La leçon de ténèbres – Léonor de Recondo

@vagabondageautourdesoi

Avec « La leçon des ténèbres », Léonor de Recondo inscrit son nom dans cette collection originale « Ma nuit au musée » initiée par Alina Gurdiel.

Léonor de Recondo s’invite une nuit dans la maison – musée de Tolède pour y retrouver  Doménikos Theotokópoulos, dit El Gréco.

Cette rencontre n’est pas fortuite. Les liens qui unissent Léonor de Recondo et le peintre le plus grec de Tolède sont nombreux. L’auteur va les présenter au fur et à mesure de cette nuit où la chaleur reste accablante. 

C’est un régal d’accompagner la violoniste, ici écrivaine, dans la recherche de cet artiste devenu fantôme malgré les tableaux qui les entourent. Les caméras du musée sont certes branchées. Elles empêchent l’intimité dans cette nuit caniculaire.  « La leçon des ténèbres », (genre musical du XVIIe se jouant la nuit à l’Église ) » va libérer les frontières et permettre à l’admiration de ce transformer en exaltation.

Au cours de ces heures de solitude, Léonor de Recondo en profite pour nous raconter à la fois la vie du Maestro et aussi des lieux qu’elle a visité à Tolède avant de passer sa nuit dans sa maison.

Ce petit livre est une mine importante de détails qui donne consistance au Maître des couleurs et des portraits du Siècle d’or. Plein de petites anecdotes viennent éclairer et rendent vivant cet artiste du XVIeme siècle.

J’ai adoré suivre Léonor de Recondor d’autant que j’ai pu trouver à donner corps à la présentation de l’exposition Gréco du Grand Palais que l’étais entrain de rédiger. Alors, pourquoi pas poursuivre cette découverte par une visite de  Tolède ?

 

Merci #Netgalleyfrance et @Editions Stock pour #LaLeçonDeTénèbres

cite-56a4b9b45f9b58b7d0d8877b

 

Venir à Tolède, c’est m’attabler avec mes morts, c’est boire un verre bien frais avec eux à la terrasse d’un bar et, dans notre ivresse, hurler aux étoiles que rien ne pourra nous séparer. (…)
Je pleurerai votre absence.

Entrer dans le yermo consiste à pénétrer dans la nuit profonde, à y cheminer seul. Doménikos s’ est délesté des autres, de l’amour. Il ne désire plus qu’une unique chose : exprimer cette solitude, la faire fructifier et s’y consacrer entièrement. Il lui faudra des années pour y participer.

Doménikos n’a jamais employé yermo pour lui-même, mais disegno interno. (…) Le terme de disegno interno a été utilisé par les théoriciens italiens de la Renaissance, notamment Federici Zuccari, pour signifier le concept élaboré dans l’esprit de l’artiste avant sa réalisation. De la conception à l’exécution, quand le dessein devient dessin.

Le violon, c’ est mon territoire sans mots, mon espace de vibrations. C’ est ma possibilité de dire autrement, seulement en gestes. Des gestes sonnants.

Je me balade toujours avec ma petite foule invisible.Ce sont mes morts , ceux que j’ai connus et aimés, ceux que je n’ai pas croisés, mais qui ont trouvé place en moi.A force de nous côtoyer , nous sommes devenus les meilleurs amis . Ils me connaissent mieux que quiconque, mais sont intrusifs et jaloux. Ils détestent les nouveaux venus. Je dois parlementer longuement quand une personne entre dans ma vie.

Pendant combien d’heures avait-il parlé avec Le Titien de la cosa mentale de Leonard? Que se passe-t-il dans l’ esprit d’ un artiste avant que l’œuvre se concrétise ? Par quelle mystérieuse alchimie passe-t-elle du concept à la sensibilité de la main ?

El pour l’ Espagne, « Greco »  » grec » en italien, et la Grèce.

A propos de l’art du portrait, mais aussi des visages imaginaires, il dira ceci à Jorge Manuel:
Saisis l’abandon de celui qui se livre à toi par inadvertance. Qu’ il soit sur un trône ou une chaise plus modeste, peu importe, tu ne restitues que l’ heureux hasard de la bête qui oublie un instant qu’elle est épiée. Et tu la traques sans relâche. Il en est de même pour nous tous, il y a toujours un moment où nous nous rêvons seuls au milieu de la foule.

Mon ombre se ratatine dans mes sandales.

Abandonner la manièra greca pour la maniera latina, abandonner les fonds d’or, la détrempe et les panneaux de bois pour l’ huile.

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

ICI EXPOSITION GRÉCO AU GRAND PALAIS

La leçon de ténèbres – Léonor de Recondor

Éditeur : Stock

Parution : 8 janvier 2020

ISBN : 2234088836

Lecture: Février 2020

15 commentaires

    • La collection « Une nuit au musée » est idéale pour méler littérature et art. Moi, comme je travaillais sur ma chronique du Gréco, c’était idéal ! Bonne continuation

    • Pour moi, ce fût très agréable de me plonger dans cette lecture et de voir cette expo. Je trouve cette collection très réussie. Tres bonne journée à toi aussi

  1. je me laisserais bien tenter… J’aime beaucoup l’auteure (coup de foudre pour « Pietra viva » notamment
    c’est le même principe que le livre de Lydie Salvayre sur « L’homme qui marche »?

Un petit mot ...

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.