Le consentement – Vanessa Springora

@vagabondageautourdesoiUne véritable claque que l’autobiographie « Le consentement«  écrit par Vanessa Springora en cette rentrée littéraire 2010. 

Vanessa Springora raconte l’emprise d’un prédateur sexuel et pervers narcissique, auréolé de son statut d’écrivain reconnu, à partir de sa treizième année. 13 ans, l’année où les jeunes fille s’éveillent à leur féminité, font attention pour la première fois à leur coiffure ou non d’ailleurs, à leurs vêtements ou non, mais justement leur pseudo-indifférence signe ce changement. En, général, elles sont ambivalentes sur ce corps qu’elles ne reconnaissent plus et qui se transforme petit à petit, déstabilisées par des regards qui regardent ce qu’une petite fille n’a pas encore envie qu’on regarde !

Cet ascendant dure plus deux ans. C’est long quand on vient de sortir de son enfance cognée par l’absence du père et son regard déformé qui n’a pas su aimer de l’amour filial nécessaire à sa fille pour devenir une femme épanouie.

Vanessa Springora dresse le paysage d’une époque que l’on sait révolue mais qui ne cesse de révéler les ravages d’une relation ignominieuse. Sans haine, sans esprit de revanche, elle décrit une époque où, au nom de la liberté, il  est interdit d’interdire ! Car, ce qui devient rapidement insupportable, c’est la complicité, le consentement tacite, de ceux qui ne disent rien, et pire encore, de ceux qui encensent au nom de l’art ou de la littérature ! Le titre devient alors un condensé de ce monde d’omerta qui contribue à abimer les petites filles, mais aussi les très jeunes garçons, pour le restant de leur vie.

D’où vient cette impunité qui a servi aussi les hommes d’église pendant si longtemps ! Et, aussi les hommes de santé … Le talent de Vanessa Springora nous en donne les clefs   qui fait bondir tant elle est réaliste. L’aura de la célébrité empêche, soi-disant, de voir la toxicité de la relation. Alors, ayons le courage de reconnaître nos erreurs et cessons d’évoquer un passé différent ! Je n’ai jamais lu G. et pourtant j’ai certainement contribué à accepter sa pédocriminalité puisque je ne me suis pas insurgée, comme une Denise Bombardier à l’époque, contre cette maltraitance. 

« Petite V. » n’est plus le portrait qu’a voulu dresser un malade narcissique et psychotique, mais la voix d’une petite fille qui essaye de retrouver son identité. Ce livre balise sa résilience ce qui ne signifie pas effacement de sa souffrance. Ne laissons pas en solitude des enfants, proies faciles, pour qu’on les abîme à jamais. Soyons vigilant!  Nous, les adultes,  nous leur devons notre protection …

« Le consentement » fera date dans la littérature : une voix différente, enfin ! Celle de l’enfant victime de la domination d’un ogre, de sa sidération, de sa solitude sans trouver une mère, une sœur, une amie pour partager, du corps qui dit ce que l’esprit ne veut plus entendre, de sa lente prise de conscience, de sa renaissance mais aussi de sa souffrance à essayer de se reconstruire servi par un style remarquable. Tout est dit, sans pleurs, sans violence. Juste pour que la « Petite V. soit à jamais la voix d’une fillette à qui on a fait du mal.

Merci #Netgalleyfrance et @EditionsGrasset pour #LeConsentement

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Un père aux abonnés absents qui a laissé dans mon existence un vide inconsolable. Un goût prononcé pour la lecture. Une certaine précocité sexuelle. Et, surtout, un immense besoin d’être regardée.

Toutes les conditions sont maintenant réunies.

Depuis l’enfance, ce sont les livres qui me tiennent lieu de frères et sœurs, de compagnons de route, de tuteurs et d’ amis. Et par vénération aveugle de l » « écrivain  » avec un grand E, je confonds dès lors l’homme et son statut d’écrivain.

De même que l’on doit se signer à coups d’eau bénite avant de franchir le seuil d’une église, posséder corps et âme une jeune fille ne se fait pas sans un certain sens du sacré, c’est-à-dire dans un rituel immuable. Une sodomie a ses règles, se prépare avec application, religieusement.

Pourquoi tous ces intellectuels de gauche ont-ils défendu avec tant d’ardeur des positions qui semblent aujourd’hui si choquantes ? Notamment l’assouplissement du code pénal concernant les relations sexuelles entre adultes et mineures, ainsi que l’abolition de la majorité sexuelle ?
C’est que dans les années soixante-dix, au nom de la libération des mœurs et de la révolution sexuelle, on se doit de défendre la libre jouissance de tous les corps.

On n’échappe pas si facilement à l’air du temps.

Dans notre environnement bohème d’artiste et d’intellos, les écarts avec la morale sont accueillis avec tolérance, voire avec une certaine admiration. Et G.est un écrivain célèbre, ce qui en fin de compte était flatteur.

Je ne sais si on peut dans ce cas parler de viol médical ou d’acte barbare. Mais quoi qu’il en soit, c’est bien sous le coup – habile et indolore- d’ un bistouri en inox que je deviens une femme.

Et parce qu’au ton de la voix du garçon, au mépris qui s’ en dégage, je devine qu’il m’ a rangée d’office, non pas dans le camp des victimes mais dans celui des complices.

Sans doute parce que je n ‘ ai pas l’ombre d’ une sœur pour me tirer d’un mauvais pas si jamais l’idée de transgresser l’ interdit venait à me traverser l’esprit.

A quatorze ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de cinquante ans à la sortie de son collège on n’est pas supposée vivre à l’ hôtel avec lui ni de se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’ heure du goûter. De tout cela j’ai conscience, malgré mes quatorze ans, je ne suis pas complètement dénuée de sens commun. De cette anormalité, j’ ai fait en quelque sorte ma nouvelle identité.

Je n’ en ai pas encore fini avec l’ambivalence.

Cent fois, j’avais retourné cette question dans mon esprit . Sans voir qu’elle était mal posée, c’est le départ. Ce n’est pas mon attirance à moi qu’il fallait interroger, mais la sienne.

Il était bien ce qu’ on apprend à redouter dès l’enfance : un ogre.

Vous êtes des insatisfaites chroniques toujours prisonnières de votre hystérie.

Pour le reste du monde, c’est un battement d’ailes de papillon sur un lac paisible, pour moi c’est un tremblement de terre, des secousses invisibles qui renversent toutes les fondations une lame de couteau plantée dans une blessure jamais cicatrisée cent pas en arrière dans les progrès que je crois avoir faits dans la vie.

Il faut croire que l’artiste appartenant à une caste à part, qu’il est un être aux vertus supérieures auquel nous offrons un mandat de toute-puissance, sans autre contrepartie que la production d’une œuvre originale et subversive, une sorte d’aristocrate détenteur de privilèges exceptionnels devant lequel notre jugement dans un etat de sidération aveugle, doit s’effacer.

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

Le consentement – Vanessa Springora

Édition : Grasset

Parution : 2 janvier 2019

ISBN : 2246822696

Lecture : Janvier 2020

16 commentaires

  1. Bonjour Matatoune. J’ai déjà beaucoup entendu parler de ce livre, notamment lors d’interviews de Denise Bombardier, qui se bat depuis longtemps contre ces pédophiles qui abusent de leur célébrité. Mais je ne crois pas que je lirai le livre

    • Comme tu veux ! Tu connais ma position. En matière de lecture, comme dans d’autres domaines, il ne faut pas se forcer. Bonne semaine à toi

  2. Je vais le lire car c’est important. Ce livre traite du sujet qui me révolte le plus : l’abus sexuel sur mineur. En tant qu’adulte nous avons un devoir, celui de protéger nos enfants, nièces etc.. de ces prédateurs qui à l’époque bénéficiaient de l’impunité liée à leurs statuts d’artistes, d’écrivains.. c’est révoltant. Merci Matatoune pour ce très beau retour. 🙂

    • Merci d’être passé ! Oui, il nous faut protéger les enfants et les personnes vulnérables. Bonne soirée

    • Oui, tout à fait ! Et, certainement, un sacré combat pour arriver à se construire ! Bonne soirée !

  3. Merci pour ce récit très constructif.
    En effet on se demande comment tout cela a pu être rendu possible par un manque de vigilance et de bon sens de toute une société. Malheureusement c’est un fléau intemporel, à nous de le faire cesser en étant vigilant pour les enfants de notre entourage.

  4. j’ai bien l’intention de le lire on va voir si ma demande sera acceptée…
    Bernard Pivot a présenté ses excuses pour avoir reçu ce prédateur avec trop de complaisance 🙂

    • Oui, je pense que c’était nécessaire au vu de cet écrit qui n’est jamais revanchard. Au contraire, c’est d’une grande tenue. Le récit d’une reconstruction sans jamais entrer dans le pathos. J’avoue avoir été complétement conquise … J’avais fait ma demande depuis longtemps. Je n’ai eu la réponse que le 2, jour de la sortie de l’exemplaire papier.

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