Ce qui nous frôle sous la surface : Colum McCann au cœur des ténèbres numériques

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Colum McCann revient à la fiction avec son roman Ce qui nous frôle sous la surface, critique sociale de notre monde et son hyperconnexion.

Anthony Fernell qui pourrait être le double de Colum McCann par sa profession, journaliste irlandais et écrivain, est un alcoolique tentant toujours d’arrêter. Il décide de s’embarquer à bord d’un navire au large du Congo pour son prochain reportage. Il désire suivre les techniciens qui plongent en apnée pour réparer les câbles d’internet. 

Seulement, ce sont les personnalités qu’il va rencontrer qui l’attirent. Ainsi, John Conway, capitaine du Georges Lecointe, possède un fort charisme lié à un passé plus que trouble. Avec sa démesure et ses fêlures, il est le véritable double de Colum McCann. Alors, Fernell est le double professionnel de l’auteur et Conway est celui plus intime, plus sombre ou plus démesuré.

Zanele, l’épouse de Conway, qui est mannequin et actrice, se prépare pour interpréter un rôle dans En attendant Godot de Beckett. Elle se place ainsi entre les deux hommes, insistant sur le côté écologique. Le thème de la réparation devient plus métaphysique en décrivant une démarche purement solitaire.

Critique sociale et introspection

Colum McCann dénonce l’omniprésence du réseau internet qui relie mais isole. Il note par le thème de la réparation la fragilité, le cheminement solitaire qu’il développe et notre addiction. Mais surtout, il nous rappelle la nécessité de l’intervention physique humaine. Mais aussi, le fil détruit au niveau de l’environnement qui, à l’inverse du thème de la réparation, est irrémédiable. Il fait ainsi le lien avec l’extrême libéralisme économique qui impose ses choix de façon irréversible. « Si l’océan était une banque, ils l’auraient sauvé depuis longtemps.« 

Seulement, ce n’est pour Colum McCann qu’un prétexte de parler des failles humaines et de la façon dont nous essayons de les réparer. De cette manière, le journaliste est confronté à sa propre reconstruction et ses propres échecs. J’ai aimé retrouver cet humanisme qui parcourt toute l’œuvre de l’écrivain. Parce que la lumière transportée par le câble illustre l’éclairage que procurent les relations avec les autres. « La maladie de notre époque, c’est qu’on passe trop de temps à la surface. »

Mais, Colum McCann rend hommage à l’œuvre Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad (1899). Il reprend l’idée d’un voyage en huis clos, Conrad le racontant pour retrouver un homme sur le fleuve du Congo. Mais l’ivoire de Conrad devient chez Colum McCann nos données numériques avec la surexploitation des petites mains qui les font fonctionner. L’écrivain adapte magnifiquement son écriture au souffle de ses plongeurs en apnée mettant en scène une méditation magnifique. Un retour à la fiction très apprécié !

Pourquoi le lire ?

Un roman profond et humaniste sur notre hyperconnexion, la fragilité des êtres et la nécessité de réparer ce qui peut encore l’être. Colum McCann mêle critique sociale, réflexion écologique et introspection dans un récit porté par une magnifique méditation sur les relations humaines.

Remerciements

Aux éditions Belfond et à #Netgalley

Puis quelques extraits

Je n’en revenais toujours pas que presque toutes nos données voyagent dans de minuscules tubes en verre au fond de l’océan. Des milliards de pulsations lumineuses qui transportent mots, images, voix, textes, diagrammes et formules fusent au fond de la mer en un flux de lumière vibrante.

(…) quatre milliards de tonnes de déchet industriel que l’on déverse dans la mer chaque année (..) il n’y a pas un seul endroit qu’on n’ait pas dégueulassé.

Il y a plus de vie au fond de l’océan que n’importe où ailleurs, Fennell (…) Des créatures qu’on n’a encore jamais vues, et encore moins nommées. Des bactéries. Des vertébrés. De la neige marine. Il y a de tout. C’est de là qu’on vient. Le lieu originel.

Ici en bref

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Du côté des critiques : Libération

Son précédent

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American Mother

Informations pratiques

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Ce qui nous frôle sous la surface de Colum McCann

Traduction : Clément Baude

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Éditeur : Belfond – X :  @Belfond Instagram : @editionsbelfon – Facebook

Parution : 20 août 2026 – EAN : 9782714499707 – Lecture en septembre 2026

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21 commentaires

  1. « Si l’océan était une banque, ils l’auraient sauvé depuis longtemps. » Je la trouve tellement vraie cette citation !
    Si je croise cet ouvrage qui reste humaniste malgré ce thème de l’hyperconnexion et de la solitude qu’elle engendre, je me laisserai tenter, d’autant que je ne connais pas encore la plume de l’auteur.

  2. Bonjour Matatoune, très intéressante vision de l’océan ! Ce livre a l’air beau, d’après tes avis et d’après les extraits. Merci, belle journée à toi ☀️

    • Oui, Colum McCann revient à ce qu’il sait mieux faire, la fiction ! Excellente continuation et merci pour ta fidélité !

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