
Encore un récit de renaissance, direz-vous, et pourtant, portée par une écriture singulière, Roxanne sait s’imposer, laissant son empreinte feutrée bien après la lecture. Romain Aguila réussit à raconter l’âpreté d’un renouveau, la sortie de l’engrenage et de la mise en danger pour s’affirmer, accomplie et sereine après ces batailles.
Roxanne, « la muette« , « discrète et banale« , comme « à son habitude« , porte une cicatrice qui lui barre la parole. Seulement, ce ne sont pas uniquement les mots qui ne peuvent s’échapper. C’est son malaise aussi qui ne peut s’apaiser. Dans son enfance, une boîte en bois a enfermé l’un de ses tuteurs. Depuis, le manque envahit sa vie.
Alors, ces mots qui ne s’écoulent plus, doivent occuper un corps qui souffre de la maigreur qui l’habite. Blessée et touchée, la musique sur sa guitare est la seule qui puisse encore l’animer, à la recherche du « riff » !
« C’est ça qui intéresse
Roxanne, l’imparfait, le fêlé, le décalé.
En dehors de ça, ils parlent
de « tout et de rien ».
Roxanne se demande
comment parler de tout.
Et pire : comment ne parler de rien? » Seulement, ce « riff » si difficile à atteindre en musique, des substances l’apportent.
Portrait très émouvant
Ce premier roman commence lorsque Roxanne se relève d’une overdose. En vers libres, Romain Aguila dresse, avec ce portrait de jeune femme, une émouvante histoire de renaissance. Son écriture est respectueuse de la personne qu’il décrit, sans rien oblitérer des difficultés rencontrées, tout en accompagnant l’instant présent.
Proche sans la juger, sans la comparer, sans la précéder, le récit rend compte de ses doutes sur ce chemin bordé d’embûches. Petit à petit, de minuscules victoires en moins petites, elle s’achemine vers une vraie réussite. Impossible d’oublier cette Roxanne, par sa présence, sa force qu’elle affirme pas à pas, étonnée de la découvrir elle-même.
Formidable écrit d’espoir par un écrivain qui se place au plus près du ressenti intérieur de son personnage.
En parlant de soin à soi-même sans discuter de soignants, d’intériorité sans plonger dans le pathos, de malaise sans plainte, de ressenti sans sensibilité excessive, voici un coup de cœur pour cette rentrée littéraire 2026.
En quelques mots
Après une overdose, Roxanne tente de reconstruire sa vie. En vers libres, Romain Aguila explore avec délicatesse le silence, l’addiction, la souffrance et le lent chemin vers la reconstruction. Sans pathos ni jugement, il accompagne son héroïne dans une renaissance faite de fragiles victoires. Un premier roman d’une grande justesse, porté par une écriture sensible qui laisse une empreinte durable et s’impose comme l’un des beaux coups de cœur de cette rentrée littéraire 2026.
Remerciements
Aux éditions Buchet – Chastel
Puis quelques extraits

Aussi loin qu’elle s’en souvienne, c’est à ce moment qu’elle commence à chercher le riff. Celui qui apaise, qui équilibre.
Immobile, hésitante.
La fureur gronde en elle comme un volcan prêt à vomir sa lave.
Son cœur tambourine sur ses ctes.
Elle n’a rien d’autre que sa voix.
Elle voudrait hurler pour qu’on l’entende.
Pour qu’il ravale son sourire idiot.
Pour le couvrir d’injures.
Le noyer dans la honte.
Mais même là, rien ne sort
Roxanne ne dit rien.
Le riff est presque là.
Celui qu’elle cherche
depuis si longtemps. Elle va l’atteindre.
elle le sent. Encore une chanson
et elle y est. Il ne manque rien.
Enfiévrée, elle ne voit même plus
l’auditoire qui danse sur chaque
morceau, le reste du groupe
qui s’active autour d’elle.
Seule importe la musique.
C’est ça qui intéresse
Roxanne, l’imparfait, le fêlé, le décalé.
En dehors de ça, ils parlent
de « tout et de rien ».
Roxanne se demande
comment parler de tout.
Et pire : comment ne parler de rien?
Qui aurait cru que tant de rythme,
tant de feu, se cachait sous cette feuille tremblante ?
Elle est aphone des sentiments.
Ici en bref




Questions pratiques

Roxanne de Romain Aguila
Rentrée littéraire 2026 – #rl2026
Éditeur : Buchet – Chastel– X: @buchetchastel Instagram : @editionsbuchetchatel – Facebook
Parution : 20 août 2026 – EAN : 9782283042700 – Lecture en juin 2026

Je comprends que vous ayez été bouleversée, ces vers sont durs.