Autofiction de Pedro Almodóvar

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Il y a de l’amertume, de la mélancolie mais également de la clairvoyance et un espoir dans cette Autofiction de Pedro Almodóvar. Évidemment bien construit, ce dernier film raconte la création lorsqu’elle est en panne.

Cette panne d’inspiration, Almodóvar la met en perspective dans une double narration. Autofiction raconte les interrogations d’un réalisateur assez mûr. Ses chefs-d’œuvre sont derrière lui. Il fut génial au siècle dernier et il le sait. Mais, il ne peut s’arrêter. Son nouveau scénario raconte une réalisatrice qui prépare son nouveau film en s’inspirant de la vie de son entourage.

Le film pose la difficulté de n’être plus au top et celle de ne pas l’accepter. Alors pour combler un égo surdimentionné, ce réalisateur, Raúl, interprété par Leonardo Sbaraglia (magnifique), s’inspire de la vie des gens qui l’entoure. Il est le double de Pedro Almodóvar, bien soigné, suffisant de lui-même et égocentriste.

Son double féminin, Elsa, est interprétée par la magnifique Barbara Léonie. À partir d’une crise de panique, elle retrouve l’envie (l’obligation) d’écrire un nouveau scénario pour retrouver le plaisir de tourner un film. Elle vampirise l’histoire de deux de ses amies pour combler son désir de création.

Le réalisateur est prêt à tout et ne comprend pas la réaction de son assistante à qui il a volé son désarroi. La scène dans le parc de Madrid a une belle intensité avec la prestigieuse Aitana Sánchez-Gijón dans le rôle de l’assistante de Raúl.

La création à n’importe quel prix ?

Almodóvar aborde ainsi la question de l’éthique du créateur. C’est brillant car, dans toute sa carrière, Almodóvar n’a fait que de parler de lui, de sa mère, de son milieu. Et la première partie du film fait bien ce mélange entre la fiction et sa réalité : les maux de tête, les crises de panique rappelant le souvenir de la mère morte, le compagnon plus jeune, attentif et dévoué qui s’occupe de son réalisateur bien-aimé sont autant d’événements racontés plusieurs fois par Almodóvar lui-même dans plusieurs de ses films.

Seulement, avec Autofiction, la limite de ce genre se matérialise. Et, elle se situe dans la vampirisation de la réalité de son entourage. Ainsi, montrer combien on blesse en exploitant les émotions des autres comme le deuil d’un enfant ou la duplicité amoureuse est le point à ne pas franchir.

La vieillesse d’un créateur

Mais, surtout, avec beaucoup de pudeur, Almodóvar dit à son public qu’il ne peut s’arrêter de créer même s’il sait que son effervescence créatrice s’est émoussée. Et, c’est ce qui fait la beauté de ce film et la tendresse qui s’en dégage. Car, ce réalisateur, même au moment les plus narcissiques, n’arrive pas à se faire détester.

Almodóvar sait qu’il ne sera plus l’enfant terrible du cinéma mondial. Et, cette année, il ne repart pas de Cannes avec la palme d’or du prix du jury. Faudra-t-il attendre sa mort, pour que le Festival célèbre son talent ! D’ailleurs, il nous glisse ses héritiers en les photographiant à la fête de Gabriella (Rossy de Palma, la fidèle des fidèles), en rassemblant notamment Javier Ambrossi et Javier Calvo, cinéastes eux aussi espagnols qui prennent la relève avec leur Bola Negra qu’Almodóvar produit. D’ailleurs ils repartent de Cannes palmés !

Leitmotivs d’Almodóvar

Almodóvar rend, encore, un hommage vibrant à Chavela Vargas. Elle est à la fin de sa vie avec sa voix éraillée. Pourtant, cette scène est d’une intense émotion. En nous faisant écouter cette chanteuse mexicaine, le destin de l’amie change complètement. Magnifique moment de cinéma !

Et puis, Almodóvar donne à son public un cadeau à la sensualité puissante, le striptease d’un homme, et là, il n’y a plus d’âge !

Que les paysages de Lanzarote sont magnifiques, lorsque Almodóvar nous les présente encore et encore !

Almodóvar reste le cinéaste qui m’a fait aimer le cinéma. Vieillir avec lui n’est vraiment pas si mal !

En quelques mots


Dans Autofiction, Pedro Almodóvar explore avec mélancolie et lucidité la panne d’inspiration d’un créateur vieillissant. À travers une double narration, le film interroge l’éthique artistique, la vampirisation du réel et la difficulté d’accepter de ne plus être au sommet. Un film intime, sensuel et profondément émouvant sur la création et le temps qui passe.

Du côté des critiques :Télérama

Questions pratiques

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Autofiction (Amarga Navidad)

Réalisateur : Pedro Almodóvar

En compétition au Festival de Cannes 2026

Acteurs: Bárbara Lennie – Leonardo Sbaraglia – Aitana Sánchez-Gijón – Victoria Luengo – Patrick Criado

 Distributeur Pathé – Instagram : @pathefilms –@pathecinemas X: @PatheFilms – Facebook – TikTok : pathefilms

Pays : Espagne – Durée : 1 h 40

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18 commentaires

  1. Magnifique texte pour ce film en forme d’introspection froide, mais intense. Je n’avais pas noté la présence des Javiers à la fiesta de Rossy, merci pour l’info.
    Almodovar rate une fois encore la plus haute récompense du festival mais ce dernier l’a largement récompensé dans les années précédentes. Une Palme d’honneur viendra peut-être un jour réparer cette injustice. Monsieur Frémaux, si vous nous lisez … 😉

    • Ah oui, on aimerait tant que ça arrive avant qu’il ne soit trop tard …

  2. J’aurai du te lire avant, je me serai moins perdue dans le film … Je le regarderai à nouveau pour juste me laisser porter car pour moi aussi Almodovar est un immense cinéaste. Merci

    • C’est précis, les décors sont ajustés au millimètre et puis, cette histoire d’inspiration en panne m’a profondément émue !

    • Oui, en effet à voir je trouve car toujours une grande sincérité dans ce film ! Excellente continuation 🌼

  3. Cette question de l’éthique du créateur m’intéresse surtout qu’elle semble ici bien abordée. Je reconnais en outre peu connaître le réalisateur.

    • D’autres avis évoquent la déception. Pour moi, qui ne l’ai pas suivi de film à film, ce fut d’excellentes retrouvailles ! Merci 🙏

  4. Bonjour Matatoune, j’aimais moyennement Almodovar dans les années 80 mais je trouve qu’il se bonifie avec l’âge. Bref, j’irai certainement voir cette « Autofiction » ! Merci de cette présentation, Belle journée🎥🎞😎🌞

    • Il devient plus assagi, en effet, au grand dam des afficionnados ! Bon week-end 🌼

  5. que vous en parlez bien ! Vous serez bientôt capable de décerner VOTRE palme d’or !

    • C’est gentil, même si le « vous » me renvoie dans un autre temps 😀
      Mais, comme pour les livres je suis incapable de sortir une œuvre plus importante qu’une autre. Chacune apporte son lot de réflexions et d’émotions. 😉

  6. Il manque quand même quelques surprises pour ne pas avoir l’impression de déjà vu. Almodovar fait un très beau film avec des couleurs qui le caractérisent, des acteurs qu’on aime revoir, le magnifique décor de Lanzarote mais j’attendais la nouveauté, et j’ai été un peu déçue

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