Charlotte Perriand

Le monde nouveau de Charlotte Perriand –     Fondation Louis Vuitton

La fondation Vuitton présente cet hiver 2019/2020 une exposition remarquable de modernité. Dans ce cadre construit par Franck Gerhy, l’exposition dévoile les innovations architecturales et de design d’intérieur de Charlotte Perriand (1903/1999), créatrice en architecture, en urbaniste et au niveau de la photographie en les mettant en situation avec les œuvres de ses contemporains, Picasso, Léger, Calder Le Corbusier. Charlotte Perriand, seule architecte femme du XXè siècle, a bénéficié en 2011 d’une exposition au Grand Palais dont l’affiche actuelle reprend la mème photo.

Fille unique d’une couturière et d’un tailleur venus de la campagne, en 1927 elle est repérée par Robert Mallet-Stevens ( Villa Cavrois ) et les époux Nouailles  qui acquièrent une table guéridon.  Charlotte, élève des Arts Déco, expose son travail dans des expositions et participe au mouvement de l »Union des Artistes Modernes (volet 1, volet 2, volet 3).

@vagabondageautourdesoi.comOn reprochait à Le Corbusier ( Villa Savoye) de bâtir de belles maisons mais vides. Du coup, Charlotte Perriand entre rue de  Sèvres (l’ancien couvent ou monastère, bastion de Le Corbusier) pour faire les « équipements intérieurs » en devenant associée à part entière avec lui et son cousin, Pierre Jeanneret, au moment où la tendance prônait un homme sain et sportif dans un univers fonctionnel pouvant être reproduit en nombre infini.

Pendant dix ans, elle travaille avec ses deux associés en répondant à des besoins humains, avec adaptation et souplesse dans son travail, prenant en compte la réalité du moment et les matériaux disponibles.

Son nouveau rapport au corps (Aurait-on imaginé que les jambes d’une femme puissent être en l’air ?) permet de renouveler « l’équipement de l’habitat ». 

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Mise en situation de la chaise longue basculante (1928) et le tabouret pivotant (1927) avec à l’arrière le tableau « Le transport des formes » de Fernand Léger composé en 1937.

@vagabondageautourdesoi.comLa présentation des dessins et différentes étapes de fabrication de sa fameuse « chaise longue à bascule » montre une structure métallique séparée du piétement que Charlotte Perriand voulait fabriquer comme des bicyclettes, en nombre important. L’entreprise Peugeot contactée refuse la fabrication industrielle.

La chaise pouvait être fabriquée en toile pour ceux qui avaient un peu d’argent, en tressage de cordes pour ceux qui n’en avaient pas et en cuir, comme ci-dessous, pour ceux qui étaient riches.

Cette chaise fut un véritable échec lors de sa sortie car Charlotte Perriand n’avait pas prévu le coût élevé pour poncer les soudures. En 7 ans, seuls 1700 exemplaires furent fabriqués. A la même époque, le Banhaus ne fait pas les mêmes erreurs puisque l’école disposait d’un atelier de fabrication. Il est à noter que la chaise porte encore le nom  de « Chaise de Le Corbusier » !

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Au premier plan, chaise ombre (1954) puis table empilage (1953) de Charlotte Perriand mise en situation sous le mobile Noir, bleu, rouge (1954) de Calder.

Elle développe de solides amitiés dans le domaine de l’art avec son presque voisin, Fernand Léger,  Jean Prouvé, Calder (Exposition au Musée Picasso ), Picasso ( Cubisme volet 1, Cubisme volet 2, Cubisme volet 3 ), etc.

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Dora Maar sur la plage (1936) – Picasso

« Épuré, simplicité, efficacité et de l’art pour tous » la définit ainsi Laure Adler 

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Un appartement moderne exposé au Salon d’Automne de Paris

1929

La modernité de l’appartement où est mise en situation la chaise basculante mais aussi la chaise tournante n’est rien à côté de la nouveauté que représente la chambre avec la salle de douche visible et son agencement fonctionnel.

La maison du jeune homme – Exposition universelle de Bruxelles  1935

Une grande table pour étudier, un tableau pour retenir et une salle de sport de quoi apprendre sainement avec un tableau de Fernand léger en toile de fond pour un studio de 63 m2.

@vagabondageautourdesoi.comLa maison au bord de l’eau      1934

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Prototype fabriqué pour Louis Vuitton en 2013

Développée à partir d’un concours de « Maisons de week-end bon marché destinées à un public populaire organisé en 1934 par la revue « Architecture d’aujourd’hui ». Conçue pour être produite en série et livrée en kit, cette maison peut s’adapter dans tous les lieux grâce à ces plots.

La Fondation Vuitton démontre par cet aménagement la modernité de cette maison permettant à une famille de profiter d’un lieu de villégiature adaptable et adapté. 

Cette maison est restée à l’état de projet pendant 80 ans.

Bureau boomerang de Jean-Richard Bloch

1937

Ce meuble est reconstitué pour la Fondation après avoir été perdu. Ce bureau a été conçu pour le directeur du Soir qui devait animer de nombreuses conférences de rédaction avec une dizaine de collaborateurs. Fonctionnel, il permet au chef de pouvoir interroger chacun de ses collaborateurs dans une proximité certaine permettant le regard direct avec un fauteuil pivotant.

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La table ci-dessous est un manifeste antifascisme selon les engagements de l’écrivain – rédacteur avec des bas-reliefs de Picasso et Fernand Léger. (Meuble reconstitué)

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La table hexagonale rompt avec toute la symétrie de l’époque qui se manifestait , par exemple, par l’architecture stalinienne. Les angles sont en biais pour aider à une meilleure circulation. L’épaisseur du bois est de 6 cm donne envie de caresser la table et encourage un rapport avec la matière.

Refuge tonneau

1935 / 1938

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@vagabondageautourdesoi.comCharlotte commence à partir de 1935 à se spécialiser dans l’habitat de loisirs. Elle-même montagnarde aguerrie, elle entraine souvent sa bande dans les Alpes ou les Vosges pour un week-end sportif et amical avant de revenir le lundi matin avec les mêmes et recommencer leurs recherches. Les premiers skis en alu apparaissent. Élaboré avec Pierre Jeanneret, l’inspiration vient d’un manège forain vu en Croatie. Réalisé ici pour 8 personnes en alu, la structure pouvait contenir 40 personnes, pesait 40 kg et sa construction faite par 6 hommes en 3 jours!

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Simon HANTAI – 1922 / 2008 Taboula bleu – 133 1976

La dimension politique est au cœur de sa démarche. Le souhait de construire pour tous est la base de son engagement. Le courant futuriste, plaçant le purisme jusqu’à la perfection, a cru à l’utopie que la machine apporterait le bonheur. Charlotte Perriand a affirmé très tôt que l’apport de l’industrie n’était pas suffisant sans l’artisanat qui peut avec souplesse s’adapter aux besoins de chacun

Des tensions sont apparues dans le trio d’associés: le choix de « Corbu » de travailler coûte que coûte pendant la période trouble de l’avant-guerre, et même répondant aux sollicitations du gouvernement de Mussolini, la vie commune avec Pierre Jeanneret qui le met sur la touche, le front populaire, la guerre d’Espagne et la montée des fascismes feront que de plus en plus de tiraillements viennent perturber leur association.

Elle vole en éclat le jour où Le Corbusier engage deux rédacteurs de la revue d’extrême-droite « Prélude » dixit Jacques Barsac. Charlotte Perriand devient « compagnon de route du Parti communiste » qu’elle quittera en 1939 après la signature du pacte germano-soviétique.

@vagabondageautourdesoi.comEn février 1940, Charlotte Perriand profite pour partir d’une invitation par le gouvernement du japon lui demandant son conseil pour la production d’art industriel.  Son voyage dure deux mois. En France, la guerre commence.

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Pendant deux ans, elle parcourt tout le Japon pour donner des conférences dans les écoles et les centres de production et découvre une culture auprès de laquelle elle se sent de plus en plus proche de ses rites et ses savoir-faire. Elle découvre la vie d’une famille qui vit à hauteur de tatami, sans table et sans chaise. Elle s’installe après en Indochine jusqu’en 1946. 

@vagabondageautourdesoi.comDe retour en France, son engagement militant d’avant guerre marqué à gauche se poursuit en participant à la création de travaux sociaux à dimension collective (hôpitaux, cité U, etc.). Elle conçoit des projets aux exigences identiques :

  • Production en série
  • Standardisation,
  • Modularité
  • Économie des gestes, de moyens
  • Faible impact sur le monde.

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La maison du Mexique – Cité universitaire

1952

@vagabondageautourdesoi.comPour cette commande, Charlotte Perriand conçoit une bibliothèque révolutionnaire dite « à joues » qui peut se moduler recto-verso  et sert de séparation avec la partie sanitaire dans une chambre de 14 m2. Ce meuble était fabriqué par les Ateliers Prouvé et peut varier à ‘infini suivant la modulation de ses carrés chromatiques.

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Cité universitaire Tunisie – 1952

Elle complète l’agencement avec la table triangulaire à pieds fuselés qui peut à la fois se déplacer facilement et accueillir trois personnes dont les angles ont été fuselés pour plus de confort.

Cuisine de l’unité d’habitation de Marseille

1947 / 1949

Pour le duplex, elle élabore des murs composés de rangements intégrés et d’une cuisine bar ouverte sur le séjour.

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Le musée d’art moderne – Paris – 1965

@vagabondageautourdesoi.comA l’invitation du conservateur, Charlotte Perriand repense le mobilier du musée de 1963 à 1965.

Construire la montagne – Les Arcs  1967 / 1975

@vagabondageautourdesoi.comChargé par Roger Godino, promoteur, de construire et de diriger un bureau d’études  pour la construction d’une station de sports d’hiver des Arcs en Savoie, d’une capacité de 30 000 lits. Charlotte Perriand se charge aussi de la décoration intérieure.

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La maison du thé de l’Unesco – 1993

@vagabondageautourdesoi.comDernière proposition de réalisation qui associe tout le parcours de ce précurseur que fut Charlotte Perriand.

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10 commentaires

  1. Bonjour Matatoune. Merci de nous faire découvrir cette exposition passionnante sur une architecte dont je n’avais jamais entendue parler. Elle avait déjà inventé les tiny house qui sont à la mode… Bonne journée

    • Oui, c’est une des femmes architectes dans le top 10. La fondation a préparé cette expo depuis plusieurs années. Une jolie concécration pour celle qui a créé notre quotidien avec ces armoires modulaires et son style épuré. Non mercredi, Brigitte.

    • Oui très belle exposition avec des reconstitutions comme le chalet, le tonneau ,etc. et des œuvres très importantes exposées. Merci et à toi aussi très bon weekend !

  2. Toujours très attentive à l’espace, la lumière, le vide … sans oublier les matériaux. Merci pour ce beau partage, cette autre pionnière qui a eu assez d’audace pour s’imposer, malgré toutes les difficultés, dans un monde ( le design )qui n’était pas facile. Belle journée Tatoune 🙂

    • Une exposition que je recommande vraiment et oui, une femme qui a su s’imposer dans son domaine. Elles ne sont pas si nombreuses à se hisser dans le top dix des designers ! Bon weekend Lisa.

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