âme d’un peuple sensible, terrien, naturellement aristocrate, le peuple allemand. Contre les intellectuels et les libéraux, la technique le Cosmopolite. L’inverse du juif, récitaient-ils à vingt ans, les Wandervögel.

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

 

@vagabondageautourdesoi
Extrait 3
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Extrait 2
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Extrait 1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La femme-écrevisse – Oriane Jeancourt Galignani

Éditeur : Grasset

Parution : 2 septembre 2020

EAN : 9782246826057

Lecture : Septembre 2020

Littérature contemporaine 2020

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13 commentaires

    • Heureusement, que nous n’avons pas tous les mêms priorités et il y a assez de choix pour ça. Bonne soirée

  1. Pas franchement attirée et puis pas mal encore en attente donc en suspens mais te remercie de le présenter et te souhaite doux weekend

    • Merci Rénée. Nous avons tous des livres en attente assez conséquents …Bon week-end

    • Cette rentrée est une rentrée littéraire diverse mais de grande qualité ; Bonne soirée

  2. Merci beaucoup pour le lien 😉
    Je suis moins emballée que toi mais je vois ce que tu veux dire quand tu parles d’une grande maîtrise.

    • De rien ! C’est un roman foisonnant, une épopée je ne trouve pas d’autres mots où la « folie » est décrite de façon mesurée .

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