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Les silences de l’Histoire selon Xavier-Marie Bonnot

vagabondageautourdesoi.com -Xavier-Marie Bonnot - Le diable rit avec nous -

En affirmant que « l’histoire, c’est essayer de comprendre ce passé qui persiste dans notre présent« , Xavier-Marie Bonnot soulève, avec Le Diable rit avec nous, des pans entiers de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, souvent volontairement laissés de côté au profit d’une lecture héroïque de la résistance du peuple français.

Xavier-Marie Bonnot détaille le sort de ceux qui, après avoir participé à l’action nazie, se sont investis dans la guerre d’Indochine, dans le cadre de la Légion étrangère. Puis, après, sont revenus poursuivre leur vie en France en investissant le milieu intellectuel et celui du pouvoir. Peut-être, soumet-il aussi à la réflexion du lecteur ce à quoi nous assistons : le retour d’idées nauséabondes, lié à la négligence de l’après-guerre ou à la naïveté.

Cette recolonisation en Indochine, beaucoup de jeunes résistants, ancrés à gauche, l’ont découverte lors de leur arrivée sur le terrain, dans ce qu’on n’appelait pas encore le Vietnam, et ont pu s’en échapper, fréquemment, à la faveur d’une fièvre ou d’une blessure, bienvenues.

Une photographie retrouvée

Dans Le Diable rit avec nous, une photographie de trois légionnaires est retrouvée dans les affaires du grand-père du narrateur. C’est le point de départ de l’intrigue de ce journaliste qui enquête sur ses origines et son grand-père. Le cliché est annoté du nom d’un des hommes, Charles Morin, complété d’un lieu et d’une date.

Son enquête familiale l’amène à croiser la route de cet ex-légionnaire et à l’interviewer pour essayer de retrouver la figure paternelle. En effet, il est né en pleine guerre d’Indochine d’un père qu’il n’a connu que jusqu’à l’âge de quatre ans. En chemin, devra-t-il ajuster l’image qu’il garde de son grand-père, éminent gradé de la Légion, pour qui il porte une grande affection ?

La guerre d’Indochine, prolongement d’une autre guerre

Charles Morin est un enfant de poilu, mort pour la France, qui choisit de servir la Waffen-SS pendant la Seconde Guerre mondiale. Puis, la guerre finie, comprenant qu’il n’est pas le bienvenu dans une France qui tente de se reconstruire, il s’engage dans la Légion étrangère pour combattre en Indochine. C’est là qu’il fait la connaissance du grand-père du narrateur. Quels liens entre les deux hommes, censés, dans les souvenirs de l’enfant, être diamétralement opposés ?

Sur ces moments, comme floutés par l’histoire, Xavier-Marie Bonnot choisit d’y apporter une lumière d’historien, mais également d’écrivain, reconnu pour ses romans noirs et donc, son sens du suspense. Car, avec son intrigue, le roman Le Diable rit avec nous éclaire deux aspects, l’intime et l’Histoire. Il met en lumière la division française de la Waffen-SS, et par ailleurs, la recolonisation de l’Indochine dans le contexte de la lutte contre le communisme. Alors, la Légion étrangère assurait une impunité aux Français engagés aux côtés des nazis et aux ex-soldats nazis. Il aborde aussi les liens du pouvoir français d’après-guerre avec des collaborateurs identifiés.

Un éclairage bienvenu

Ainsi, « Dans les cœurs… souffle un vent formidable… le diable marche avec nous« .  Ce chant des légionnaires vient d’un chant des anciens Waffen-SS, dont la division française Charlemagne, qui, à la fin de la Seconde Guerre mondiale se sont engagés dans la Légion étrangère pour aller se battre en Indochine, éviter la prison et attendre patiemment un geste politique.

Xavier-Marie Bonnot choisit de faire de son légionnaire, un combattant contre le bolchevisme puis contre le communisme vietnamien :  « L’histoire, chacun la tripote selon ses fantasmes« , nous suggère son narrateur. Ainsi, il remet en perspective cette chasse aux sorcières du communisme que la droite affichait à l’époque pour justifier ses accointances avec la montée des fascismes. Impossible de trouver des excuses à l’attitude de ces collaborateurs, même si Charles Morin essaye de minimiser ses actes.

Réinterroger l’Histoire

La quête de ses origines reste le fil rouge qui permet au journaliste d’affronter les confidences et les justifications d’un Charles Morin proche de la mort. Pourtant celles-ci sont difficilement audibles, comme pour le narrateur. Cependant, ce sont les mêmes qui ont justifié l’inacceptable.

Xavier-Marie Bonnot dénonce le silence assourdissant sur la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale en montrant combien Le Chagrin et la Pitié fut difficilement accueilli lors de sa sortie. Il tentait de détruire quelque peu le portrait d’une France résistante. De même, la colonisation en Indochine, en Algérie restent des sujets brûlants que peu souhaitent soulever.

Quand la fiction interroge la mémoire française

Plusieurs niveaux de lecture dans ce roman aux accents intimes importants. Ces sujets ont longtemps constitué, pour Xavier-Marie Bonnot, des interrogations qu’il n’a cessé de soulever lors de sa carrière de scénariste de documentaires. Avec Le Diable rit avec nous, l’auteur explore la fiction avec son enquête familiale qui s’insère dans les plis cachés du feuilleton historique national bâti autour de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, en divertissant, Xavier-Marie Bonnot immerge son récit dans le marasme colonial, la chasse aux communistes et l’univers nazi.

En quelques mots

À partir d’une photographie retrouvée, Xavier-Marie Bonnot construit une enquête familiale qui plonge dans les zones d’ombre de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre d’Indochine. Un roman mêlant histoire, mémoire et fiction pour interroger les silences de l’après-guerre et la transmission des héritages les plus dérangeants.

Remerciements

Aux éditions Récamier.

Puis quelques extraits

L’Histoire est une barbare. Nous portons tous, plus ou moins, les séquelles des coups qu’elle nous a infligées.

La nature, c’est la volonté de puissance.

On ne vient jamais à bout d’un peuple qui désire son indépendance.

Je ne me suis jamais fait à cette misère humaine que la guerre charrie partout dans le monde.

Je crois, avait dit Émile, que la guerre d’Indochine a laissé trop d’initiatives à tous les cadres de notre armée. Des lieutenants ou des sous-officiers étaient chefs de poste dans des coins perdus, totalement isolés. Ils faisaient à peu près tout ce qu’ils voulaient, agissaient selon leur bon vouloir. Sans aucun véritable contrôle ! En face d’eux, les unités de secteur Viet Minh étaient dans le même cas de figure. Des officiers seuls contre des seigneurs de la guerre impitoyables. Le pire et le meilleur ont eu lieu. Il ne faut pas le nier. De notre côté et du leur…

Et, encore,

Pour la guerre d’Indochine, on dénombre environ 500 000 morts du côté Viet Minh et 500 000 blessés. 47 000 soldats, dont 12 000 1égionnaires, du corps expéditionnaire français ont été tués, s’ajoutent 28 000 autochtones et 17 000 soldats des États associés. On estime aujourd’hui à environ 1,3 million les morts vietnamiens de la guerre américaine et à 60 000 les morts pour les Américains. À cela s’ajoutent 2 millions de civils tués et 300 000 soldats sud-vietnamiens qui combattaient aux côtés des États-Unis.

Témoignages d’anciens de la SS:
« Le camp principal d’Auschwitz était comme une petite ville, avec ses commérages, ses bruits de couloir. Il y avait une épicerie où l’on pouvait acheter un os à moelle pour faire un bouillon. Y avait une cantine, un cinéma et un théâtre où on donnait régulièrement des spectacles, un club de sport dont j’étais membre. C’était joyeux, vivant, comme dans une petite ville.

L’alcool y était très présent. On nous en donnait chaque jour une ration et parfois on faisait de grosses beuveries. La situation particulière du camp nous a permis de nouer des amitiés dont je me souviens encore aujourd’hui avec plaisir. »
Témoignage dOskar Gröning, SS à Auschwitz, condamné en 2015 à quatre ans de prison. Dans la tête des SS, documentaire de Serge de Sampigny, Histodoc, 2017.

Et, encore, encore,

Pour les puceaux de l’horreur, la fascination de l’inhumain est tenace.

Le silence est un présumé coupable. Il imprègne notre vie publique, brouille les pistes, nous fait oublier que le passé pèse sur le présent, de tout son poids.

Ici en bref

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Questions pratiques

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Le diable rit avec nous – Xavier-Marie Bonnot

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Éditeur : Récamier – X : @Ed_Recamier Instagram :@editionsrécamier- Facebook

Parution : 20 août 2026 – EAN :  9782385772086 – Lecture en juillet 2026

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