
En quinze pages seulement, Karine Giebel plante le décor sur un dilemme moral implacable. En effet, la reine du suspense n’a pas son pareil, dans le monde du thriller, pour développer son intrigue, et pourtant, ce n’est pas sur ce point que ce roman m’a le plus touchée.
Valentin Rivière n’a pas encore trente ans. Il a l’habitude de s’occuper et d’être attentif aux autres, il est kiné. Il a choisi d’exercer en institut de rééducation, pas comme son copain Mike qui exerce en libéral dans un EHPAD.
Justement, il ne veut pas que son grand-père aille dans ce type d’établissement. Il a insisté pour qu’on le garde au domicile de son père avec des aides, deux infirmières et une aide-soignante chaque jour qui se relaient. Cependant, chaque jour, sa sœur Julie et lui s’arrangent pour que quelqu’un de la famille soit présent auprès de lui. Depuis le décès de sa femme, il pense néanmoins de plus en plus à la rejoindre.
Valentin est un gars bien. À tel point qu’il soigne gratuitement des personnes dans le besoin comme des SDF. Pourtant, pourquoi prend-il les mauvaises décisions ? Qu’est-ce qui fait que la mort se tient, toujours, deux pas derrière lui, trop proche !
À quel moment, Karine Giebel accepterait-elle que son lecteur ne soutienne plus complètement son héros ? Car, elle le décrit afin que l’empathie se diffuse, immanquablement. Mais, ses choix sont contestables et même, entièrement répréhensibles.
Même si son héros choisit des solutions tout à fait répréhensibles, il se met dans la position de ne jamais pouvoir sortir de son engrenage. Irrémédiablement seul et dans l’incapacité de soulager sa conscience et dans l’impossibilité de confier sa peur, sa douleur. Impossible ! « Affronter seul cet effroyable sentiment de culpabilité. Pleurer et souffrir en silence. » Cette solitude est décrite de façon extrêmement sensible, mais avec beaucoup de pudeur, car malgré tout, Valentin reste un « gars bien »
Un autre aspect du roman m’a profondément touchée, c’est la façon dont le grand-père vit l’absence de sa femme chérie, Eugénie. Karine Giebel pose des mots qui suscite une grande émotion tant ils semblent être réels. « L’absence est un mal qui ne guérit jamais ».
Seulement, ce n’est pas le seul moment d’émotions intenses vécues à la lecture de ce roman. Évidemment, je ne peux rien en dire, sinon à divulgacher votre prochaine lecture. Seulement, je voudrais juste insister pour faire comprendre que Dans la terre froide est me paraît le moyen d’exorciser une douleur intime.
Plongez-vous dans cette terre froide pour y trouver toute l’émotion dont est capable Karine Guebel pour nous tenir en haleine autour d’un « gars bien ».
Remerciements
Aux éditions Récamier
Puis quelques extraits

Ses paupières se ferment.
Sa vie vient de basculer.
Il sait que rien ne sera plus jamais comme avant. On l’a jeté dans le vide.
Poussé du haut d’une falaise.
Il ignore quand aura lieu l’impact final.
Et s’il y survivra.
Qui le guette, lui aussi.
Il a compris, il sait. Que tout ce qu’il connait aura une fin. Qu’un jour, il ne verra plus rien, n’entendra plus rien.
Plus de lumière, plus de soleil, plus de visages. Plus aucune couleur.
La nuit deviendra son linceul pour l’éternité. Le chant des oiseaux, la musique et les rires disparaitront pour laisser place au silence.
Atroce.
Impossible de soulager sa conscience. Impossible de confier sa peur, sa douleur. Affronter seul cet effroyable sentiment de culpabilité. Pleurer et souffrir en silence.
Chaque matin, se souvenir qu’on n’est plus capable de se laver tout seul. Une chose banale, qu’on accomplit depuis qu’on a quatre ou cinq ans.
Chaque matin, oublier sa peur, ou plutôt supporter qu’elle soit piétinée.
Chaque matin, exposer son corps décatit, flétri, usé par le temps.
(…)
Alors, faire comme si ça ne le dérangeait pas, comme si c’était normal.
Plaisanter pour masquer son embarras, sa honte.
Ici en bref




Informations pratiques

Dans la terre froide de Karine Giebel
Éditeur : Récamier – X : @Ed_Recamier Instagram :@editionsrécamier- Facebook
Parution : 5 novembre 2026 – EAN : 9782385772192 – Lecture en octobre 2026

J’ai la sensation que ce roman est très noir et dense. Je le lis très bientôt.