
Minotaure est un roman autobiographique de Boris Bergmann, sur sa relation à son père, qui ne l’a ni élevé ni connu, mais également un hommage à toutes les figures paternelles qui ont tenté de le remplacer. Ce récit raconte aussi son enquête sur son désir de rencontres et les différentes tentatives réalisées.
La qualité du récit se mesure à l’interrogation du narrateur sur son désir, ses manques et ses attentes et la disproportion entre ceux-ci et le refus du père de le reconnaître ou de simplement le connaître.
En convoquant le mythe du Minotaure, Boris Bergmann donne une vision universelle à sa quête. Il met ainsi à distance ses propres affects pour s’inscrire dans une interrogation ancestrale. « Après tout, le Minotaure est un forçat du sentiment, forcé d’aimer tout ce qu’il rencontre. Avant de les dévorer.«
Une question reste en suspens qu’il n’a osé poser à sa mère, même après l’écriture de son premier livre. « Tu l’as aimé mon père ? » et c’est le téléfilm de Jean-Stéphane Sauvaire, adapté du roman qui ose poser la question à une Béatrice Dalle, dans le rôle d’une mère incestueuse.
« Je n’ai pas grandi dans l’ombre de son absence. C’est lui qui s’est construit dans la mienne. »
Du parcours de sa mère, Boris Bergmann raconte son militantisme à AIDES et sa prise de pouvoir en décrétant vouloir un enfant seule. Seulement, au fur et à mesure de son enquête, c’est une nouvelle découverte qui fait vaciller ses certitudes. Est-ce que ce père n’est qu’un « Malgré eux » ou a-t-il une autre consistance, encore moins plaisante.
Le lecteur imagine aisément ce que furent ses années de doute, d’incertitude, de rejet non réellement énoncés. Boris Bergmann les décrit avec beaucoup de pudeur et de réserve. Les mots ne contournent pas la colère, le manque d’attention, la lâcheté. Ils les contiennent.
Ainsi, l’hérédité ne se transmet pas directement. Elle emprunte des chemins détournés comme la force de sa mère : « À l’envers de toute l’histoire. Elle a vengé Sabines, Alcippe, Alcyon, Aura, Perséphone, toutes violées, engrossées, abusées, déflorées, pénétrées. Et toutes les autres, toutes celles qui au moment où j’écris subissent. » Mais aussi un événement personnel qui le force à donner puis à abandonner, comme l’a fait son père.
Profondément émouvant est le témoignage de Boris Bergmann. Minotaure est un récit à découvrir pour comprendre le sens d’une paternité reconnue, assumée et revendiquée et les manques qui subsistent lorsqu’elle fait défaut.
Pourquoi le lire
Minotaure est un récit profondément personnel sur l’absence du père, la quête de ses origines et les figures paternelles qui peuvent se construire autrement. Boris Bergmann transforme cette histoire intime en une réflexion plus universelle sur le désir, le manque, la filiation et la transmission.
Puis quelques extraits

Même si je surgis, j’ai tout de même espoir d’être accueilli.
Je suis fier d’être enfant de AIDES. Fils du sida. Adopté par tous les pédés. Famille nombreuse, parfaite, hérétique. C’est appartenir à un autre ordre, une marge, une race aristocratique, une noblesse de sang contaminé par la pureté. C’est combattre, même sans se rendre compte. C’est être différent.
Elle semble dire : pour remonter jusqu’au père, pour être fils, il faut plus que le fil. Pour sortir du labyrinthe, il faut l’amour.
Je pensais que ce livre serait l’évolution d’un regard, de mon regard. Se mouvoir dans l’œil, comme dans un fleuve. Passer de ma rage adolescente, celle-là même qui m’a poussé à écrire, à une forme de pardon. Pardonner au père, pardonner à tous les pères.
Je pensais aussi répondre à cette question : qu’est-ce que c’est, le père ?
Quand on n’est pas à sa place, on grandit deux fois plus vite.. J’ai la chance : je double de volume à l’intérieur.
Le plaisir de l’évocation, légender le quotidien, c’est-à-dire : du banal, faire légende.
Elle semble dire : pour remonter jusqu’au père, pour être fils, il faut plus que le fil. Pour sortir du labyrinthe, il faut l’amour.
Ici en bref




Informations pratiques

Minotaure de Boris Bergman
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Première sélection du Prix Goncourt 2026 – Première sélection du Prix Renaudot 2026- Première sélection du Prix Médicis 2026 – Première sélection du Prix Castel 2026
Éditeur : Albin Michel– X : @AlbinMichel Instagram :@editionsalbinmichel – Facebook
Parution : 19 août 2026 – EAN : 9782226511874 – Lecture en septembre 2026

J’avais remarqué ce roman, et ses nombreuses nominations aux prix littéraires m’ont davantage donné envie de découvrir ce récit.
J’évite les (auto)biographies : j’ai été déçu plusieurs fois.
Pas pour moi, ces thématiques me font fuir. Bon week end
Bonjour Matatoune, c’est un thème qui me plaît assez bien. La comparaison avec la figure du Minotaure me semble intéressante également, riche de possibilités littéraires. Peut-être que je le lirai mais ma PAL déborde. Merci 🙏 Belle journée ☀️🤗✨️
je ne suis pas tentée par celui-ci, le thème je pense, même s’il semble traité avec pudeur et force à la fois. bonne journée.
[…] Minotaure de Boris Bergmann : une quête du père entre manque et transmission […]