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Quand la Première Guerre mondiale bouleverse le monde agricole : Les Enracinés de Claire Norton

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Comment le vingtième siècle a-t-il bouleversé le monde agricole ? Claire Norton l’illustre parfaitement dans cette saga dont le premier tome, Les Enracinés, montre les changements que va opérer la Première Guerre mondiale dans l’organisation sociale, le monde du travail et la répartition des rôles dans les familles.

C’est une conteuse reconnue qui s’empare de la réalité du Morbihan du milieu des terres en ces premières années du XXᵉ siècle. Kerlozé est une commune rurale comme il en existe beaucoup à cette époque. La rudesse du travail agricole absorbe tous les bras disponibles, enfants et adultes, pour tenter de survivre lorsqu’on n’est pas propriétaire.

Lorsqu’un terrible accident prend la vie de la maîtresse de maison, sa fille aînée, Marie, assume les responsabilités. Elle remplace sa mère disparue tant au sein de la maison comme à l’étable avec l’aide de sa grand-mère Rozenn, et aux champs, avec son père et ses frères. « Dans cette maison où chaque rôle était défini d’avance, les femmes n’avaient pas le choix : il fallait se succéder, dans l’ombre des corvées invisibles.« 

Dans cette organisation toujours précaire, et avec l’aide d’un ami d’enfance, Louis, fils du propriétaire, Marie va rencontrer la littérature. Cette saga historique comprendra trois tomes. Les Enracinés s’achèvent au milieu de la Première Guerre mondiale. 

L’histoire d’un territoire

Claire Norton décrit de façon très précise et documentée cette communauté avec ses mésententes historiques, et leur vie consacrée au labeur. Elle raconte avec intensité les conventions à respecter pour ne pas perdre sa place sociale. Le poids de l’organisation de la communauté n’est jamais discuté, même si on pense différemment, immuable depuis des siècles. »Marie, elle, retrouvait dans la voix de sa grand-mère, l’histoire entière de la Bretagne : le Sud celtique chantait dans sa bouche, le Nord-roman en râpait le timbre.« 

Rien, et surtout personne, n’aurait imaginé qu’une guerre allait tout bouleverser. Car, cette société cloisonnée, depuis si longtemps, va exploser avec la mobilisation générale. Les hommes quittent les maisons et les champs. Le travail agricole doit se réinventer pour permettre aux habitants de survivre.

Claire Norton invente des portraits féminins. Marie en est la figure de proue. Elle trouve le moyen de continuer à faire travailler la terre, seule véritable nourricière pour cette communauté. Femme courageuse et déterminée, tout en lisant toujours Hugo, Zola, etc., elle va conduire sa communauté avec hardiesse et témérité. Ainsi elle explique la coopérative, l’action collective, la rébellion contre les réquisitions, etc.

L’amour en filigrane

L’intrigue est entretenue avec ses premiers émois et ses deux amoureux, que tout oppose. La guerre va encore tout bouleverser, laissant chacun espérer pour survivre.

Les échanges de lettres provoquent une émotion intense. Ces hommes enfouis dans la boue, une lettre venue du temps d’avant, pleine de promesses et de tendresse, les maintient en vie par le courage qu’elle leur procure. Les femmes, ici leur sœur et la femme qu’ils aiment, leur apportent la lumière et la chaleur de l’amour. Comme si ces lettres les gardaient humains dans la souffrance des tranchées.

Évidemment, Les Enracinés laissent son lecteur en attente après avoir découvert des événements qui devraient encore bouleverser le cours du temps et de ce microcosme, que les tomes suivants devraient continuer à explorer.

Formidable roman qui tient en haleine tout au long de sa découverte ! Le second tome est attendu avec impatience.

Pourquoi il faut le lire

Parce que Les Enracinés raconte bien davantage qu’une histoire familiale : Claire Norton fait revivre tout un monde rural lorsque la Première Guerre mondiale vient faire voler en éclats des équilibres que l’on croyait immuables. À travers Marie, femme devenue indispensable à la survie de sa famille et de sa communauté, elle donne à voir le courage de celles qui ont dû prendre en main les terres, les maisons et les responsabilités laissées vacantes par les hommes partis au front.

Une saga historique profondément humaine, portée par des personnages attachants, où le travail de la terre, la transmission, la littérature, l’amour et la guerre se mêlent pour raconter un monde en pleine mutation. Et l’on referme ce premier tome avec une seule envie : retrouver Kerlozé et ses habitants dans la suite de leur histoire.

Remerciements

Aux éditions Robert Laffont et NetGalleyFrance

Puis quelques extraits

Dieu se nichait dans les cœurs, dans chacun des gestes, des pensées, des mots. C’était encore le meilleur moyen qu’ils avaient trouvé pour tenir le Diable à distance.

Dans cette maison où chaque rôle était défini d’avance, les femmes n’avaient pas le choix : il fallait se succéder, dans l’ombre des corvées invisibles.

L’école, elle, tenait bon derrière l’église, dans son bâtiment de pierre aux volets fatigués. Elle se divisait en deux classes, mais ce n’était pas pour distinguer les petits des grands : on y séparait les filles des garçons, c’était ça qui comptait. L’instituteur, souvent peu bretonnant, passait d’une classe à l’autre, et s’acharnait à faire entrer le français dans des têtes qui pensaient.

La politique et les revendications, c’est fait pour qu’ça s’agite en ville. Nous, on tient nos champs. C’est clair ?

Et, encore,

C’est cette vérité-là que porte Hugo dans ses ouvrages : dans l’ombre des plus grandes douleurs peut naître une lumière plus forte que tout le reste.

Il faut parfois penser à des terres lointaines pour mesurer combien celles qui sont sous nos pieds nous suffisent…

Un homme qui regardait partir son fils à la guerre, c’était un homme qui portait la peur du vide dans son ventre.

Comment concevoir que la jeunesse paysanne se fasse massacrer pour une République qui n’avait jamais rien fait pour elle ?

Il y a des êtres qui ne portent pas de nom éclatant, ni d’histoire qu’on raconte aux autres car elles sont trop dures à entendre pour le cœur, mais ces êtres-là tiennent malgré tout. Pas parce qu’ils sont forts comme on l’entend d’ordinaire, mais parce qu’une flamme les pousse à continuer d’avancer quand tout autour s’effondre.

Ici en bref

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Questions pratiques

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Les Enracinés, tome 1 de Claire Norton

Rentrée littéraire 2026 – #rl2026

Éditeur : Editions Robert Laffont  – X : @Robert_Laffont Instagram :@robert_laffontFacebook

Parution : 13 août 2026 – EAN : 9782221288603– Lecture en juin 2026

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12 commentaires

  1. De l’auteure, j’ai lu « Celle que je suis » et « Et que Dieu me pardonne », mais je n’ai pas encore entendu parler de cette série.

    • C’était ma première rencontre avec cette auteure et vraiment, j’ai été enchantée. Alors à découvrir…il paraît dans deux jours et le tome 2 , fin octobre ! Bonne lecture !

    • Ah oui, moi aussi, j’ai pensé au miens qui sont originaires comme Marie du fin fond du Morbihan, mais eux, ils ont quitté la terre pour la capitale et ailleurs après la première guerre mondiale ! Bonne lecture !

  2. Quand je me promène dans les villages, je lis toujours les noms sur les monuments aux morts et à chaque fois, je suis frappée par le lourd tribu payé par les communautés rurales. Je comprends que les échanges de lettres t’ait émue. Quant aux portraits de femmes, ils ont l’air réussis.

    • Oui, le personnage de Marie qui apprend la témérité et le courage pour sa communauté est très réussi. Mais, l’histoire patriarcale va reprendre son emprise car il pointe déjà son nez maléfique pour la fin de celui-ci !

    • Oui, c’est une saga que j’aurais plaisir à continuer à découvrir la suite . Bonne journée !

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