R. J. Ellory – Au nord de la

Frontière

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R. J. Ellory embarque ses lecteurs au fin fond de la Géorgie, vers Trenton, dans le Comté de Dade, au plus au nord de l’État, touchant le Tennessee et l’Alabama. C’est cette position, au carrefour de plusieurs droits judiciaires particuliers à chaque état fédéré, que se situe la grande criminalité décrite dans ce nouveau thriller, Au nord de la frontière. Ici, les manœuvres illicites en tous genres sont habituelles, de la drogue à la prostitution en passant par l’alcoolisme.

Seulement, l’écrivain ne s’en contente pas ! Il accompagne son thriller de la renaissance de son enquêteur, un simple chérif, aux prises avec des souvenirs biaisés qui l’ont pourtant aidé à vivre mais qu’il devra remettre en question devant d’autres évidences. Le thriller de R.J. Ellory Au nord de la frontière est presque un alibi à la complexité psychologique, toujours aussi fouillée.

Brins d’histoire

À l’occasion du décès de son frère, Franck, Victor s’attelle à comprendre ce qui lui est arrivé. À peine deux cents kilomètres les séparaient et pourtant onze ans, qu’ils ne s’étaient vus ! Un an les séparait à leurs naissances, tout un univers à l’âge adulte. Tous deux ont consacré leurs vies à l’application de la loi en étant shérifs de leur communauté. Lorsque Victor apprend la mort de Franck, le samedi 15 août 1992, il ne peut que partir découvrir ce qu’il lui est arrivé.

Seulement, une autre enquête démarre aussi : la découverte du cadavre d’une jeune fille sur son territoire va absorber aussi toutes ses pensées. Retrouvée morte dans un lac, s’est-elle noyée ou a-t-on transporté son corps ? Elle s’appelait Ella May Rayford et présentait des traces de ligatures sur les chevilles et les poignets et semblait avoir été droguée. Elle n’avait que seize ans ! Deux meurtres d’adolescentes suivront dans d’autres états, de quoi déclencher des investigations d’envergure !

Une atmosphère !

Ce thriller est d’abord une ambiance, celle des bourgades du nord de la Géorgie. Peu d’habitants aux kilomètres carrés, les montagnes des Appalaches forment une toile de fond et la forêt nationale Cherokee du Tennessee plonge les lecteurs dans une nature luxuriante. Peu d’affaires de meurtres dans ce pays où les habitants sont coutumiers à s’entraider. Élu par les habitants pour une durée de quatre ans, le shérif connaît particulièrement bien les problèmes de son comté. Ici, le fait que cette partie de l’État soit voisine avec plusieurs comtés et plusieurs États, rend l’administration d’affaires délictueuses plus complexes.

Un métier spécifique !

La mode des westerns nous a fait connaître les shérifs, Ici, R. J. Ellory appréhende à travers un beau portrait d’homme d’âge mûr, ses fonctions. Victor 46 ans, veuf sans enfant est un homme intègre, qui conçoit son métier comme un sacerdoce. L’écrivain le décrit en policier, teigneux, un peu taiseux mais si humain et bon qu’on s’en étonne. Pourtant, rien ne le relie à la vie, uniquement sa rectitude à la loi et un haut sens moral de l’intérêt de son travail.

Tout au long de cette enquête, la peur sert le ventre du lecteur. Que toutes les destructions qu’il ne cesse de découvrir sur sa route, ne mettent pas à mal ce caractère droit. Les vœux les plus chers sont que R. J. Ellory l’épargne, car nous et lui, on aime, on espère, que le monde n’est pas si mauvais et que personne n’essayera de l’atteindre, même par ses proches. Et lentement, l’étau se resserre jusqu’à en devenir insupportable !

De façon plus concise

Sur fond d’une double enquête, R. J. Ellory décrit la renaissance d’un homme, enfermé dans sa solitude, qui apprend petit à petit à revivre, à sortir les fantômes de sa vie passée pour retrouver le goût des autres. Un long cheminement parfaitement raconté sans en avoir l’air, tant le héros est occupé à résoudre un triple meurtre, et trouver l’explication du décès de son frère.

Comme à son habitude, le style et l’intrigue sont parfaitement maîtrisés. Au nord de la frontière est un thriller qui se déguste lentement, comme un bonbon en bouche !

Hommage au traducteur

Que serait un écrivain sans son traducteur. Celui de R. J. Ellory, François Pointreau a collaboré à la traduction d’Au nord de la frontière et à bIen d’autres titres de l’éditeur Sonatine. Il est décédé en avril 2023.

Au cours de ma lecture, m’est venue l’idée de lui rendre hommage en relevant les aphorismes que R. J. Ellory a parsemés Au nord de la frontière. Aucun relevé exhaustif, juste un clin d’œil a des expressions qui m’ont fait sourire, quelques fois plus, en tout cas, toujours exprimant beaucoup la sagesse d’un terroir.

  • Si un gars traîne avec des mouflettes, il finira à coup sûr par sentir comme elles.
  • Quand on va dîner avec le diable, on prend une grande cuillère.
  • Grattez le mensonge vous trouverez le truand !
  • Autant essayer de tire du sang d’un navet !
  • Et bien, pendant que vous y serez occupé à tousser, assurez-vous de ne pas vous étouffer, hein.
  • Le sentiment qu’il avait attaché son cheval à un piquet qui n’existait pas.
  • La pauvreté poussera un singe à manger du poivre.
  • C’est le cheval qui tire le pus fort qui reçoit le plus de coups.

Pour aller plus loin

R.J. Ellory- Le jour où Kennedy n’est pas mort

R.J. Ellory – Une saison pour les ombres

Puis quelques extraits

Pour la plupart des gens, la vérité était simplement la version la plus acceptable des évènements.

La chose qui lui manquait le plus était l’espoir. L’espoir que tout aurait un sens quand il serait plus vieux.

La famille est un nœud qu’on ne défait jamais, shérif.

Qu’est-ce qui valaient le mieux disparu ou mort ? S’ils étaient morts, alors peut-être qu’il était possible de faire son deuil. Peut-être. Mais s’ils disparaissaient, il y avait toujours l’espoir qu’ils reviendraient. Ce qui, en soi, suffisait à vous faire attendre pendant le restant de notre vie. Passer à autre chose aurait ressemblé à la pire des trahisons, comme si l’oubli les avait consignés à l’histoire.

L’imagination de l’homme semblait infinie quand il s’agissait de souffrir.

Il n’existait pas de manuel pour leur dire comment se reconstruire, aller de l’avant, accepter le fait que la pire crainte de tout parent était désormais une réalité.

Personne ne se remettait jamais vraiment du passé; on trouvait juste un moyen de s’en sortir avec aussi peu de dommages que possible. Et rien n’était jamais oublié non plus. On choisissait juste de ne pas se souvenir.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus
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Incipit
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Un extrait
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Puis le dernier

Du côté des blogs

Livresse du noir Sin cityEmOtions, blog littéraire Aude bouquine

Questions pratiques

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R. J. Ellory – Au nord de la frontière

Traducteur : Fabrice Pointeau

Éditeur : Sonatine Editions

X : @sonatineeditions Instagram : @sonatineseditions

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Parution : 21 mars 2024

EAN : 9782383991434

Lecture : Mars 2024

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20 commentaires

  1. belle chronique! j’ai beaucoup aimé ce roman que je viens de terminer. J’aime cette ambiance, autant que l’histoire en elle même 🙂

    • Il fallait rendre hommage à ce traducteur qui a traduit bcp des thrillers de cet écrivain et aussi bcp d’autres. Bonne journée 😉

    • Merci, mais Athalie a pointé des éléments que je n’avais pas perçus. Donc, je lirai ton avis avec plaisir 😉 Bonne continuation

    • Ça c’est un grand sujet, les livres qui attendent notre lecture 😉 Bonne continuation

  2. Je viens de le terminer et d’écrire ma note … La fin m’a laissée très perplexe sur le positionnement politique de l’auteur quant à la peine de mort. Mais c’est peut-être moi qui a l’esprit tordu.

    • Ah, oui, ça choque, tu as raison ! Mais, nous sommes en Georgie, l’état qui a donné une courte tête à Biden (ce qui lui a permis de gagner l’élection, d’ailleurs avec un vote toujours contesté par Trump). Et, de nouveau, la Georgie a fait exécuter un condamné en mars 2024, ce qui n’avait pas eu lieu depuis 2020 !
      Alors, l’écrivain devait-il respecter le fait historique à l’époque de son histoire ou non.???
      Maintenant, à penser qu’il est « pro-capitale », je ne le sais pas !
      Mais, lorsqu’on fouille internet, on trouve que l’écrivain était membre de la scientologie depuis 1986, source France Culture, certes pour venir en aide aux toxicomanes, mais quand même ! Il l’a quitté en 2000, mais continue d’aider à collecter des fonds.
      Pas de lien, semble-t-il avéré entre scientologie et peine de mort, puisque dans cette secte, selon le schéma français, il y a tous les avis !
      Il y a eu aussi une autre polémique : Monsieur Ellory écrivait des avis sous pseudonymes sur ses livres, élogieux, bien sûr ! …

      Merci bcp pour ta remarque qui me fait appréhender une personnalité plus particulière que je ne l’imaginais 😉

    • Alors, passe car la lenteur du déroulé de l’intrigue ici est particulièrement importante 😉

  3. J’apprécie beaucoup cet auteur, je viens de me l’offrir. Je vais essayer de ne pas trop le laisser traîner. Bon week end

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