Le jour où Kennedy n’est pas mort – R.J.Ellory

@vagabondageautourdesoiMitch  Newman a perdu son père lors d’une guerre en Afrique. Ce combat est photographié un mois plus tard par le grand Cappa. A son tour, Mitch veut partir en Corée pour devenir grand reporter. Mais, là-bas, il rencontre la peur et la mort.

De retour quatre mois plus tard, sa belle fiancée ne répond pas à ses lettres de demande de pardon. Quinze ans après, le journaliste prometteur est devenu free-lance portant sa dépression à bout de verres. Mais, elle, Jean Boyld, journaliste pourtant reconnue, vient à se suicider.

Est-ce qu’on sait vraiment pourquoi une personne qu’on aime se suicide ? A la demande de la mère de Jean, Mich va tenter de découvrir ce qui s’est passé.

 Jean s’est trouvée à Dallas le 3 juillet 1963, le jour où Kennedy n’est pas mort, au moment où le président menait campagne en vue de sa prochaine réélection.  Mitch va reconstruire petit à petit l’emploi du temps de son ex-fiancée au fil des cadavres qu’il découvre.  

Dans cette utopie qui couvre six semaines de la période juillet 1963 au 24 août 1964, R.J.Ellory ose écorner la légende Kennedy.  Souffrant d’une addiction au sexe, Kennedy est décrit comme de plus en plus inapte à gouverner à cause des drogues qu’il ingurgite pour couvrir les symptômes de la maladie d’Addition et ses douleurs.

Mais, il est étrangement relativement absent dans ce polar. La place politique est tenue  par son frère Bobby qui décide et organise notamment la venue de son frère à la convention démocrate. Les liens avec la maffia sont affirmés et pas seulement avec le père…

L’image est écornée. Du bon démocrate, bon père de famille, qui a fait avancer les droits civiques et progresser la fin de la ségrégation, on découvre un homme instable et dangereux.  Le lien se fait naturellement avec la campagne de ré-élection de Trump. La similitude entre les deux hommes ne peut pas être que fortuite.  Et si le message de R.J.Ellory était démocrate ou républicain, c’est pareil.

Cette enquête d’investigation est un chef-d’œuvre de construction respectant le suspens jusqu’à la fin. Mais elle serait terne sans la personnalité de Mitch. De son amour fou et contrarié pour son ex-fiancée, il évolue vers plus de maturité et d’empathie jusqu’à la fin, complétement imprévisible. Égocentré, il s’accroche à son malheur et le brandit comme son monopole. Quelle personnage ! Certainement que Mitch Newman doit beaucoup à l’homme R.J.Ellory.

En mélangeant réalité et fiction, uchronie et roman noir, investigation journalistique et roman psychologique, mais aussi thriller, R. J. Ellory réussit dans « Le jour où Kennedy n’est pas mort » un conte extrêmement bien écrit et superbement construit qui embarque son lecteur au cœur de la politique américaine avec émotions mais sans illusions.

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Pour certains, il y avait un cataclysme fracassant, des plaques tectoniques qui entraient soudain en collision, et le monde entier cédait sous la pression. Pour d’autres, c’était une accumulation de petits déplacements qui aboutissait à un effondrement.

Les enfants qui grandissent avec un parent en moins auront toujours en eux des choses qu’ils ne comprendront pas.

Tous les mécanismes qu’il était parvenu à mettre en place pour se protéger de la vérité s’effondrèrent et ne laissèrent que de la poussière et des ombres.

Un héros ne meurt qu’une fois, mais un lâche meurt mille fois.

Était-il allé en Corée pour fuir l’engagement ou pour prouver sa capacité à s’engager ?

Il pourchassait des fantômes, et les fantômes ne disaient rien.(…) Ils pourchassait des fantômes, et les fantômes se cachaient bien.

Ce qui m’a poussé à me jeter dans une guerre avec un appareil photo et un carnet était totalement différent. C’était lié à qui j’étais, a pourquoi j’étais là, à ma volonté de laisser une trace dans le monde.

J’essaie chaque jour de trouver quelque chose de nouveau, quelque chose qui me réorientera vers la personne que je croyais être au lieu de la personne que je pense être devenu.

La Corée et son échec à récupérer Jean lui avaient servi d’excuse pour renoncer à la responsabilité de sa vie. Il avait été d’une tristesse noble, espérant déclencher la compassion chez les autres, et pourquoi ? Depuis, il n’avait fait chaque jour que repousser l’inévitable.

Ça avait été le seul moment où elle avait pu apercevoir en toute honnêteté ce qui se cachait derrière le théâtre superficiel de l’empire Kennedy.

C’est la veille maxime. Premièrement, mettre l’accent sur ce qui selon nous fait la grandeur de ce pays aux yeux des électeurs. Deuxièmement, si nous ne pouvons pas mesurer ce qui est important, prendre quelque chose que nous pouvons mesurer et convaincre le peuple que c’est important.

Il ferma les yeux un instant, comme s’il hésitait à dire autre chose.  » Dans la situation actuelle, je ne voterais pas pour mon frère. Si nous parvenons ensemble à me faire changer d’avis, je pense que nous pourrons faire changer d’avis cette nation » .

Ce qui l’avait poussé à aller en Corée avait toujours été là- une certaine frustration, la conviction qu’il était destiné à quelque chose de plus grand et de plus important que la banalité et la routine d’une vie ordinaire.

Puis, il s’était détestée lui-même avec une passion et une violence renouvelées. Il s’était mis à boire et avait continué jusqu’à plus soif.

Je ne prétends pas comprendre ce qui pousse un être humain à s’imposer ça, mais je comprends à quel point il est difficile d’assister à ce gâchis sans pouvoir rien y faire. La chose que tu dois voir mais que tu ne vois pas, c’est qu’être aussi impitoyable envers soi-même, c’est être Impitoyable avec les autres. Plus ils sont proches, plus tu les repousses. Plus tu compte pour eux plus ils ressentent la souffrance que tu t’inflige.

..,car pour pardonner à autrui il est nécessaire d’être capable de se pardonner à soi-même, et c’est une chose dont je crois que tu ne seras jamais capable.

A un moment l’épée tombait, et la vie prenait fin.

Il était américain jusqu’au bout des ongles, et même s’il n’était pas fan du nationalisme cocardier et tapageur qui avait été fabriqué de toutes pièces pour soutenir l’implication américaine en Corée, et désormais au Vietnam, il éprouvait tout de même une certaine loyauté. Il ne faisait aucun doute qu’il était patriote, même si son patriotisme allait vers un type de démocratie et de liberté individuelle qui semblait de plus en plus rare et étriqué au fur et à mesure que les années passaient.

Le roi de Camelot était tombé !

Il comprenait que le temps n’était pas et n’avait jamais été le grand guérisseur.
Le plus grand guérisseur, c’était l’espoir.

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

@vagabondageautourdesoi

 

Le jour où Kennedy n’est pas mort – R.J.Ellory

Éditeur : Sonatine

Parution : 2 avril 2020

 EAN : 9782355847950 

Lecture : Juin 2020

13 commentaires

    • C’est bien construit, bien écrit, juste un très bon moment de lecture. Alors très bonne découverte !

  1. Mince je le trouve pas sur mon site va falloir que je cherche ailleurs en e-book. Bisous merci il me dit bien celui-là

    • J’avais déjà lu cet auteur mais cela faisait longtemps. J’ai eu plaisir avec celui-ci et à l’inverse de toi, j’aimais bcp le sujet . Alors …

  2. je l’avais demandé sur NetGalley mais Sonatine n’aime pas mon profil et refuse chacune de mes demandes…
    Je vais tenter de me le procurer à la BM ou j’attendrai la version poche 🙂
    en tout cas ta chronique me conforte dans mon désir de le lire 🙂

    • T’inquiète, moi non plus Sonatine ne me l’avait pas accordé, certainement sûr que je le lirai quand-même …Ils cherchent de nouveaux lecteurs pour agrandir leur leurs cibles . En tout cas, il vaut la peine; Hâte de lire ta chronique Bonne soirée

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