
Avec Rochebrune, Sophie Divry propose un roman noir sur la notion de couple avec ce récit d’une famille recomposée où la relation paternelle se cherche, et ne trouve pas la façon de rassurer et de protéger sans étouffer. Avec cette fiction racontant une semaine pendant les vacances de la Toussaint, l’autrice nous plonge au cœur du changement climatique et pousse à la réflexion sur le couple et l’éducation.
Isabelle Fuzeau, fille de garagiste et d’une secrétaire de mairie, est devenue psychologue spécialisée. Sa fille Noémie, 14 ans, entre au lycée en classe cinéma. Son mariage fut pour elle une ascension sociale volontaire.
Xavier Daubard, fils d’un médecin et d’une femme d’intérieur exceptionnelle, a un fils Léon de sept ans. Il est level designer chez Ubisoft. Grand enfant, la paternité fut pour lui une révélation. Il aime beaucoup Isabelle qui lui assure la stabilité nécessaire à son équilibre retrouvé après une rupture avec la mère de son fils qui l’a grandement éprouvé.
Ils se sont mariés et essaient de permettre à leur couple de continuer à cheminer ensemble. Le couple décide de partir en vacances une semaine, en famille, dans une région des Alpes, la Vallée du Canéon, que Xavier connaît parfaitement. Ils auraient voulu se retrouver en amoureux au moment où il semble que leur couple se fatigue.
Seulement, impossible à mettre en place avec toutes les contraintes. Pour s’organiser une respiration, Xavier envisage une randonnée d’escalade avec son meilleur ami, afin de souffler un peu de cette ambiance familiale. Le Pic de la Purge à 3778 m est choisi. « Tous deux ignoraient qu’un renoncement peut être héroïque et un exploit stupide. »
Lecture prenante
Rochebrune est une histoire très sombre, mais profondément réaliste dans sa précision psychologique. Les rancœurs, les concessions et les désirs non satisfaits vont émerger avec leurs conséquences inéluctables dans un monde lui-même en plein bouleversement. Comme un thriller, Sophie Divry oblige à tourner les pages pour suivre l’engrenage implacable dans lequel elle a plongé ces deux adultes.
De loin, le portrait d’Isabelle est le plus dense et le plus abouti, me paraît-il. Chez cette femme, au mitan de sa vie, le rêve d’une vie parfaite a fait place à l’ennui, à un certain désappointement qu’elle n’assume pas. Le talent de Sophie Divry est de la placer au cœur d’événements qui vont la forcer à s’y confronter. Le résultat est à la fois une culpabilité certaine mais aussi une jouissance appréciée. Et cette dualité fait toute la richesse de ce portrait complexe mais terriblement attachant.
Le portrait de Xavier m’est apparu plus veule, moins impliqué, en un mot, assez immature. Sa relation avec son fils est une caricature, mais tellement savoureuse, de ces pères qui se cherchent entre virilité affirmée et nouveaux principes éducatifs. Même son métier ne lui apporte pas cette assurance qu’il aurait dû prendre avec l’âge. Et puis, j’avoue n’avoir pas du tout apprécié qu’il laisse femme et enfants quarante-huit heures pour assouvir un plaisir personnel.
Les portraits des enfants sont eux aussi fouillés et réalistes. Une mention spéciale pour cette adolescente, Noémie, particulièrement soignée.
Thriller addictif
La langue est incisive, cruelle mais souvent drôle. En deux parties, l’installation puis l’événement climatique, le rythme reste extrêmement tendu. Un seul bémol, peut-être, ces descriptions d’études qui font référence à des principes psychologiques vérifiés. Je ne vois pas trop ce qu’elles amènent à la narration sauf à accentuer le fait que les réactions sont plausibles. Mais, ça, le lecteur peut le vérifier tout seul !
Bref, une autrice que je découvre avec ce Rochebrune, sorte de conte cruel sur notre époque. Sophie Divry signe de beaux portraits très fins et réalistes. Un régal !
Pourquoi le lire ?
Pour la finesse de ses portraits psychologiques, son regard sans complaisance sur le couple et la famille recomposée et pour la tension qui traverse ce roman noir. Sophie Divry mêle habilement drame familial, réflexion sur l’éducation et bouleversement climatique, jusqu’à transformer une semaine de vacances en véritable thriller.
Puis quelques extraits

L’adultère, comme une publicité pour la liberté.
(… ) Great! Amazing! Ces jeux servant à activer la zone de la récompense chez les les joueurs après une journée de travail. Casser des briques, sauter sur un tremplin, récolter des pièces, et dès que le joueur était booked, hop, on lui balançait la Pub. Tout devait mener à la pub.
Isabelle avait l’impression d’être constamment soumise, non pas tant à ses besoins, ni même à celui des autres, mais à une forme d’institution supérieure qui imposait une suite de rituels. Nous sommes une famille. Nous sommes un couple. Nous partons ensemble. Quelle fatigue !
Mais être adulte, c’est peut-être cela : se comporter courageusement et que plus personne ne vous en félicite.
Il fallait décider pourtant, il fallait agir. Car tant que nous sommes acteurs, dans le récit de nos vies, tout va bien. Nous pouvons faire face à un changement de scénario. Le plus difficile est d’être privé de toute puissance d’agir, d’être un fétu de paille ballotté par les évènements.
Ici en bref




Du côté des critiques : Télérama
Du côté des blogs : Ma Collection de livres – Les lectures de ffloladilettante
Informations pratiques

Rochebrune de Sophie Divry
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Première sélection du prix Fnac et Médécis
Éditeur : Actes Sud – Instagram : @actessud – Facebook
Parution : 19 août 2026 – EAN : 9782330224417 – Lecture en septembre 2026

Ouh lala ! toutes les tentations ! On va devoir lire jour et nuit !
Attention à ta santé 😄
Il est dans ma PAL, ayant été saisie par la couverture. La finesse des portraits et la dimension psychologique devraient me plaire.
J’ai hâte aussi d’avoir ton retour !
[…] Rochebrune de Sophie Divry: un roman noir au cœur du couple et de la famille […]
pas forcément mon genre, trop noir mais ta critique élogieuse et celle de ma bibliothécaire vont me pousser à m’y pencher.
Ah, je croyais qu’il te plairait À voir donc !