La commode aux tiroirs de couleurs – Olivia Ruiz

@vagabondageautourdesoi

Son prologue est comme un uppercut ! Olivia Ruiz écrit comme elle parle, en chantant. Elle présente l’Abuela, avec son « Je t’aime » qu’elle lui adresse à sens unique. Son tempérament est fortement épicé  mais suave, à la fois, comme sa cuisine. Et, ce meuble qui trône au milieu de son salon que l’on devine exiguë et encombré. Ah, j’oubliais ! Le disque de Morricone en fond sonore…Ça y est, Olivia ! On est prêt. Allez  en route pour « La commode aux tiroirs de couleurs ».

Balance tes souvenirs, même si tu les as inventés !  On va les triturer et les mélanger aux nôtres et on va pleurer, peut-être, sourire, souvent,  être tourneboulé(e) par l’émotion… tout le temps, et ainsi l’Abuela restera à jamais aussi vivante en nous !

Avec cette commode et ses renferme-mémoires, Rita ou l’Abuela raconte son exil, ses amours, sa liberté et ses morts. C’est impétueux, fou, plein de cris, de pleurs mais surtout de tendresse. Je l’ai dévoré…

Tout y est la culpabilité d’être vivante par rapport à ceux qui sont restés, le manque de confiance par absence de regard des parents, la rage de vivre et le désespoir profond des moments sombres.

La commode contient autant d’objets jamais révélés, jamais re-touchés pour garnir une histoire qui s’est tue par manque de tout, de mots, d’une oreille attentive mais surtout de possibilité à dire. Et, la table des matières nous y aide : une médaille de Saint-Christophe au bout de sa chaîne qu’il fallait cacher (je vous laisse découvrir où) pour qu’elle ne soit pas volée, une petite clé rouillée, un pochon de graines pour voir grandir la famille, un foulard bleu opposé aux rouges, etc..

Olivia Riuz a bâti son roman pour « savoir d’où l’on vient pour savoir où on va ». Sa famille n’a pas rempli les blancs, alors elle les a inventés. Ce roman est un hymne aux femmes : Rita, bien sûr, le ciment de cette famille inventée. Mais aussi Léonor, l’aîné devenue sage-femme militante, Merixell, la prof, Carmen, la petite sœur et d’autres,  toutes aussi vivantes et présentes.

Ce premier roman est étonnant tant le style est maitrisé. L’histoire raconte la vie avec son corollaire, la souffrance dérivée de l’exil et de l’absence, les silences et les non-dits, les mots qu’on garde mais qui étouffent, pour ne pas blesser, mais qui restent accrochés jusqu’à empêcher de vivre. Chacun a sa commode à ouvrir, Mais celle de l »Abuela » est une bien belle histoire !

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Elle était comme sa cuisine, d’abord elle te tente irrésistiblement, te surprend, puis te violente de son tempérament épicé. Quand le repas est terminé pourtant, c’est une saveur suave qui te reste dans la bouche, rassurante parce qu’elle te donne l’impression d’être aimé passionnément.

Moi je voulais être un peuple. Un peuple face auquel je n’aurais pas honte et qui n’aurait pas honte de moi.

Chaque accord qu’il égrène sans y penser révèle tout ce que j’occulte. Le manque. Le manque mortel. Des miens, de mon pays, de toute cette vie qui n’est plus. Je ne veux pas entendre cette musique, je ne suis pas apte à soigner la petite fille que j’étais, juste à l’enterrer provisoirement pour réussir à vivre.

J’ai gagné la liberté d’exister, mais ma liberté de parole a peri dans mon changement d’identité.

On a vite fait de s’angoisser quand on ne peut pas communiquer.

J’ai gagné sa confiance en ouvrant mon cœur, ma tête , mes entrailles. J’y est consenti sans rechigner alors la louve m’a glissée entre ses pattes, au chaud auprès de ses autres petits, comme si nous étions du même sang.

C’est si facile de partir quand on ignore que c’est peut-être pour toujours.

Heureusement qu’on a ça nous autres humains, la colère. Pendant qu’on enrage sur un potentiel responsable, on cesse un peu d’avoir mal.

En vieillissant, tu apprends que les secrets de famille peuvent devenir des gangrènes, vicieuses et parfois indécelables

..savoir d’où l’on vient pour savoir où on va .

Le souvenir, c’est bien quand il te porte. S’il te ralentit ou même te dire, alors il faut le faire taire. Pas disparaître. Juste le faire taire, car à chaque moment de ta vie, le souvenir peut avoir besoin que tu ne réveilles pour laisser parler tes fantômes. Ils ont tant de choses à nous apprendre si on se penche un peu sur ce qu’ils nous ont laissé.

Ne regrette rien. Les regrets, ça te ruine le dos

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

@vagabondageautourdesoi

La commode aux tiroirs de couleurs – Olivia Ruiz

Éditeur : J.-C. Lattès

Parution : 20 mai 2020

EAN : 978B085DWMVXX

Lecture : Juillet 2020

 

 

 

18 commentaires

    • Un bon moment de lecture, en effet et une belle découverte. Décidément, cette artiste a bien du talent ! 😉

  1. Merci beaucoup Matatoune pour ton appréciation sur ce livre. Cela me donne envie de l’acheter 🙂
    Je te souhaite un doux week-end, bisous ♥

    • Oui, je suis étonnée que peu de blogueurs en ont parlé … Car, nous sommes tous déjà dans la rentrée littéraire et ce roman doit pouvoir quand-même trouver son public

    • J’ ai bcp aimé ! J’ai aimé sa vivacité et son ton ! Un bon moment de lecture. Hâte de lire ton avis !

    • De rien. Ce roman est à lire sur une plage ou au soleil, tranquille! Bonne soirée

    • J’ai bcp aimé. C’est pas du tout larmoyant. Et, puis c’est plein de tendresse ! A consommer sans modération !

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