Nicolas de Staël

Nicolas de Staël

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Portrait

Aristocrate déchu par la révolution bolchévique, orphelin à six ans, Nicolas de Staël a grandi à Bruxelles où il s’est aussi formé. Il montre des dispositions pour la peinture. Seulement, il attend 1935 pour s’y consacrer entièrement.

D’un esprit virevoltant, Nicolas de Staël ne trouvera aucune satisfaction dans la réalisation de ses tableaux. Son art, il le vit comme une nécessité où la toile la meilleure est celle à venir. Même le succès des dernières années n’ôte nullement son inquiétude existentielle et même le plonge toujours dans une certaine fragilité.

C’est un échalas de presque deux mètres, fin et élancé, aux mains petites et fines

Toute ma vie, j’ai eu besoin de penser peinture, de voir des tableaux, de faire de la peinture pour m’aider à vivre, pour me libérer de mes impressions, de toutes les sensations, de toutes les inquiétudes auxquelles je n’ai trouvé d’autre issue que la peinture. Lettres et dessins

Il rencontre Jeannine Guillou, peintre elle-même, avec qui il se marie. Une fille Anne nait. Quelques années à la Légion étrangère pendant la seconde guerre, puis Nicolas de Staël se consacre entièrement à la peinture. De nombreux tableaux sont réalisés. Autant aussi seront détruits par lui-même !

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Portrait de Jeanne 1941

Quatre ans plus tard, Jeannine meurt. Nicolas de Staël recherche auprès de Françoise la stabilité perdue.   Il semble rebondir très vite puisque la rencontre a eu lieu 3 mois après le décès. Mais, Nicolas de Staël est sujet à des accès de mélancolie qui le submerge et seule la peinture le garde à flots.

Les raisons pour lesquelles on aime ou l’on n’aime pas ma peinture m’importent peu parce que je fais quelque chose qui ne s’épluche pas, qui ne se démonte pas, qui vaut par ses accidents, que l’on accepte ou pas. Lettres et dessins

Série Footballeurs

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Parc des princes 1953

Carrière courte puisqu’elle se déroule sur quinze ans. En constante évolution, sa peinture témoigne d’une recherche à la fois du mouvement et de lumière provoqué par la rencontre des aplats colorés. Séparés souvent par la surface vierge de la toile, ces aplats se fluidifient au fil du temps.

Ce que j’essaie, c’est un renouvellement continu, vraiment continu, et ce n’est pas facile. Ma peinture, je sais ce qu’elle est sous ses apparences, sa violence, ses perpétuels jeux de force, c’est une chose fragile, dans le sens du bon, du sublime. Lettres et dessins

Au fil de sa création, sa peinture s’illumine. De la matière travaillée au couteau, elle s’allège pour se fondre. La série des footballeurs (20 tableaux) annonce la consécration. Les toiles sont toutes vendues à New-York.

Et puis, en août 1953, le peintre embarque Françoise et les enfants ainsi que la jeune Jeanne Polge et une amie de René Char dans son périple sicilien. Avec sa caravane, ils traversent toute l’Italie pour s’y rendre. Il a laissé ses toiles et ses pinceaux pour n’emmener que des feutres. Il compose de nombreux dessins qu’au retour il transforme en tableaux.  

Série Agrigente

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Nicolas de Staël s’éprend éperdument de Jeanne, fille de ses voisins. Pour la série Agrigente, l’artiste part de la réalité pour arriver à une simplification extrême. De la peinture comme maçonnée des périodes précédentes faites de couches superposées, la couleur évolue vers plus de pureté et de netteté.

(…) leur sujet n’est autre que la traduction du choc esthétique ressenti, car Staël « ne peint jamais ce qu’il voit, mais le coup reçu » et, en l’occurrence, le coup reçu par l’expérience de l’infini, que son ami René CHAR nomme poétiquement « le cassé-bleu » qui « fait voir la mer en rouge, le ciel en jaune ou vert et le sable en violet. »

Je n’oppose pas la peinture abstraite à la peinture figurative. Une peinture doit être à la fois abstraite et figurative. Abstraite en tant que mur, figurative en tant que représentation d’un espace. Lettres et dessins

Ceux qui ont sacralisé les périodes précédentes décrient cette nouvelle fluidité. Nicolas de Staël s’installe à Antibes, seul, près de chez Jeanne. Mais celle-ci ne souhaite plus poursuivre leur relation.

Le concert 1955

Cette passion frise pourtant l’obsession. Ces compositions s’étalent maintenant sur de grand format. Le concert est une immense huile sur toile de 6 m × 3,5 m, peinte du 14 au 16 mars 1955 au fort du cap d’Antibes.  Vaste et désaffecté, isolé, l’édifice fut mis à la disposition du peintre par le gérant de l’hôtel Eden Roc proche.  Nicolas de Staël est arrivé sur la Côte d’Azur six mois plus tôt.

Plongé dans un bain de lumière nouvelle, Staël connaît depuis l’automne 1954 une période d’hyperactivité, réalisant 147 toiles, esquissant une multitude de dessins, crayonnés sur papier. Le peintre prépare trois expositions en même temps.

« Je suis lent, je ne suis pas Picasso. » Confidence faite à René Char

il s’épuise. Le 16 mars, il écrit deux autres lettres. À Jacques Dubourg, il confie : « Je n’ai pas la force de parachever mes tableaux. » Et au collectionneur Jean Bauret, il semble confier ses dernières volontés.

La nuit suivante, il se jette du haut de sa maison, laissant son tableau inachevé.

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Le concert – 1955

«Il y a des gens qui partent délibérément vers la lune parce qu’ils se savent incapables, et cela définitivement incapables, de savoir ce qui se passe chez eux.» Nicolas de Staël

Sources

Journal d’esprit 2

« René Char, Nicolas de Staël – Correspondances 1951-1954 », éditions des Busclats, 2010

Lettres et dessins

Art en Vrac

Bric à Brac de culture

19 commentaires

    • Un écorché qui doutait tellement de lui mais qui est essentiel dans l’histoire de la peinture moderne

  1. Bonjour Matatoune. J’ai appris beaucoup de choses en te lisant car je ne connaissais que son nom, ni ses oeuvres ni sa vie et sa fin tragique. Merci et bonne journée

  2. il fait parti de mes peintres préférés et il faut voir « concert » en vrai au musée Picasso à Antibes.

    • Thanks. Glad that it likes. Thank you for subscribing. And looking forward to discussing !

    • Trop court à mon goût et trop réducteur ! Mais voilà, c’est du bric à brac 😉 Très bonne nouvelle année ! Au plaisir de découvrir encore et encore !

  3. Si talentueux, unique, et j’ignorais qu’il avait laissé un tableau inachevé… Une suspension, il n’en peut plus, merci pour ce formidable artiste qui lui rend hommage, très bonne soirée

    • Difficile de résumer son oeuvre à quelques lignes, forcément réductrices ! Tant et tant à découvrir ! Merci bcp et bonne fin d’année si particulière ! Et bonne année 2021, celle du renouveau ! 🗓️

  4. Merci de me faire découvrir cet artiste que je connais mal. J avais vu quelques uns de ses tableaux dans une exposition à Lausanne il y a longtemps. Bonne soirée

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