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Salomé, roman graphique d’Alice Bienassis

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Salomé d’Alice Bienassis est, une fois encore, un roman graphique qui dénonce les violences conjugales à travers un énième féminicide, celui d’une jeune femme de vingt ans. On aurait tort de penser que ce sujet est trop souvent abordé. Plus encore que la misogynie, le masculinisme fait désormais son entrée dans les préoccupations sociétales. Ce terme désigne un ensemble de mouvements visant à promouvoir les intérêts des hommes au détriment de ceux des femmes. Il s’organise en France et touche parfois des adolescents fragilisés, susceptibles de basculer dans des actes violents. Nous assistons ainsi au retour de théories nauséabondes qui risquent de séduire des esprits vulnérables.

Il est donc nécessaire de réaffirmer, haut et fort, qu’aucune personne — et certainement pas une femme — n’est la propriété d’une autre. Le féminicide est précisément la négation de ce principe fondamental.

En racontant l’histoire de Salomé, centième victime de féminicide de l’année 2019, Alice Bienassis rappelle plusieurs vérités essentielles. Elle met notamment en lumière la non-assistance à personne en danger dont se sont rendus coupables certains voisins, mais également les défaillances des institutions policières. Ces manquements participent à l’omerta qui entoure encore trop souvent ces crimes.

Ne plus admettre l’inadmissible

En alternant son enquête et la reconstitution de l’histoire de Salomé, Alice Bienassis dresse un constat d’une grande justesse. Elle souligne avec raison que Salomé n’était pas une victime au sens où on l’entend souvent. C’était une jeune femme forte, convaincue qu’elle pouvait résoudre seule ses difficultés, comme tant d’autres femmes confrontées aux violences conjugales.

Le dessin d’Alice Bienassis se révèle particulièrement expressif. Il associe des fulgurances visuelles saisissantes à une grande sobriété graphique, traduisant avec force la violence des situations, les impasses et les émotions ressenties. Fréquemment construit autour de trois nuances de couleurs, il va à l’essentiel et dessine des contours qui semblent délicatement aquarellés.

Une nouvelle fois, Alice Bienassis signe un roman graphique à mettre entre toutes les mains.

Mais, Salomé ne se contente pas de dénoncer. L’ouvrage s’achève sur une note d’espoir en proposant plusieurs pistes pour se protéger :

  • Poser des limites dans toutes les situations du quotidien, y compris face aux remarques sexistes ou au harcèlement de rue ;
  • Comprendre qu’une parole ferme et froide constitue une arme puissante, même dans le cadre familial ;
  • Se fier à son intuition lorsqu’elle perçoit une possible escalade de la violence ;
  • Montrer que l’on ne se laisse pas intimider, quelles que soient les circonstances ;
  • Riposter lorsque c’est possible grâce au pouvoir de l’humour ;
  • Savoir maintenir un « non » clair et sans concession.

À travers ce témoignage dessiné, Alice Bienassis rappelle surtout que les violences ne relèvent jamais de la sphère privée lorsqu’elles mettent une vie en danger. Les voir, les entendre et les nommer est déjà une manière de les combattre.

En quelques mots

Avec Salomé, Alice Bienassis retrace l’histoire d’une jeune femme victime de féminicide. À travers une enquête rigoureuse et un dessin expressif, l’autrice dénonce les violences conjugales, l’inaction de l’entourage et les défaillances institutionnelles. Un roman graphique engagé qui sensibilise tout en proposant des pistes concrètes de prévention.

Remerciements

À Babelio pour sa Masse critique privilégiée.

Puis quelques extraits

Il s’agit d’un travail narratif qui rend visible une réalité qui dépasse un simple dossier judiciaire.

Elle me disait que les femmes victimes de violences ne se taisent pas, qu’elles luttent. Et qu’au final, le féminicide, c’est le point de rupture, le moment où toutes leurs tentatives d’être entendues échouent.

Salomé est le 100e féminicide l’année 2019. Ce chiffre est insensé ! Et même très loin de la réalité.

Elle me disait que les femmes victimes de violences ne se taisent pas, qu’elles luttent et qu’au final, le féminicide, est le point de rupture, le moment où toutes leurs tentatives d’être entendues échouent.
Qu’elles se battent comme elles le peuvent quotidiennement pour arriver à se sortir de ces relations.
Qu’elles le font à leur échelle malgré tout…
Mais, surtout qu’elles ne sont pas responsables de ce qui leur est arrivé.

En moyenne, une femme fait 7 allers- retours avant de quitter définitivement le partenaire violent.

Ici en bref

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Questions pratiques

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Salomé – Alice Bienassis

Éditeur : Éditions Delcourt  – X :  @DelcourtBD – Instagram :@delcourt_soleil_bd – Facebook

Parution : 23 avril 2026 – EAN :  9782413043638– Lecture en mai 2026

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20 commentaires

  1. Le témoignage d’un Thomas Pesquet ou d’un Bruno Solo sont essentiels aussi pour que les choses changent

    • Tout à fait ! Et des témoignages comme celui de Thomas Pesquet dans son Droit dans les yeux de la Grande Librairie ou des prises de paroles comme celles de Bruno Solo sont une nouvelle étape à faire franchir à la société: Que les hommes soutiennent les combats féministes ! Merci pour ton retour 🙏

  2. oui, comment ne pas être effrayée par cette vague de masculinisme, ces hommes qui se sentent spoliés de leur virilité, alors que le féminisme n’a rien à y voir. Bref, cette BD est à lire, c’est certain.

    • Oui, on découvre, du moins, je découvre, un phénomène qui prend de l’ampleur . Le patriarcat qui sévit depuis peut-être la nuit des temps fait un retour dans le monde pour forcer les femmes à rester à leur place, c’est à dire effacée et à l’intérieur du foyer. 😡

  3. Un sujet sur lequel il semble essentiel de lire et réagir ! Merci pour la découverte. Quant à la non assistance à personne en danger et les défaillances policières, elles me semblent se nourrir l’une de l’autre.

  4. Un roman graphique dont le public touche les ados et jeunes adultes, ce qui essentiel pour comprendre les violences faites aux femmes, s’en prémunir et venir en aide… Un livre fort touchant, abrupt et réaliste. Et je trouve ta chronique très juste, très belle. Ce livre a sa place dans toute bibliiothèque public et autres lieux culturels.

  5. Même remarque que Brigitte. Heureusement on en parle de plus en plus, mais le masculinisme progresse. Les services de renseignements de la Confédération le place en deuxième dans les risques qui nous menacent après l’islam radical. Il y a d’ailleurs eu un attentat masculiniste il y a deux ans dans le Nord Est du pays. Bonne journée

    • Oui, nous aussi, les services de renseignements alertent ! Et, ce sont de très jeunes hommes qui se laissent gagner par cette propagande malsaine ! Excellente journée 🌼

    • Ce sont des livres pour adolescents ou jeunes adultes. J’avoue aimer fête manière de traiter des sujets plus profonds ! Excellente continuation 🌼

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