Olivier Bal – Méfiez-vous des anges

vagabondageautourdesoi.com - Olivier Bal - J’avoue avoir un faible pour Paul Green, le personnage de Olivier Bal, qu’il nous raconte, déjà, depuis deux polars. Cabossé, pas vraiment cicatrisé. Irrémédiablement solitaire. Empathique jusqu’à pleurer avec un autre sur sa misère. L’envie de vouloir réparer l’irréparable. La témérité de ne rien lâcher même s’il se cogne dans un mur…cette personnalité m’émeut ! Alors, le retrouver à poursuivre une disparue, Linda Richardson, parce qu’il en a fait la promesse à sa mère, je m’y engouffre à sa suite !

Un brin d’histoire

Paul Green a quitté ses bois de Redwoods, au bord du Pacifique, dans l’Oregon, pour arriver à Ojaï où son enquête sur la disparue le mène. Est-ce le hasard ? Car, cette bourgade du Comté de Ventura, a accueilli pendant plus de soixante ans la demeure de Krishnamurti, qualifié de gourou durant toute sa vie alors qu’il voulait, disait-il, prôner la liberté de voir et de penser pour ses disciples !

Ce lieu, surnommé Joyau de la Californie, abrite l’Enceinte, la communauté La Voie, dirigée par leur guide, Douglas Fairbanks, qui prône la libération des « ombres qui se terrent » en chacun de nous pour connaître la lumière et la quiétude.

Gourou, comédien raté, il exerce son « aura » sur une communauté de plus de trois cents membres qui vivent en vendant leur production, naturelle bien sûr, à la communauté Hollywoodienne pour qui le retour à la nature devient un dogme.

Parallèlement, Sarah Shelley, cheveux courts avec ses pommettes pleines de tâches de rousseur, travaille au Homicides Special Section de Los Angeles.  Une maladie rare l’oblige à porter des lunettes, même en pleine nuit. Elle enquête avec Riley, son collègue , sur un accident de la route où les occupants d’une camionnette sont accusés de délit de fuite. Les flics découvrent à l’arrière du véhicule le cadavre d’une femme nue aux multiples lacérations.

Rafael Costa est surnommé le Funambule dans son gang La Sombra. Jeune et pourtant ayant déjà, beaucoup vécu, son problème est de se trouver au mauvais moment dans le mauvais lieu. A-t-il vraiment un avenir dans son gang surtout que Le Maudit cherche à le faire disparaître.

Alors…

Le roman choral qui alterne le point de vue de ces trois personnages est particulièrement bien maîtrisé par Olivier Bal. Il nous entraîne dans une enquête où mythe de l’immortalité flirte avec la manipulation mentale. La description d’un système où l’emprise est le socle d’une anesthésie mentale sans violence apparente est plus que crédible et ceci tout au long des rebondissements décrits. Mais, comme tout groupe, il s’agit aussi de rééduquer les hostiles ou alors, de s’en séparer…

Seulement le roman policier est aussi l’alibi pour Olivier Bal de dénoncer la liberté de culte aux États-Unis, inscrite dans le premier amendement de la constitution, qui permet le foisonnement de groupements qui se réclament d’une religion. Plus des deux tiers des américains appartiennent à une église, sans qu’il y ait distinction entre religions et sectes. Les plus fragilisés sont happés par les rêves de bonheur et d’idéal qu’elles véhiculent. Seulement, essayer de vivre sans emprise, religieuse ou autres, Olivier Bal démontre combien cela reste difficile ! Même Paul Green pourrait être tenté d’oublier sa conscience juste pour être soulagé par ce monde idyllique.

Le personnage de la policière est tout aussi réaliste. A l’opposé de la représentation qu’on se fait d’un flic du FBI, elle vit avec sa différence dont elle connait les avantages mais n’acceptent que difficilement les limitations dans son quotidien. A l’opposé du héros, sa souffrance est son moteur dans cette enquête où elle doit aussi ne rien lâcher de ses intuitions pour arriver à la résolution.

Le jeune Rafa incarne l’évolution, la rédemption. Ici, c’est le personnage qui devra se « sauver » pour continuer à vivre, complétement différemment ! C’est la jeunesse ! Avec l’écrivain, on a envie d’y croire …

Et, puis, il y a la tentaculaire Los Angeles, ville monde découverte ici le plus souvent aux heures les plus sombres en suivant la flic solitaire qui choisit de s’y perdre pour y faire régner le droit.

En conclusion,

Plus noir, plus survolté que les précédents, Méfiez-vous des anges est un thriller haletant à la crédibilité psychologique indéniable. En organisant un trio autour de Paul Green, son journaliste enquêteur, Olivier Bal étoffe superbement son enquête au cœur d’une secte  jusqu’au final, parfaitement réussi ! Combiner intrigue réussie à une critique sociale devient sa marque de fabrique. On semble dire que la trilogie des romans avec Paul Green s’achève avec celui-ci. Je ne l’espère pas !

Pour aller plus loin

L’affaire Clara Miller – Olivier Bal

Olivier Bal – La forêt des disparus

Puis quelques extraits

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Je ne supporte plus ces jeunes qui débarquent dans mes rues avec des envies de guérilla. lls s’imaginent en justiciers, rêvant de faire la couverture de l’édition dominicale du Los Angeles Times. Non, être flic, c’est attendre toujours. Faire des tâches usantes, répétitives, tâtonner, se tromper, essayer, encore. Et, la plupart du te ca signifie aussi s’en prendre plein la gueule. Insultes, portes qui claquent, crachats, indifférence… Être flic, surtout à LA, c’est tout sauf être un héros.

Renfermée sur moi-même, au plus profond. Isolée de tous. Un putain de gilet pare-balles.

Dans une bijouterie, un vendeur au sourire éclatant, un torse chargé de colliers, propose une bague hors de prix à une touriste asiatique. Ojai a longtemps été l’un des derniers bastions de la culture hippie. Aujourd’hui, il n’en demeure plus grand-chose, un vague souvenir. Les frusques plutôt que l’âme. Que sont devenus ces rêves de paix, ces envies de révolution, ces musiques qui chavirent le cœur ? Où êtes- vous, Neil Young, Stephen Stills, Joni Mitchell ? Qu’ont ils fait de votre mémoire? On a repassé vos vêtements, mis une étiquette dessus et revendu le tout à prix d’or.

Plus on m’enfonce et plus je creuse.

Et encore

Dans nos quartiers, les nouveaux dealers se baladent en blouse blanche.

Pour casser la monotonie du paysage, il n’y a que ces poteaux électriques, qui se dressent, tels d’immenses crucifix, devant les phares de ma voiture.

Qu’on est comme un barrage et qu’on doit encaisser toute la noirceur du monde pour qu’elle ne se déverse pas sur le reste des vivants, et ne les engloutisse. Un dernier rempart pour protéger le peu d’insouciance er de candeur qui existe encore sur cette planète cramée.

En croisant ce faciès émaciés, ces regards voilés, on comprend qu’ils sont pour la majorité, en situation de détresse mentale Dépression, schizophrénie, la vie dans la rue abime irrémédiablement. Ce n’est pas d’argent qu’ont besoin ces gens, mais d un accompagnement psychologique d’aide, d’écoute.. Parmi ces femmes, ces hommes, certains étaient autrefois des informaticiens, des ouvriers qualifiés…des gens avec une vie normale. Un énorme tag peint en rouge sur le bâtiment le résume parfaitement : « Ce que tu vois ici, ça pourrait être toi. »

Et encore, encore

Croire, c’est vivre à se prosterner.

Condamné à vivre dans l’instant.

Paul Green… Je m’appelle Paul Green. Et je sais qui je suis. Je suis ce gars qui ne lâche jamais. Ce bonhomme qui se fout le monde entier à dos, qui perd tout en route, mais qui, coûte que coûte, va au bout.

Comme vous aujourd’hui, je m’étais convaincu qu’en évitant le contact avec les autres, je trouverais une forme de sérénité. En réalité, je me plantais. On n’est personne quand on est seul, On rabougrit, on s’assèche. On n’existe qu’avec les autres.

C’est pour ça qu’il faut vivre. Je le dois aux morts qui m’accompagnent et aux vivants qui m’ attendent Il faut vivre. Malgré tout.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Premier extrait. C’est Paul qui raconte.
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Second extrait. Ici c’est Sarah qui raconte .
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Troisième extrait : La narration de Rafael

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Parution : 21 Avril 2022

EAN : 9782374483924

Lecture : Juin 2022

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14 commentaires

    • C’est une édition dont j’aime assez leur publication. En plus, celui-ci est très réussi 🙂

  1. Je ne connais pas du tout cet auteur, mais il va falloir que j’y remédie. Ce polar a l’air vraiment top. Bonne journée

    • Moi, j’avoue que le suivant depuis son premier, je trouve celui-ci très réussi. Bonne soirée 🙂

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