De Mohammad Rasoulof
Révolte féministe contre le pouvoir Iranien avec des retentissements familiaux

Comme l’explique le début du film, Les graines du figuier sauvage de Mohammad Rasoulof, ce figuier, appelé aussi figuier des Pagodes, a des racines qui dévorent tout ! Une métaphore, comme la filmographie de Mohammad Rasoulof en est coutumière, pour décrire que le pouvoir étouffe mais aussi que les femmes en Iran sont et seront le miel dont viendra la douceur de la vie puisque le figuier peut vivre des milliers d’années.
Brins d’histoire

Iman, le bien nommé, (Missagh Zareh), est promu enquêteur, presque juge d’instruction, son rêve le plus cher qui enfin se réalise. D’ailleurs, dès les premières images du film, on le suit remerciant son Dieu dans un lieu dont plus tard on apprendra qu’il en est originaire.
Puis, Iman revient dans sa famille à Téhéran retrouver sa femme attentive, Najmeh, et ses deux filles, Rezvan vingt et un ans étudiante, et Sana, quatorze ans, lycéenne.
Seulement, le mouvement Femme, Vie, Liberté prend de l’ampleur après la mort de Masha Amini, jeune kurde qui succombe sous les coups de la police iranienne.
Iman est confronté au déferlement des affaires qu’il faut juger en quelques minutes sans avoir pris le temps de lire le dossier. Le film dissèque l’obéissance à un ordre établi et puissant qui incarne l’ambition dont on rêve depuis longtemps. Au bord de la porte qui fait du rêve une réalité, Iman va-t-il y renoncer ou au contraire, taire son ressenti et plongé dans un abîme inconnu.
Parallèlement, ses filles sont confrontées aux violences policières et se noient dans les réseaux sociaux pour connaître les évènements hors la propagande gouvernementale.

Le spectateur espère que l’homme ne reniera pas ses valeurs humanistes pour poursuivre son ambition. Seulement, au contraire, il choisit d’oublier son éthique pour répondre au système.
Alors, lorsque son pistolet disparaît, sa descente aux enfers n’aura plus aucune limite et avec elle sa famille.
Thriller documentaire
Mohammad Rasoulof réussit à créer un film noir, social avec une intrigue digne d’un thriller. Car, jusqu’à la fin, le spectateur est scotché pressentant le drame final, et comprenant que rien ne pourra l’éviter.
La force, des graines du figuier sauvage, est le mélange entre la fiction et les documents publiés sur les réseaux sociaux, films documentaires sur la répression policière du pouvoir sans limite.

Seulement la fable du figuier sauvage prend corps avec les trois personnalités féminines qui peuvent incarner l’évolution vers la conquête de leur liberté.
Le spectateur occidental est frappé par la » servilité » admirable de la femme d’Iman, (Soheila Golestani), qui, par ailleurs, son voile ôté dans son appartement, semble être une femme moderne et avancée. Pourtant, l’adoration qu’elle choisit de porter à son mari, lui permettra de prétendre à mesure qu’il s’élève, dans la hiérarchie de son travail, à un nouvel appartement et, enfin, comme elle le lui rappelle un peu ironiquement, à un lave-vaisselle. Cette femme ressemble à nos mères ou grands-mères choisissant de museler leur propre aspiration pour servir leur mari adoré. Seulement, l’évolution du personnage permet de comprendre qu’elle n’est absolument pas dupe de la rude masculinité de ce dernier.

Rezvan (Mahsa Rostami) est un personnage intéressant, car c’est la première qui s’oppose à la parole du père. Elle retrouve une liberté de pensée qu’elle n’entend pas museler, même si elle continue d’obéir à sa mère, aveuglée encore par le respect qu’elle doit à la femme qui l’élève.
Évidemment, le personnage de Sana (Setareh Maleki) porte tous les espoirs du réalisateur et bien sûr les nôtres.
Et, on vit, avec ce film, la certitude que plus rien ne sera comme avant, même si pour grandir ce souffle met à grandir de nombreuses années. Comme le figuier sauvage, plante essentielle de l’Asie Mineure, son essor est inéluctable !
Secrets de tournage
Le film Les graines du figuier sauvage a reçu le Prix Spécial du Jury du festival de Cannes 2024. Mohammad Rasoulof a conçu le scénario en prison, lors du début du mouvement Femme, Vie, Liberté. Suite à une confession d’un personnel de la prison, le réalisateur a voulu mettre en scène ce souci d’obéissance qui malgré tout ne suffira pas à étouffer la révolte de la jeunesse.

« Il souffrait d’un intense remords et ne pouvait pas se libérer de la haine qu’il éprouvait pour son travail. De telles histoires me convainquent que le mouvement des femmes en Iran finira par s’imposer et atteindre ses objectifs. Les répressions peuvent temporairement maintenir la situation sous contrôle pour le gouvernement, mais finalement le mouvement vaincra. »
Une fois sorti de prison, il a rassemblé une équipe restreinte, habituée à travailler avec lui pour procéder au tournage. Il pensait qu’il serait arrêté durant le tournage. Mohammad Rasoulof raconte l’engagement des acteurs et des techniciens, de tous ses collaborateurs, pour réussir son film réalisé dans la clandestinité. Le chef opérateur avait une petite caméra. Les moyens étaient très restreints. Le chef monteur était à l’étranger. Une fois que tout le film est sorti d’Iran, le réalisateur a enfin su que son œuvre était en sécurité.
Mohammad Rasoulof a fui clandestinement son pays au début du mois de mai 2024. Heureusement, ses acteurs et techniciens ont fui à Berlin avant que le pouvoir ne soit au courant.
La chanson que fredonne la mère en faisant la vaisselle et comme celle qui est diffusée dans le jardin familial, est une chanson kurde. Celles-ci sont interdites depuis la Révolution Islamique.
Pour aller plus loin
Femme, Vie, Liberté sous la direction de Marjane Satrapi
Du côté des critiques
Télérama –
Du côté des blogs
Coquecigrues et ima-nu-ages – MHF Le blog – Le Tour d’écran –
Sources
Questions pratiques

Les graines du figuier sauvage
Réalisateur : Mohammad Rasoulof
Titre original : The Seed of the Sacred Fig
Acteurs : Missagh Zare – Soheila Golestani – Mahsa Rostami – Setareh Maleki
Drame
Pays : Iranien
Durée : 2 heures 46 minutes
Sortie nationale : 18 septembre 2024
Distributeur : Pyramide Distribution
X: @Pyramide_Films – Instagram : @pyramide.distribution

Très beau film, qu’on apprécie pour son côté politique et social et parce qu’il correspond à l’image qu’on a déjà de l’Iran. Un petit bémol, la longueur du film 2h45…
Oui, mais j’avoue que c’est passé vite, pour moi !
Merci dnetre venue déposer ton avis ici
Très bonne continuation 📚
J’ai très envie de le découvrir en salle. Mais est-il encore à l’affiche dans mon cinéma préféré ? Je vais regarder ça. Merci Matatoune de nous en avoir parlé ! 🙂
Même s’il ne passe plus, il permet des infidélités 🤣
J’ai prévu d’aller le voir ce week-end. Les 3h me faisaient un peu peur, mais apparemment, ça passe bien.
Oui moi aussi et je ne les ai pas vu passé !
Un film indispensable, on dirait. La situation dans ce pays est vraiment terrible. Bonne journée
C’est la vie au quotidien d’une famille assez aisée et très « conscilliante » avec le régime autoritaire qui est confrontée à une revolte bien plus profonde qu’un voile ôté ! A voir assurément !
Je suis sidérée par toutes ces infos, notamment sur la genèse du film. À voir, donc… merci pour cette découverte comme toujours bien documentée !
Je crois que les conditions de sa réalisation montre combien ce film peut être ravageur pour le pouvoir en place !
Effectivement, et c’est terrifiant !
Très envie de le voir ! Ce message d’espoir est important.
C’est le message que j’ai voulu y voir … tu nous diras …
je vais voir ce film cet après-midi , merci pour ton article . MORI7
Alors. On attend ton retour !
Merci, vu et chamboulée par ce film. Il faut en parler
Oui, je suis tout à fait d’accord 😆
« son essor est inéluctable ! » – oui mais il faudra peut-être encore des années… (merci pour le lien)
Bien sûr, mais les graines ont germées ! 😉
J’ai beaucoup aimé ce film, merci pour ton bel article.
Ce huis-clos familial qui fait écho aux manifestations de rue est d’une grande qualité à la fois documentaire et de fiction. Une grande réussite 😉