Giuliano da Empoli

Le mage du Kremlin

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Ancien conseiller politique de Mathéo Renzi et écrivain, Giuliano da Empoli raconte dans Le mage du Kremlin le pouvoir autoritaire de Russie en suivant le conseiller Vadim Baranov qui a aidé Vladimir Poutine, dans l’exercice de son gouvernement pendant plus de vingt ans.

La personnalité de Vadim Baranov s’inspire de celle de Vladislav Surkov, sorte de Raspoutine de Poutine. Giuliano da Empoli l’affirme, tous les faits sont réels, on peut les vérifier sur internet. Seulement, Le mage du Kremlin part du récit de la vie de Baranov. Aussi, ses pensées, ses analyses et ses explications sont du domaine de la fiction. Ce docufiction propose de revenir sur l’accession au pouvoir de l’ex-membre du KGB, du début uniquement par intérim, puis de plein exercice et depuis 2012, incarnant tous les pouvoirs réunis.

Qui était Vladimir Surkov ?

Vladimir Surkov était un passionné de rap et d’improvisation théâtrale. Placé aux côtés de Poutine, il était censé l’influencer et lui faire respecter les accords passés avec certains influents de l’oligarchie du moment. Rapidement, il a découvert que s’il voulait rester dans les arcanes du pouvoir russe, il devait conseiller sans contredire, et surtout écouter, et répondre aux volontés du Tsar, restant à jamais dans l’ombre. Il a inventé le concept de démocratie souveraine sur lequel repose la verticalité du pouvoir. Mais, depuis avril 2022, il est entré en désamour et vit en résidence surveillée.

Giuliano da Empoli décrit le pouvoir russe de l’intérieur en analysant le cœur de cette forteresse qu’est le Kremlin, mais aussi l’exercice des courtisans de tous bords, les rumeurs qui l’ébranlent et surtout, la façon dont ce Tsar décide, tranche et s’organise pour garder son pouvoir. Puis, Le mage du kremlin décrit aussi l’histoire, les aspirations et les souhaits du peuple russe, sa fierté et son attachement à son rayonnement mondial. C’est un peu de cette âme russe profonde que l’on découvre ici.

Un tsar au Kremlin

Giuliano da Empoli évoque l’immense acteur qu’est ce personnage sorti de nulle part pour remplacer presque au pied levé son prédécesseur, Elsine, malade et alcoolique. De Elsine, aucun russe n’accepte qu’on se moque car cela équivaudrait à insulter la nation russe. Cet acteur semble avoir un sens inné pour saisir instantanément les enjeux d’une situation, jaugeant très rapidement les forces en vigueur pour pouvoir mieux les contrecarrer pour s’en moquer.

Difficile de ne pas considérer cet essai romancé comme une certaine réalité pour tenter de comprendre les événements actuels. Giuliano da Empoli démontre que le pouvoir russe espère sur la planète, et notamment les gouvernements occidentaux démocrates, développer le chaos en influençant certains mais aussi leurs contraires, en créant les conflits et en les alimentant cherchant par tous les moyens à déstabiliser les régimes. Tout ceci, comme une revanche et pour célébrer la vigueur d’une Fédération de Russie, enfin redevenue incontournable sur le plan international.

Mieux qu’un essai, qui aurait été plus austère, Giuliano da Empoli avec Le mage du Kremlin se propose de faire rentrer son lecteur au cœur du pouvoir autocratique de Russie de la manière la plus aisée, la fiction. Une immersion distrayante mais aussi très instructive.

Puis quelques extraits

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Dans une vidéo, tournée en mars on le voyait rire, chose très rare en Russie où un sourire est considéré comme un signe d’idiotie.

Quand tu grandis auprès d’un personnage tellement hors du commun, la seule révolte possible est le conformisme.

 » Sais-tu ce qu »est un duo soviétique ? Un quatuor qui est allé en tournée à l’étranger. »

Seul le privilège compte en Russie, la proximité du pouvoir.

C’est curieux comme les courtisans aspirent tous que tout à l’instrument de leur soumission

J’avais pu constater à plusieurs reprises que les rebelles les plus féroces sont parmi les sujets les plus sensibles à la pompe du pouvoir. Et plus ils grognent quand ils sont devant la porte, plus ils glapissent de joie une fois passé le seuil.

En demandant å notre public, de nous indiquer ses héros, les personnages sur lesquels aux grands esprits: Tolstoi, Pouchkine, Andreï Roublev ou que sais-je, un chanteur, un acteur comme cela arriverait chez vous. Mais que nous ont donné les spectateurs, la masse informe du peuple habitué à courber le dos et baisser le regard ? Que des noms de dictateurs. Leurs héros, les fondateurs de la patrie, coïncidaient avec une liste d’autocrates sanguinaires : Ivan le Terrible, Pierre le Grand, Lénine, Staline. On a été obligés de falsifier les résultats pour faire gagner Alexandre Nevski, un guerrier au moins, pas un exterminateur. Mais celui qui a recueilli le plus de voix fut Staline. Staline, vous vous rendez compte ? C’est là que j’ai compris que la Russie ne serait jamais devenue un pays comme les autres. Non pas qu’il y ait eu un vrai doute.

Et encore

Avant l’effondrement du rêve américain et de celui de l’Europe, il y a eu l’effondrement du rêve soviétique. Chez vous, personne ne s’en est aperçu parce qu’il vous semblait impossible qu’un rêve fût fait de choses aussi pauvres et grises: une profession respectée de fonctionnaire ou de professeur, une petite Zhiguli, une datcha avec son potager, les vacances å Sotchi ou de temps en temps à Varna, avec les jambes qui trempent dans la mer Noire et la perspective d’une bonne grillade entre amis. Et pourtant ce modèle avait sa force et sa dignité. Ses héros étaient le soldat et la maîtresse d’école, le camionneur et l’infatigable ouvrier: c’est à eux qu’étaient dédiées les affiches dans les rues et les stations de métro. En peu de mois, tout cela a été balayé. Les nouveaux héros, les banquiers et les top-modèles ont imposé leur domination et les principes sur lesquels était fondée l’existence de trois cents millions d’habitants de l’URSS ont été renversés. Ils avaient grandi dans une patrie et se retrouvaient soudain dans un supermarché. La découverte de l’argent fut l’événement le plus bouleversant de cette époque.

Et, encore, encore

Parce que l’idole qui se refuse renforce son pouvoir. Le mystère génère de l’énergie. La distance alimente la vénération.

Par la suite, je noterais que le Tsar opére toujours de la sorte. Il saisit le fond du problème plus rapidement que les autres et n’hésite pas à brûler les étapes. Les politesses et les formules de courtoisie, très peu pour lui.

Que nous poussions nos sympathisants et les groupes anti-américains, ils s’y attendent, n’est-ce pas ? Mais que feront-ils quand ils se rendront compte que nous poussons également leurs adversaires ? Les patriotes du second amendement qui veulent porter leur fusil automatique même aux chiottes. Les végans qui boiraient la ciguë plutôt qu’un verre de lait. Les jeunes qui veulent sauver le monde de la catastrophe écologique. Moi, je te le dis. Ils deviendront fous, ils n’y comprendront plus rien. Ils ne sauront plus qui ni quoi croire !

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Premier extrait
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Second extrait
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Troisième extrait

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Giuliano da Empoli – Le mage du Kremlin

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Éditeur : Gallimard

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Parution : 14 avril 2022

EAN : 9782072958168

Lecture : Mai 2022

Littérature contemporaine

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8 commentaires

    • Oui et en plus on comprend aussi pourquoi ce tsar est soutenu par les russes !

  1. Bonsoir Matatoune. Ce livre doit être intéressant pour mieux comprendre les rouages du pouvoir en Russie, mais ne me tente pa strop en ce moment. Bonne soirée

    • Pas grave ! En tout cas, il m’a été très utile pour meux connaître le pouvoir de la Russie mais aussi le peuple russe. Bonne soirée !

  2. pourquoi pas, une façon différente d’aborder le monde politique russe actuel

    • Oui, c’est aussi le rôle de la fiction de devenir de temps en temps documentaire 🙂

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